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Hadopi est un cheval de Troie américain

La loi "Création et Internet" qui entre à l’Assemblée Nationale le 10 mars pour y être votée, contient en elle les conditions d’une domination sans partage d’iTunes sur l’univers dématérialisé de la musique..


Les mythes sont faits pour être chevauchés. Bien campés derrière une belle majorité de députés, les industriels de la culture savourent déjà ce moment unique où la loi "Création et Internet" sera enfin appliquée. Sans regarder à la dépense publique, la nouvelle autorité Hadopi balancera dés le feu vert législatif allumé des dizaines de milliers de mail dans les boites à lettre électroniques des internautes soupçonnés de télécharger des oeuvres sans en avoir le droit. De ce jour, la mine déconfite, tel un peuple vaincu marchant la tête basse après la signature de l’armistice, ils iront en cadence acheter leur musique pour quelques euros.
Le monde tournera enfin rond. Cependant, vers quels magasins les internautes se dirigeront pour faire leurs emplettes ? La réponse est simple : iTunes. La plate-forme d’Apple sera le principal bénéficiaire lorsque Hadopi fonctionnera à plein régime. Mieux, l’éradication d’une partie des échanges P2P, comme l’espèrent les filières musique et cinéma, devrait gonfler prodigieusement le nombre de clients pour le magasin américain, faute de concurrents efficaces. En France, iTunes a dépassé les 75% de parts de marché sur la musique achetée en ligne en fin d’année dernière. Avec Hadopi, la firme à la pomme devrait tutoyer les 85%. D’ailleurs, en fin stratège, Steve Jobs a senti le vent tourner dernièrement en acceptant de vendre des morceaux sans verrous anti-copie, ce qui a eu pour effet immédiat d’améliorer nettement l’image de la musique achetée en ligne - la ministre de la Culture et de la Communication, Christine Albanel, qui fait le guet albarde en main devant l’exception culturelle française, sait-elle à quel point elle disait vrai en déclarant que les autres pays surveillent attentivement la mise en place d’Hadopi... Une généralisation de la riposte graduée au niveau européen aurait tôt fait d’installer iTunes comme distributeur monopolistique de la musique sur le continent. Devant les magasins classiques, ceux de briques et de ciment, et cela en quelques années, voire moins.


Champions nationaux

Après tout, Apple est bien l’unique société à avoir compris comment restaurer dans un univers numérique le lien commercial indispensable entre un bien dématérialisé et le client. C’était un véritable tour de force que d’avoir su introduire sur l’Internet un îlot, désormais une place forte du capitalisme, tandis que partout autour, le collectivisme règne. C’était en 2002. Depuis, le rapport de force s’est équilibré. iTunes n’a plus à rougir face aux étendards noirs du piratage. L’audience du magasin en ligne d’Apple rivalise avec ses concurrents du côté obscur, comme le montre la dernière étude Médiamétrie sur les audiences de l’Internet.
Les maisons de disques ont bien compris le danger que représentait l’avénement d’iTunes comme unique et tout puissant magasin de musique sur le Net. En France, toutes les aventures alternatives ont échoué lamentablement, et il n’est pas rare d’entendre encore les responsables politiques appeler naïvement à l’invention de "nouveaux modèles"... Comme s’il était encore temps, alors que iTunes propose près de 10 millions de titres, dans plus de vingt pays, et dans un format standardisé. Que le prix de la musique proposée est enfin variable et finalement très abordable. Penser que cinq ans de travail, d’avancées, d’erreurs, et d’efforts peuvent être balayés d’un coup, d’un seul, avec une idée nouvelle, relève de la pensée magique pour les enfants.
La réalité du marché est ainsi. Un rappel à l’ordre capitaliste sur le Net implique aujourd’hui la main mise d’un unique acteur sur la musique. Et s’il faut être chauvin en économie, alors il ne faudra pas oublier à l’heure des compte que la France possède avec Dailymotion et Deezer deux protagonistes majeurs dans la nouvelle bataille du numérique - deux futurs alliés de la filière musicale, si on leur laisse de temps de prendre goût à la respectabilité, et d’atteindre un équilibre financier indispensable. Sinon, la France de Nicolas Sarkozy aura perdu sur les deux fronts.


19 Commentaires. Ajoutez le votre +

 7 mars 2009

L’article fait des racourcis surprenants ! A croire que c’est Steve Jobs lui même qui a manigancé tout cela et qui a exigé la Hadopi pour conserver sa position !



