Hoog à l’AFP : un scénario écrit d’avance
Emmanuel Hoog a été, comme prévu, élu à la présidence de l’AFP avec le soutien du collège presse. La procédure retenue jette le trouble sur un homme dont les qualités professionnelles sont indéniables.
Le scénario était écrit d’avance et Electronlibre a été l’un des premiers à le dévoiler. Emmanuel Hoog, candidat du pouvoir, a été élu président de l’Agence France Presse, avec douze voix sur treize, c’est-à-dire le soutien des représentants de la presse comme ceux du pouvoir.
Le président de l’Institut National de l’Audiovisuel aurait tout eu à gagner s’il avait déclaré plus tôt sa candidature et passé les épreuves du comité de sélection présidé par David Guiraud, directeur général du Monde. L’Elysée voulant être certain qu’il soit élu sans lui faire courir le moindre risque a laissé se dérouler, ce qu’il faut bien dénommer un simulacre de candidature.
Dix candidats se sont présentés, Louis Dreyfus et Philippe Micouleau sont arrivés en finale, le premier a reçu les encouragements du président du syndicat de la presse quotidienne régionale et le second celui du numéro 2 du Monde.
Leurs prestations, aux dires des témoins, avaient été excellentes et ils avaient commencé à y croire jusqu’à ce qu’ils apprennent deux jours avant la réunion du conseil d’administration, qu’Emmanuel Hoog serait de la partie. Proposé par les représentants de l’Etat, ce candidat devenait, dès lors, le premier favori dans la mesure où son expérience et ses compétences plaident en sa faveur.
L’homme a non seulement réussi à faire rentrer l’INA dans la modernité en proposant une grande partie de ses archives aux amateurs comme aux professionnels. La cession d’archives sur le site Inamediapro rapporterait 30 millions d’euros par an. Lorsque le débat s’est ouvert sur la question de savoir si la BNF devait passer un accord avec Google pour numériser ses millions de volumes, Emmanuel Hoog s’est vigoureusement opposé à une telle initiative.
En outre, Emmanuel Hoog a écrit un livre "Mémoire année zéro", une analyse des conséquences du développement des nouvelles technologies sur la perte des repères du passé. Pour lui, la mémoire collective, le passé commun qui cimente une Nation s’est progressivement décomposé pour céder la place à une accumulation de petites mémoires collectives aussi éphémères qu’isolées.
Soutien de l’Etat
L’ironie veut qu’il soit nommé président de l’AFP, le jour où des libraires exhument une photo d’Arthur Rimbaud à l’âge adulte prise à Aden, car c’est lui qui avait organisé pour Jack Lang, ministre de la Culture, les manifestations du centenaire de la mort du poète... Conseiller de la culture et aux médias de Laurent Fabius, président de l’Assemblée Nationale, puis au ministère de l’Economie, il est nommé en 2001 président de l’Institut National de l’Audiovisuel, ce qui lui permet de détenir le record de longévité à ce poste.
Un tel parcours, lié à une prestation que les administrateurs de l’AFP ont jugée très futuriste, légitime son accession à la présidence de l’agence. Il est dommage, pour ne pas dire davantage que celle-ci soit entachée par la procédure retenue. Qu’avait-il à craindre s’il était le meilleur candidat de se présenter devant le comité de sélection ? Pourquoi celui-ci qui a été informé, comme Electronlibre, de son éventuelle candidature a t-il fait semblant de l’ignorer laissant croire à de nombreux candidats qu’ils avaient leurs chances.
Exigé par les statuts, le vote massif en sa faveur donnera l’impression que les patrons des groupes de presse ont trop besoin du soutien de l’Etat pour manifester une quelconque indépendance. Le besoin de refinancement de Presstalis, la situation de certains groupes de la PQR comme Sud Ouest ou de la PQN comme Le Monde n’incite pas la presse à s’opposer aux pouvoirs publics.
Le collège presse aurait pu, se livrer à un baroud d’honneur et contraindre Emmanuel Hoog à passer plusieurs tours mais c’était courir le risque de déclencher un nouveau scandale public. Et après la polémique qui a entouré la possible arrivée d’Alexandre Bompard à la tête de France Télévisions, cela aurait fait très mauvais genre.
