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Hadopi : le Conseil constitutionnel renvoie les "pirates" à la case Prison

Le 10 Juin 2009 dans Peer2peer par Philippe Astor

Bis repetita ! Après la loi DADVSI, c’est au tour de la loi Création et Internet d’être censurée dans ses dispositions principales par le Conseil Constitutionnel, dont les membres, saisis sur onze griefs d’inconstitutionnalité, ont dû se pencher ce mercredi sur un document d’observations anormalement long d’une centaine de pages, auquel ont contribué l’ACERP (autorité de régulation des télécoms) et la CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés).

Principale victime de cet examen sourcillieux : la riposte graduée elle-même. "Au regard des droits et libertés constitutionnellement garantis, [...] le Conseil constitutionnel a censuré, aux articles 5 et 11 de la loi déférée, toutes les dispositions relatives au pouvoir de sanction de la commission de protection des droits de la HADOPI", indiquent les membres du Conseil dans un communiqué. La Haute autorité administrative créée par la loi Création et Internet conserve les pouvoirs d’avertissement qui lui ont été conférés, mais elle se voit privée de tout pouvoir de sanction.

Dans son avis, le Conseil met également un terme au débat sur l’amendement 138 introduit dans le la révision de la directive Paquet Telecom au Parlement européen, qui avait pour objectif de faire de l’accès à Internet un droit fondamental. "La liberté de communication et d’expression, énoncée à l’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, [...] implique aujourd’hui, eu égard au développement généralisé d’internet et à son importance pour la participation à la vie démocratique et à l’expression des idées et des opinions, la liberté d’accéder à ces services de communication au public en ligne", énonce-t-il.

Les Sages donnent raison à Guy Bono

Or les articles 5 et 11 de la loi confiaient à l’HADOPI des pouvoirs de sanction l’habilitant à restreindre ou à empêcher l’accès à Internet à des titulaires d’abonnement. « Le législateur ne pouvait, explique le Conseil, quelles que soient les garanties encadrant le prononcé des sanctions, confier de tels pouvoirs à une autorité administrative dans le but de protéger les titulaires du droit d’auteur. Ces pouvoirs ne peuvent incomber qu’au juge. »

Autre renvoi dans les cordes du législateur par le Conseil constitutionnel : « En méconnaissance de l’article 9 de la Déclaration de 1789, la loi instituait [...], en opérant un renversement de la charge de la preuve, une présomption de culpabilité pouvant conduire à prononcer contre l’abonné des sanctions privatives ou restrictives du droit. » En clair, Création et Internet ne respectait pas la présomption d’innoncence

Tous ces arguments contre la riposte graduée ont été soulevés par les opposants au texte lors des débats à l’Assemblée, mais le rapporteur comme la ministre de la Culture ont invariablement fait la sourde oreille. Seule concession du Conseil constitutionnel à l’HADOPI : les traitements de données à caractère personnel auquels donnera lieu la traque des pirates sur les réseaux "s’inscrivent dans un processus de saisine de juridictions compétentes et ne sont pas contraires à la Constitution", ont estimé les Sages.

Le gouvernement avait un plan B

C’est par un communiqué relativement atone que le SNEP a réagi à la décision du Conseil, dans lequel le syndicat des maisons de disques se réjouit "de la mise en place du dispositif pédagogique destiné aux internautes grâce à l’envoi de messages d’avertissement." De fait, dans la balance de la justice, l’internaute n’y gagne pas vraiment au change, puisque le téléchargement illégal reste assimilé à un acte de contrefaçon passible de 3 ans de prison et de 300 000 € d’amende.

Même son de cloche rue de Valois, où Christine Albanel "se félicite que le principe d’un dispositif pédagogique de prévention du piratage ait été validé par le Conseil constitutionnel."

L’Hadopi va donc pouvoir remplir sa mission d’avertissement, et selon nos sources, les ayant droit ont la ferme intention de multiplier les poursuites judiciaires contre les internautes pris la main dans le sac. Les tribunaux spéciaux institués par la nouvelle carte judiciaire devraient permettre de "faire de l’abattage", nous confie-t-on dans les milieux informés.