Si les autres pleurent à cause du monopole de iTunes, ils n’ont qu’a faire mieux , c’est tout ! Qu’est ce qu’ils attendent pour être plus concurentiels qu’Apple ?



Moi-même je ne fait que peu d’achats sur iTunes, lui préférant les tarifs eMusic.com, et j’attends avec impatience l’arrivée d’AmazonMp3, et les autres concurents potentiels..



>"De ce jour, la mine déconfite, tel un peuple vaincu marchant la tête basse après la signature de l’armistice, ils iront en cadence acheter leur musique pour quelques euros."



On a presque envie de verser une larme.. Oh oui, que c’est triste de devoir respecter un minimum la loi... le peuple n’a pas de plus grande préocuppation vitale aujourdhui que de pouvoir avoir son Gigaoctet quotidien de mp3 et de divx sur la mule.



Le voilà le vrai capitalisme, la vraie boulimie. Je veux tout , tout de suite, et je ne veux faire aucun effort pour cela, et encore moins réfléchir aux conséquences, et en plus je ne suis même pas responsable de mes actes.



Ce n’est pas du "libertarisme", c’est au contraire l’expression la pure du capitalisme et de la société de consommation.

Emmanuel Torregano 7 mars 2009

eMusic n’existe pratiquement plus. Amazon est à 8% de PDM aux US. Et n’a pas bougé depuis 2 ans. D’ailleurs quel intérêt ? Même prix ou presque, format Mp3, et moins de titres disponibles... Quant à savoir si SJ a manigancé pour Hadopi, il n’en est rien évidemment. Pour autant, la riposte graduée a tout pour devenir un principe juridique à l’échelon international et Apple ne peut l’ignorer.
Enfin, quant à savoir ce qui est du capitalisme ou non, il s’agit surtout de relever que Apple est le seul (à deux trois exceptions mineures près, voir plus haut) à valoriser le lien entre "fichier et achat". La gloutonnerie des P2Piriste n’a rien à voir avec ça. Elle situe la valorisation dans le service rendu, dans l’outil et non pas dans le fichier. C’est la base de la licence globale. Je vous laisse deviner le rapprochement qu’on peut alors faire avec ce que Kundera a pu écrire sur la pornographie.

 7 mars 2009

L’Hadopi n’est pas du tout un cheval de troie américain. L’hadopi, c’est l’exception culturelle à la française dans toute sa splendeur.
Si on assumait un peu au lieu de toujours tout reprocher au grand Satan d’outre-atlantique ?

 7 mars 2009

Quand j’achète de la musique en ligne, 70% de la somme est reversée à une maison de disque. Mon achat leur profite en priorité, ce qui est normal, les magasins en ligne n’étant que des intermédiaires. Au niveau financier, les industriels de la culture seront donc les principaux bénéficiaires d’Hadopi. Enfin, pour cela il faudrait que la loi diminue significativement le volume de musique piratée et que les gens se reportent en masse sur l’offre des magasins de musique en ligne.



Le volume des échanges sauvages va-t-il vraiment diminuer ?



Je me pose vraiment la question. Le piratage ne dépend pas de tel ou tel protocole, comme eDonkey, BitTorrent, etc. Ces échanges seront peut-être filtrés, mais les gens vont s’adapter en quelques mois (les usages évoluent plus vite qu’une Loi). Il existe déjà d’autres moyens de télécharger de la musique gratuitement sans passer par BitTorrent et compagnie.



Et sera-t-il remplacé par des téléchargements légaux ?



Un téléchargement ne correspond pas toujours à une vente perdue, les gens qui récupèrent leur "gigaoctet quotidien" pour zéro euro ne pourront pas se le procurer "légalement", ça leur coûterait beaucoup trop cher. Même en admettant que les mesures imposées par la loi Hadopi soient efficaces, tout le trafic P2P ne va pas se transformer comme par magie en achats dans les magasins de musique en ligne. Leur chiffre d’affaire va surement augmenter, mais de combien ? Les gens comptent leurs euros, et ils ont plein d’autres choses à acheter, même en matière de divertissement (jeux vidéo, etc).



Au final, ça risque de stimuler la demande "légale", mais peut-être pas tant que ça. Et les bénéfices seront récupérés par les industriels de la culture plutôt que par Apple. D’ailleurs, avec l’abandon des DRMs, même si les ventes de musique augmentent sur iTunes, il n’y aura plus d’effet de lock-in. Par ailleurs, si une vague de nouveaux clients s’intéresse à l’offre légale, rien ne dit qu’ils feront comme les clients actuels (qui utilisent iTunes en majorité). Surtout quand Amazon aura ouvert son magasin en France. Il y a aussi 7Digital, eMusic et d’autres.



