Google OS et le mythe de la troisième voie
Google annonce le lancement pour le second semestre 2010 d’un système d’exploitation, Chrome OS, destiné en priorité aux petits portables, les Netbooks. Le géant de Moutain View s’attaque une fois de plus à Microsoft, mais cette fois la menace est sérieuse, pour la firme de Redmond, comme pour Google, qui abat là une de ses dernières cartes.
Google est passé maître dans l’art des annonces floues, de celles qui nourrissent à l’infini les discussions auprès de l’écran. Dernière saillie en date de la firme de Mountain View, la sortie pour la fin de l’année prochaine d’un système d’exploitation made in Google ! L’effet est immédiat. Tous les médias du Net ont relayé d’un coup l’annonce, soulignant combien un nouvel OS fondé sur les acquis de Google représenterait un rival sérieux pour l’empire Microsoft. Et il est vrai qu’un tel OS, ce graal de l’informatique, cette pierre philosophale du développeur, pourrait enfin représenter une troisième voie véritablement exploitable entre Windows et Mac OS.
Aujourd’hui, le grand public n’a pas réellement le choix. Les chiffres sont éloquents, entre Microsoft et Apple, le combat est disproportionné mais incontournable. Redmond s’est emparé de 90% des ordinateurs de la planète, alors que la firme de Cupertino peine à atteindre les 5%, mais le reste n’est que miettes, avec un ribambelle de systèmes basés sur Linux. Un utilisateurs lambda n’y a jamais trouvé son bonheur, préférant les solutions éprouvées, pour de bonnes ou de mauvaises raisons.
Google a bien choisi son moment. Microsoft est ébranlé. Apple en pleine croissance grignote méticuleusement des parts de marché. Une nouvelle donne apparaît sur d’autres terrains comme la consommation des contenus, musique, vidéos ou les appareils ultra-mobiles, Netbooks et smartphones en tête. Bref, il y a une fenêtre de tir possible, entre la saturation et la lassitude des utilisateurs de Windows et l’engouement pour un véritable changement incarné par Apple.
Moins de 2%
Et lorsque l’on connait la puissance financière d’un Google, comme son opiniâtreté, il y a de fortes chances pour que cette troisième voie s’ouvre réellement dans les années à venir. Mais pourquoi faire ? Qu’est ce que Google souhaite apporter sur un marché, celui de l’OS, qui est de très loin le plus complexe et le plus ardu dans cette industrie ?
Les quelques détails du Chrome OS, c’est le nom de ce nouvel OS, dévoilés par Google sur son blog, laissent quelque peu songeur. Commençons par l’inattendu : Google se fait fort de préciser que Chrome OS n’est pas une adaptation de son système Android, pour téléphone portable sur des ordinateurs, mais un projet à part. Voilà qui pourrait ressembler à un aveu sur l’échec d’Android à fédérer suffisamment l’enthousiasme des utilisateurs. Chrome, le navigateur internet maison est utilisé par 30 millions de personnes dans le monde, selon les chiffres cités par Google. Voilà qui paraît bien élevé toutefois, si l’on se réfère à la fréquentation des sites internet, mesurée par Net Applications. Chrome a difficilement atteint 2% avant de redescendre lentement à 1,8% au mois de mai. Une explication pourrait être qu’en effet, le navigateur a été téléchargé 30 millions de fois, mais peu adopté dans l’ensemble.
Android, Chrome, deux flops pour une société habituée à croiser loin devant la concurrence, mais qui semble avoir atteint ses limites sur un point : répondre à la demande. En fait, Google est déjà une entreprise de l’ancien temps, dépassée par les nouveaux paradigmes du réseau. Une sorte d’adolescence éternelle, mais celle du geek, pas celle de l’entrepreneur comme Steve Jobs, Bill Gates l’ont incarné chacun à leur tour durant ces vingt dernières années.
Mauvaise foi
La prochaine étape pour le géant de l’Internet est donc de trouver la bonne façon de se réinventer en proposant enfin un produit convenable. Entendez par là, un concept facile d’accès, qui apporte un plus, un avantage concurrentiel, et non pas des objets sans réele saveur, qui tiennent plus de la démonstration technologique qu’autre chose. Et d’ailleurs, Google est bien conscient de ses faiblesse, et adopte dans son annonce un discours de vendeur de voiture, typique, tentant de rabaisser les besoins des futurs utilisateur de son OS à de simples formules : "nous avons beaucoup appris de nos utilisateurs", "les ordinateurs ont besoin d’être meilleurs", s’en suit une série de constats sur les difficultés des utilisateurs actuels, dont certains semblent quelque peu douteux - attente pour utiliser un navigateur ; attente pour démarrer un ordinateur, etc. Un peu de mauvaise foi certainement, de la part de Google, face à un monde dont les contingences sont hautement compliquées. Et auxquelles Google veut répondre simplement, comme s’il était possible de supprimer ces complexités d’un coup de clavier. Des adolescents qu’on vous dit...