Des juges spécialisés dans le droit d’auteur pourront traiter ces affaires à la chaîne et prononcer des peines de prison, des amendes ou... la coupure de l’accès à Internet, si l’intention de Christine Albanel de présenter au plus vite un nouveau texte les autorisant à privilégier cette option se vérifie. Apparemment, on était bien conscient des insuffisances de la loi Création et Internet, rue de Valois comme chez les ayant droit, et on n’avait pas omis de concocter un plan B

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8 Commentaires

  1. jean le 11 juin 2009

    oui peut-être mais cette fois les ayants droits vont devoir apporter de vrais preuves et non pas juste un banal relevé d’IP... et là ça va être une autre paire de manche, cela va leur couter cher donc au mieux ils devront se concentrer sur les très très gros téléchargeurs.

    bref hadopi redevient un épouvantail à moineaux qui ne fait plus peur bouh hadopi :D :d



  2. ? ?? le 11 juin 2009

    Maintenant les choses sérieuses prennent forme.

    La culture contemporaine ne peut faire l’impasse des réseaux et de l’outil informatique.

    L’état a déclaré la guerre. Il a perdu quelques batailles, mais continue son hégémonie.

    Après le Farwest, voici venue la Sécession…

    Bon courage à tous… Chaud devant et même derrière !

     ???



  3. Sand le 11 juin 2009

    C’est parfait. C’est exactement ce qu’il fallait faire. Félicitation au Conseil Constitutionnel !Et bien si il existe déjà des juges "spécialisés" dans le droit d’auteur, des avocats spécialisés dans le droit d’auteur se formeront.Génial, création de nouveaux emplois !Et pour la guerre, c’est dans le tribunal numérique qu’elle se passera, sa justice : les juges contre les avocats.Vive la liberté et le respect des droits de l’homme !



  4.  le 11 juin 2009

    « L’Hadopi va donc pouvoir remplir sa mission d’avertissement, et selon nos sources, les ayant droit ont la ferme intention de multiplier les poursuites judiciaires contre les internautes pris la main dans le sac. Les tribunaux spéciaux institués par la nouvelle carte judiciaire devraient permettre de "faire de l’abattage", nous confie-t-on dans les milieux informés. »

    Cela me semble difficilement possible de faire de l’abattage en sachant qu’il faudra saisir les ordinateurs du contrevenant, faire analyser par des experts les disques durs... Ce seront des procédures qui seront coûteuses en main-d’oeuvre policière et en temps. On ira vers quelques centaines de condamnation par an, c’est-à-dire une quasi impunité pour les téléchargeurs.



  5.  le 11 juin 2009

    Tout le monde sur le web se réjouit de cette décision, mais je ne suis pas sur que ce soit vraiment parce que la justice et le respect des droits ont triomphé, mais plutot parce qu’on pourra lancer son emule tranquillement sans craindre grand-chose..



  6. Philippe Astor le 11 juin 2009

    La loi Création & Internet était une mauvaise loi, et nous en avons la démonstration. Mais cette décision du Conseil, c’est aussi une double victoire à la Pyrrhus. Car d’une part on en revient à un système de sanction totalement disproportionné (back to 1999) et d’autre part on n’a pas fait le moindre progrès dans la définition d’une nouvelle politique industrielle pour la culture à l’heure d’Internet (back to 1999 again). Bilan des gouvernements qui se sont succédés depuis : zéro pointé.



  7. Sand le 11 juin 2009

    C’est une mi-temps !!, pas un zéro pointé, on ne va quand même pas dénigrer les gens qui travaillent ;) !



  8. Bob le 13 juin 2009

    Si les gens travaillent particulièrement mal (par exemple en s’obstinant à passer un texte restreignant les libertés d’expression et d’information, la présomption d’innocence et le droit à un procès équitable), on devrait même mettre des notes négatives !



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