Qu’entendez vous par "n’existe pratiquement plus" au sujet d’eMusic ? Aux dernières nouvelles ils opèrent dans 28 pays, ont 400.000 clients, leur catalogue a dépassé les 4 millions de morceaux, et ils en ont vendu 250 millions.



http://www.emusic.com/about/pr/PR20...



Le client type est plus agé que sur iTunes et les deux magasins ne répondent pas au même besoin. eMusic se concentre sur la musique indépendante. Je n’ai pas entendu dire que leurs ventes étaient en chute libre ou quoi que ce soit. À la limite, ce serait le magasin le plus adapté pour remplacer des DL massifs en P2P, vu que le prix du morceau est beaucoup plus bas que sur iTunes, Amazon mp3, etc.

xxxxxx 8 mars 2009

Ce n’est pas parce que vous dites n’importe quoi qui’l faut vous croire....En écrivant cela vous vous faites le complice des pirates, donc des FAi qui se sont développés sur le dos des auteurs et des ayants droit. Qui plus est, vous citez DMotion et Deezer qui n’ont aucun modèle économique et qui ne remontent rien aux auteurs.... Vos écrits sont totalement irresponsables, mais vous donnent bonne conscience ! De plus résumer HADOPI à la vision du marché de la musique révèle que vous orientez le propos, car vos arguments ne tiennent pas sur les contenus comme le ciné et les séries !!
Désolé, mais il faut accepter de grandir et de respecter les lois fondamentales de la société !

Philippe Astor 8 mars 2009

1/ Il me paraît évident de considérer que si la loi Internet & Création amène un plus grand nombre de consommateurs à acheter leur musique en ligne, Apple, qui bénéficie d’une position dominante sur ce marché, sera le premier à en bénéficier.



2/ On perd un peu vite de vue - les concurrents d’Apple au premier chef - ce qui fait son principal avantage concurrentiel : son logiciel iTunes. Installez le sur l’ordinateur d’un non-geek, il ne lui faudra pas plus de 5 min. pour comprendre comment ripper ses CD, gérer sa musicothèque, créer des playlists par glisser-déplacer, synchroniser son iPod, graver des CD vierges, écouter tout un bouquet de radios en ligne, voire même acheter quelques titres en téléchargement, le tout via la même interface, simple, ergonomique, conviviale, en deux clics de souris pour chacune de ces opérations. Concurrencer Apple est d’abord une affaire de logiciel, à mon sens, donc de R&D, et pas seulement une question de modèle économique ou de proposition de valeur commerciale alternative.



3/ Si Apple ouvrait son logiciel à d’autres magasins (et peut-être les autorités antitrusts devraient-elles se pencher sur la question, dans la mesure ou iTunes est, plus qu’un jukebox logiciel, un véritable OS musical intégré), Amazon ou eMusic auraient toutes les chances de parvenir à grignoter des parts de marché significatives. Remarquons au passage qu’on aurait bien du mal à citer un acteur européen susceptible d’en bénéficier. Les américains ont mis la main, c’est une réalité, sur la distribution de musique en ligne, en s’appropriant des technologies (le MP3, notamment, et ses dérivés) dont le développement a été financé par des fonds public européens, et qu’ils ont fait optimiser dans leurs universités. Il y aurait bien des questions à se poser sur les politiques industrielles des pouvoirs publics européens en la matière.



4/ Notons qu’eMusic est confiné à des marchés de niche (production indépendante, génération des 35-45 ans, jazz & musique classique, etc.) parce que l’industrie musicale le veut bien. Elle a toujours refusé - à l’exception des indés - de souscrire à un modèle - le forfait téléchargement sans DRM - qui avait de fortes chances de détourner un grand nombre d’internautes du P2P. Quand les politiques nous disent que des offres alternatives existent, force est de constater que celle-là n’existe pas pour les catalogues les plus grands public.



