Google court après le Web 2.0
L’affaire a commencé sur Twitter. Google travaillerait à un Facebook killer. La société basée à Mountain View n’en est pas à sa première tentative. Son horloge biologique joue contre elle.
Google est atteint d’une maladie. La société de Montain View est victime d’un syndrome de Mathusalem. En quelques mois, elle vieillit brutalement de plusieurs années. Jeune pousse un jour, elle est déjà vieux rameau séchant le lendemain. C’est à se demander si dans quelques années on entendra encore parler de cette comète, à la lumière vacillante... Mais n’exagérons pas, aujourd’hui, les voyants sont au vert, le syndrome n’a pas encore grippé les rouages, ou si peu que cela demeure imperceptible pour le commun des internautes.
Et pourtant, Google suffoque. Le moteur de recherche a longtemps cru qu’il échapperait à la malédiction qui immanquablement frappe les jeunes pousses du Web. Trop malin, trop rapide, trop agile, les experts pariaient sur lui. Il serait le nouveau champion qui régnerait sur nos vies électroniques dans les années à venir. Et puis, les indices sont apparus. Cela a commencé avec Google Video. Four historique, mais bien vite effacé par le rachat - très cher - de YouTube, assorti de conditions surprenantes, comme le fait de payer les ayants-droits, enfin les majors, avec une partie du capital. Autant dire que Google était prêt à pousser l’audace très loin pour se sortir de l’ornière.
Depuis, les échecs se sont enchaînés avec une régularité de métronome - Wave et Buzz -, alors même que le gâteau de la publicité grossissait sur l’internet, et que les dollars rentraient dans les caisses. Chaque fois, Google se heurta à ses propres limites en essayant d’aller préempter le terrain du Web 2.0. Et pourtant, le moteur sait combien cet univers, qui n’obéit pas aux règles de la recherche et du lien sponsorisé dont il est le maître incontesté, demeure pour lui un passage incontournable. Sa survie en tant que numéro un de l’internet est à ce prix. Réussir ou péricliter, plus vite encore qu’un Yahoo !, ou un vulgaire Lycos.
Liens ténus
Pour vaincre le signe indien du virtuel, Google se lance dans une entreprise fort risquée : travailler à un concurrent de Facebook, mais fait entièrement maison. Le projet serait connu sous le nom de code Google ME. Le premier à l’avoir révélé est Kevin Rose, le fondateur de Digg, dans un twitt, qui a fait l’effet d’une bombe dans le milieu très fermé des pionniers du web. Depuis, l’annonce a été confirmée par le directeur technique de Facebook. Bref, il n’est plus temps de douter, Google est bien en train de travailler à un Facebook-Like ou Facebook Killer. Cela dit, on ne connait pas grand chose de plus de ce Google ME. La firme de Mountain View possède déjà un réseau social avec Orkut, une société lancée par un employé de Google en 2004, et qui lui permet de se maintenir sur des marchés émergents comme le Brésil.
Le temps presse, une année internet équivaut à 3 ou 4 ans de la vie d’une société normale. Et Google a dans ses gènes cet accélérateur de vie, qui le renforce autant qu’il le condamne. La menace a pris des proportions inquiétantes. Avec ses revenus tirés des publicités, balbutiantes, mal fichues et certainement bien peu efficaces, Facebook a généré 1 milliard de dollars de recettes. L’audience du site dépasse celui de Google aux Etats-Unis... Le Web 2.0 devient maintenant massif, et modestement nous avions proposé d’appeler ses représentants des "Massive Medias", car leur puissance est sans commune mesure avec l’impact d’un média classique comme une chaîne de télévision. Cet aspect - disons colossal - ne les empêche pas d’être aussi les liens ténus faits de quelques électrons entre les personnes... Bref, ils seront, mieux, ils sont déjà imbattables. Ce sont eux, les véritables vainqueurs de l’internet. Google n’est qu’une régie publicitaire comparé à Facebook, Twitter, ou d’autres qui n’ont pas encore émergé, mais ne devraient plus tarder.