5/ D’une certaine manière, un logiciel comme Spotify offre une alternative vraiment intéressante à iTunes, d’abord parce que c’est un logiciel, comme iTunes, et vouloir concurrencer iTunes sans logiciel est à mon avis peine perdue - pour moi Deezer est un système de radio interactive et concurrence la radio, pas les distributeurs de musique. On ne peut d’ailleurs que se réjouir que ce soit un logiciel européen, c’est la première réponse de l’Europe à l’Amérique dans ce domaine. Sa force : rendre le principe du streaming crédible, confiner la copie à une copie technique, sans effet de rivalité, avec un modèle qui dessert tous les profils de consommateurs, les presse-bouton qui n’écoutent la musique qu’à la radio (financement par la pub, nouvelle forme de radio), comme les fans de musique captif prêts à payer pour bénéficier soit ponctuellement (0,99 € pour un accès de 24h sans pub) soit en permanence (abonnement à 9,99 €) d’un vrai service à valeur ajoutée. On verra bien la réaction d’Apple lorsque Spotify proposera ce service sur iPod Touch et sur iPhone. La firme à la pomme l’autorisera-t-elle ? Sinon, les autorités anti-trust devront se pencher de près sur la question. Autre remarque : le jour où un logiciel parviendra à réunir les fonctions de Spotify et celle d’iTunes, la suprématie d’Apple ne sera pus qu’un vieux souvenir. Et il serait opportun de se soucier de ne pas laisser l’initiative à Apple ou aux américains dans ce domaine.



6/ On parle beaucoup de gloutonnerie et de boulimie des P2Pistes. Je pense que cette vue de l’esprit ne correspond plus à une réalité. Il y a longtemps que l’effet d’aubaine introduit par Napster ne joue plus à plein. La génération post-Napster (les pré-ados d’aujourd’hui) est blasée par la possibilité d’accéder à tout n’importe quand et n’importe comment. Elle souhaite que cette possibilité lui soit offerte, par soif de découverte, mais aussi d’exploration de tout le patrimoine musical enregistré, celui d’aujourd’hui comme celui d’hier (les goûts musicaux sont transgénérationnels aujourd’hui, et les fonds de catalogue revivent auprès des jeunes publics). De ce point de vue, elle se contente très bien de Deezer, et sa soif de musique (plutôt que sa gloutonnerie) est plutôt un bon signe. En revanche, elle reprend peu à peu goût au produit physique. C’est pour elle une expérience nouvelle qu’elle n’a jamais connue. Une fois qu’elle a identifié des artistes qui lui plaisent vraiment, elle est prète à consacrer une part de son argent de poche à l’achat d’objets qui créent un lien concret avec ces artistes, lui donnent l’impression de les aimer, de les soutenir, de pouvoir marquer sa préférence et d’affirmer son identité musicale. Je veux parler des vrais fans de musique, qui sont une minorité, de ceux qui ne se seraient pas contenté de la radio il y 20 ans. Que les autres continuent d’aller sur le P2P pour télécharger le dernier tube de Britney Spears, cela n’a pas beaucoup d’incidence sur le marché à mon avis. A cet égard, je serais curieux de savoir combien de pré-ados ont acheté le dernier album de Charlie Winston (j’en connais au moins 5 ou 6 dans mon entourage) et combien vont se ruer dans les bacs pour acheter celui de Sliimy début avril.



7/ Pour en revenir à la loi Création à Internet, elle passe à mon avis à côté des vrais enjeux, qui ne sont pas d’endiguer un certain nombre de comportements qu’on ostracise comme déviants, mais plutôt de capitaliser sur eux. Alors qu’on parle tant d’impliquer les FAI dans la recherche de solutions, pourquoi avoir enterré si subitement l’initiative de Virgin Media, en Angleterre, de lancer un service de P2P légal en bundle avec son abonnement. C’est à mon avis une grossière erreur. Une des vertus de Spotify, c’est de démontrer que la copie n’aura plus aucune incidence demain, les consommateurs de musique ne lui accordent plus aucune valeur. Ils en accordent à des objets ou des services à valeur ajoutée. Une fois qu’on aura compris ça, peut-être avancera-t-on dans la sauvegarde de l’industrie phonographique, dont la France est le seul pays à faire un enjeu politique.. Comment peut-on avoir l’outrecuidance de prétendre, par exemple, qu’en matière d’offres légales alternatives, nous avons déjà tout inventé ? Nous n’avons absolument rien inventé. Tout au plus en sommes-nous au B-A-BA de ce qu’il est possible de faire. C’est plutôt là-dessus que les efforts devraient porter, sur le développement d’une véritable politique industrielle en matière culturelle. Et le plus dramatique dans cette histoire, ce n’est pas que des milliards de chansons soient échangés chaque année sur les réseaux P2P, mais l’absence de vision à long terme, des pouvoirs publics comme des industriels.

Emmanuel Torregano 8 mars 2009

@anonyme : Je ne sais vraiment si les volumes sur le P2P vont diminuer après Hadopi. Est ce que cela se transformerait en achats légaux, est un autre mystère. Comme je l’indique dès le début de ce papier, il s’agit d’une fiction, une anticipation, qui prend au pieds de la lettre les dires des pro-Hadopi. Hadopi vaincra la piraterie ! Très bien, alors à qui cela profite ... La réponses est iTunes. Est ce que cela en vaut la peine pour l’industrie de la musique, je ne sais pas, et pose la question.
Concernant eMusic, oui 400 000 clients parfait. iTunes c’est 75 millions (ou plus). Rien à ajouter.
@xxxxxxx : Vous devez certainement être très clair dans votre tête. Mais, je n’ai pas tout compris.
@Philippe : Je te suis sur presque tout dans ton intervention. Sauf concernant l’invention de nouveaux modèles. J’ai du mal à y croire à nouveau. Inventer des façons nouvelles de consommer gratuitement (depuis Napster jusqu’au récent Spotify) de la musique, oui, mais pas de la monétiser.

PlusPlus 8 mars 2009

@Emmanuel : >"Hadopi vaincra la piraterie ! Très bien, alors à qui cela profite ... La réponses est iTunes. Est ce que cela en vaut la peine pour l’industrie de la musique, je ne sais pas, et pose la question."



Et donc il ne faut entreprendre aucune action contre la piraterie parce que ça risquerait de faire plus de profits à iTunes ? Vraiment un bien étrange raisonnement..



Ce ne serait pas plutôt le contraire ?



Le fait qu’il y ait peu de projets innovants concurentiels à Itunes n’est-il pas plutôt du au fait que beaucoup considèrent le marché musical comme "presque mort et ne vaut plus la peine qu’on y investisse" ?



Et que la situation inverse stimulerait au contraire bien du monde à investir dans des services encore plus innovateurs et concurentiels que iTunes ?

Emmanuel Torregano 8 mars 2009

@PlusPlus Bonjour, et merci pour la qualité de chacune de vos interventions sur EL. Hadopi n’est certainement pas la seule chose "à faire" contre le piratage. Cette loi aura des conséquences et c’est tout le sujet de ce papier.
Et non, la musique n’est pas un territoire sinistré si l’on en juge par le nombre incroyable d’acteurs qui ont tenté leur chance : Sony (Connect), Microsoft (music store), Yahoo (unlimited), Nokia (come with music), les majors (musicnet, pressplay), et j’en passe et des meilleurs. La réalité est simple : tous des fours sauf iTunes. Entre autre pour les raisons que je donne dans le papier.
Enfin Apple s’est bien lancé en 2002 alors que PERSONNE, mais alors personne ne croyait dans un marché payant de la musique. A cette époque, Jupiter Research faisait de jolies présentations au Midem pour dissuader les investisseurs ! Apple a prouvé depuis que c’était idiot. Et tant mieux d’une certaine façon.
Pour ce qui est de l’innovation, comme je l’’ai répondu à mon confrère Philippe Astor, je n’y crois plus vraiment. Le marché de la musique en ligne est en partie constitué désormais et le ticket d’entrée est devenu très élevé. Aucune plate-forme ne peut se lancer immédiatement dans 30 pays avec 10 millions de titres disponibles DRM free sans un investissement colossal et risqué. Et ce n’est pas la peur du pirate qui freine, mais les complications du monde du droit d’auteur, et la situation archi-dominante d’Apple.
Hadopi est hors de propos aujourd’hui, mais elle sera votée et il convient donc d’en mesurer les conséquences. Ce que nous tentons de faire modestement ici, Philippe et moi.
Il aurait été bien plus efficace de remettre en question Dadvsi et les droits d’auteur dans l’univers numérique. Les créateurs d’Hadopi auront à répondre de ce gâchis dans quelques temps.
En attendant, ne sacrifions pas tout à l’obsession du P2P (largement pathologique chez certains) et sauvons de la noyade nos champions nationaux.

 8 mars 2009

Ce que personne ne souhaite discuter ouvertement sont les dangers liés à HADOPI :



1) Le filtrage, qu’on sait pourtant bien critiquer quand il agit en chine, mais qu’on ne souhaite apperçevoir quand il agira chez nous.



2) La délégation à des entreprises privées d’affaire juridiques, qui sont plutôt du domaine de la police et consors.



3) L’obligation qui adviendra ensuite de payer une taxe ’windows’ car une fois lancée, cette loi imposera l’installation de mouchards, qui bien sûr ne fonctionneront pas sous d’autres systèmes moins fermés et obscurs.



Comment peut on rendre ’criminel’ un acte qui ne nuit aucunement (Malgré le piratage, trouvez vous que le monde du divertissement vit au SMIC ?). Je croyais que la loi était de protéger le peuple d’individus tordus, et non protéger quelques individus du peuple !!!

Philippe Astor 9 mars 2009

@Emmanuel, je ne crois pas un instant, contrairement à toi, qu’Apple a inventé un modèle définitif. J’ai pu constater la même réaction (une adoption immédiate, enthousiaste et résolue) chez des amis non-geeks avec iTunes et avec Spotify. Leur point commun : ce sont deux logiciels, qui innovent, apportent une réelle valeur ajoutée, et transforment les comportements et le marché. Le téléchargement est le modèle dominant aujourd’hui sur le marché de la musique en ligne, mais je ne crois pas qu’il le restera, de même que je ne crois pas à la mort programmée du support physique, dont la distribution passera par d’autres voies et d’autres modèles (par ex. l’abonnement, et la VPC). Tous ces modèles cohabiteront, et ce serait bien dommage de considérer que nous sommes parvenu au faîte de l’innovation en la matière dix ans seulement après Napster.



Maintenant, considérer qu’il faut faire sauter bien des barrières à l’entrée, c’est justement ce à quoi il faudrait s’atteler...



@PlusPlus, la piraterie a eu des effets néfastes pour l’industrie musicale, mais elle a aussi eu des bienfaits, qu’il est certes difficile de mesurer aujourd’hui au regard de la crise que traverse le secteur, notamment en transformant de fond en comble les pratiques en matière de consomation musicale, en l’espace de dix ans, ce qui est assez phénoménal. Elle a aussi suscité un nouvel engouement pour la musique, qui n’a jamais été tel qu’aujourd’hui. La challenge n’est pas de brider ces comportements, mais d’innover en terme de technologies et de modèles économiques pour créer une nouvelle économie de la musique en s’appuyant sur eux. En bridant les comportements des internautes, je crois qu’on compromet cette évolution.



@dernier commentaire anonyme, oui vous avez raison, en plus de compromettre le développement d’une nouvelle économie de la musique, Hadopi compromet également à mon sens l’avénement d’une société de l’information ouverte.

Emmanuel Torregano 9 mars 2009

@Autre anonyme,
Les sujets que vous pointez sont largement discutés partout ailleurs sur Internet, et en partie aussi EL. Il nous paraissait important de parler des autres aspects de cette loi. Et notamment ses conséquences lorsqu’elle sera appliquée.
Concernant votre dernier paragraphe, je plussoie totalement, il y a un déni de démocratie dans cette loi.
@Philippe,
De quoi parle t-on exactement ? Les derniers services lancés sur le NEt, dont fait partie Spotify ne sont que des diffuseurs gratuits de musique. Il n’y a pas d’autre monétisation du produit culturel que par la publicité, autant dire rien de bien nouveau, depuis la FM. iTunes est d’un autre genre. Et sa place de quasi monopole posera un sérieux problème à l’avenir. Ce que nos politiques ont oublié, trop absorbés par la défense de certains intérêts et une vision rétrograde des droits d’auteur.

Yvan 9 mars 2009

@Emmanuel
"déni de démocratie"



Expliquez moi en quoi un projet de loi soumis au vote du Parlement constitue un déni de démocratie ?

Emmanuel Torregano 9 mars 2009

@Yvan,
C’est assez simple. Ce projet de loi est l’expression d’une vision unique des industriels de la culture allant à l’encontre de nouveaux comportements aujourd’hui très répandus sur Internet. Ces derniers ne font pas de morts, pas de blessés (merci d’éviter les amalgames avec la sécurité routière), et donne l’occasion à tout un nouveau pan de l’industrie sur le Net de se développer. Le vote se fera, il entérinera la loi telle quelle. Dommage.

 9 mars 2009

Superbe article, je souscris totalement. Très bon commentaire de Philippe Astor également.
Une des choses oubliée tout de même dans l’idée de cette loi c’est tout de même le consommateur et ça j’avoue que j’ai vraiment du mal à comprendre.

Eagle 9 mars 2009

L’article est intéressant, et je ne pense pas que son auteur souhaite qu’il soit pris au pied de la lettre. Je pense qu’Emmanuel Torregano parle des effets de la loi, et non de sa finalité.



Je suis assez d’accord (c’est dur de ne pas l’être) : dans les faits une telle loi profite aux plateformes de téléchargement légal, et particulièrement à la plus performante d’entre elles, à savoir Itunes.



De là à en conclure que Steve Jobs a senti le vent tourner et donc décider la suppression des DRM, c’est évidemment autre chose. Cette volonté d’Apple de supprimer les DRM date de plusieurs mois déjà, et la firme de Cupertino se heurtait (sauf pour EMI) au refus des Majors (qui souhaitait ainsi affaiblir la puissance de négociation d’Apple). Par ailleurs la décision de Jobs est mondiale, le projet de loi Création et Internet est français.



Je ne souhaite pas parler ici des nombreuses absurdités de ce texte, je pense que les lecteurs sont suffisamment renseignés. Je tiens juste à préciser que le droit français est soumis au droit européen, et que le Parlement européen ne votera jamais une coupure de l’accès à Internet comme sanction... La riposte graduée restera bien française, jusqu’à temps que le PE adopte son paquet telecom (intégrant l’amendement Bono, réinséré aujourd’hui) et que le droit français soit obligé de s’adapter...



A la différence de Philippe Astor je ne pense pas que le succès d’ITunes repose sur le logiciel lui-même. Itunes est sympa évidemment, et on l’installe car ça rajoute un touche Apple à notre Mac ou PC. Du moins c’est toujours ce que j’ai vu faire autour de moi (je suis entouré de non geek).



Le seule et unique raison du succès d’Itunes c’est évidemment le couplage Ipod/Itunes via Fairplay. Apple a su créer un lecteur mp3 qui est devenu un véritable phénomène de mode, tout le monde voulait son Ipod (toujours l’image de marque). Il ne restait plus à Apple qu’à créer une plateforme de téléchargement avec une offre quasi exhaustive et de lier les deux avec des DRM. Achetez un PC vous adopterez Windows, achetez un Ipod/Iphone vous adopterez Itunes.



Ajoutez à cela une marque qui bénéficie d’une image très positive au yeux du public, et vous obtenez les 85% que prédit E.Torregano. Rien de surprenant.



Pour finir je crois en Deezer et DM, en leur succès auprès du consommateur, moins en leur succès économique. C’est pour cela que je ne les vois pas concurrencer Itunes. Je prédis donc de belles années de position dominante, avec tous les dangers que cela comporte (la puissance de négociation d’Itunes face aux maisons de disques a déjà permis de geler toute augmentation de la part réservée aux ayants droit dans la vente de chaque morceau...).

Emmanuel Torregano 9 mars 2009

@Eagle,
Ce serait une erreur de séparer l’un des éléments dans la trilogie : ipod-itunes-store. Les trois ont été indispensables au succès d’Apple dans la musique. L’ipod par sa force marketing sans équivalent bien sûr, mais aussi iTunes, qui a su mettre les concurrents au pas : Windows player, real. Dont les modèles étaient similaires avec une passerelle DRM rendant difficile toute interropérabilité. Enfin, le Store parce que Apple a su trouver le bon modèle de vente : prix unique, etc. Les concurrents ont développé le plus souvent l’un des éléments de cette chaîne sans réussir les trois.
DM et Deezer ne sont évidemment pas des concurrents d’iTunes, mais de formidables vecteurs de promotion pour la musique, remplaçant ainsi ce que la FM faisait jusqu’à présent.
Pour ce qui est de la domination d’iTunes, j’ai des choses à écrire, sitôt le vote de la loi, qui vous feront hérisser les poils...

Eagle 10 mars 2009

J’ai été sans doute un peu vite dans mon raisonnement. Il est évident que l’Itunes store est très bien conçu et que la lisibilité de son offre est un atout indéniable. Mais je ne pense pas que cela soit la raison essentielle de la domination de la firme de Jobs sur le marché de la vente en ligne.



Cela fait plusieurs années que les Ipod représentent près de 70% (j’imagine que ce chiffre est en baisse) des ventes de lecteur MP3. Si demain la part de marché des ordinateurs Apple atteignait 70%, je suppose que l’OS Mac représenterait une PDM similaire...



Tout ça ressemble à de la vente subordonnée, mais simplement dans les faits, pas dans le droit. L’achat d’un Ipod et l’achat d’un morceau sur Itunes sont deux activités distinctes sur le marché (l’une ne suppose pas forcément l’autre). Toutefois, dès lors que l’on voulait acheter de la musique pour la mettre sur son Ipod il fallait passer par Itunes, et si l’on voulait mettre la musique achetée sur Itunes sur un baladeur il fallait acquérir un Ipod.



Grâce à la vente subordonnée Orange a même réussi à attirer des clients (je parle de l’autodistribution exclusive d’Orange Foot). Sauf que lui, il va le payer (cf jugement du Tribunal de commerce de Paris du 23 février dernier) :)

Philippe Astor 10 mars 2009

@Eagle, Emmanuel a raison, c’est le tryptique Ipod-iTunes-iTunesStore lié par un système de DRM Fairplay totalement transparent pour ceux qui s’en tenaient à l’écosystyème d’Apple qui a fait son succès. Mais je pense qu’au coeur de cette réussite (y compris celle du iPod), il y a avant tout du logiciel, et que c’est sur l’innovation en matière de logiciel qu’il vaut mieux s’appuyer aujourd’hui. Or je ne vois rien, dans les politiques industrielles de la France, en particulier en matière d’industries culturelles, qui favorise cette option, à défaut de la privilégier.


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Hadopi toujours en suspens

Hadopi toujours en suspens  –  22.06.2010

La Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés doit donner son feu vert au décret portant sur la sanction de la loi Hadopi pour être ... 

Orange retire le Contrôle de téléchargement

Orange retire le Contrôle de téléchargement  –  18.06.2010

Après une semaine de violentes polémiques et de rebondissements, Orange retire sa solution de contrôle de téléchargement, un outil destiné à empêcher ... 

Riposte graduée programmée pour deux tiers des internautes irlandais

Riposte graduée programmée pour deux tiers des internautes irlandais  –  17.06.2010

La croisade de l’industrie musicale irlandaise pour responsabiliser les fournisseurs d’accès face au téléchargement illégal se poursuit tout azimut. ... 

La part du trafic P2P va baisser, ses volumes vont exploser

La part du trafic P2P va baisser, ses volumes vont exploser  –  11.06.2010

Selon des projections du concepteur de routeurs Internet Cisco, le trafic peer-to-peer ne représentait plus que 39 % du trafic Internet global fin ... 

Hadopi : la CNIL ne fait pas obstruction

Hadopi : la CNIL ne fait pas obstruction  –  11.06.2010

A priori, la CNIL (Commission nationale Informatique et Libertés) a rendu hier un avis favorable aux demandes d’autorisation des ayant droit pour ... 

Un forum P2P espagnol remporte la faveur des juges

Un forum P2P espagnol remporte la faveur des juges  –  10.06.2010

Des raids de la police espagnole à Malaga, Séville et Madrid ont abouti, en 2005, à l’arrestation de quatre personnes impliquées dans ... 

Treize majors demandent le gel des avoirs de Lime Wire

Treize majors demandent le gel des avoirs de Lime Wire  –  9.06.2010

Treize majors cherchent à faire geler les avoirs du service de partage de fichiers LimeWire, à l’origine d’un logiciel libre de P2P, l’accusant de ... 

Acta : Gallo adopté par le parlement

Acta : Gallo adopté par le parlement  –  1er.06.2010

La commission juridique du parlement européen vient d’adopter le rapport rédigé par Marielle Gallo. Avec treize voix contre huit, ce texte qui fait ... 

La riposte graduée anglaise ne fera pas les frais des élections

La riposte graduée anglaise ne fera pas les frais des élections  –  24.05.2010

La nouvelle coalition qui réunit libéraux et conservateurs à la tête du gouvernement britannique ne remettra pas en cause le Digital Economy Act, ... 

L’engorgement des tribunaux spéciaux d’Hadopi en question

L’engorgement des tribunaux spéciaux d’Hadopi en question  –  3.05.2010

Deux affaires récentes concernant la copie illégale de fichiers sur Internet jettent un éclairage inquiétant sur l’application future de la loi ... 

P2P : Telecom Italia dédouané de toute responsabilité, ou presque

P2P : Telecom Italia dédouané de toute responsabilité, ou presque  –  21.04.2010

Dans un jugement rendu le 15 avril dernier, un juge italien a considéré que le fournisseur d’accès Telecom Italia ne pouvait pas être tenu pour ... 

Michel Thiollière s’apprête à quitter Hadopi

Michel Thiollière s’apprête à quitter Hadopi  –  20.04.2010

Michel Thiollière va quitter bientôt le collège Hadopi dont il était membre, après avoir porté la loi "Création et Internet", dont il a été le ... 

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