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Gestion collective des droits d’auteur : le pataquès européen

Ouverture à la concurrence, guichet unique, licences pan-européennes, tels sont les trois piliers de la vision qu’a la Commission européenne de ce que devrait être la gestion des droits d’auteurs en Europe, pour ce qui est, en tout cas, de l’exploitation des répertoires nationaux et internationaux sur Internet, le câble et le satellite, dans un environnement de concurrence libre et non faussée. Mais malgré ses récentes décisions, il y a loin du rêve à la réalité.


Le 16 juillet dernier, la Commission européenne a arrêté une décision qui impose aux sociétés d’auteurs de lever la clause d’affiliation toujours en vigueur dans le contrat de certaines d’entre elles – elle impose à un auteur de se tourner vers sa société de gestion collective nationale et aucune autre – et certaines restrictions dans les contrats de réciprocité qu’elles passent entre elles.
Ces contrats de réciprocité visent, par exemple, à autoriser la Gema, société d’auteurs allemande, à représenter les intérêts des auteurs membres de la Sacem en France sur son propre territoire. La Commission ne dénonce pas ces contrats en eux-mêmes, mais interdit désormais qu’ils comportent une clause d’exclusivité et une restriction territoriale.
En ce qui concerne la liberté d’affiliation, « elle existe déjà depuis de nombreuses années chez toutes les grandes sociétés d’auteurs européennes, depuis 1974 en ce qui concerne la Sacem, qui compte pas moins de 13 000 membres étrangers », indique à Electron Libre Bernard Miyet, le président du directoire de la société d’auteurs française. Sur ce plan là, la décision de la Commission ne fait donc qu’entériner une situation déjà existante, ce que confirme la CISAC (Confédération internationale des sociétés d’auteurs compositeurs) dans un communiqué : « La liberté, pour les créateurs, de choisir la société à laquelle ils souhaitent adhérer est [...] déjà un principe bien établi et largement appliqué par les sociétés dans l’ensemble de l’Espace économique européen (EEE). Quant au problème de l’exclusivité, voilà des dizaines d’années que les sociétés de l’EEE ont accepté que leurs contrats reposent sur un principe de non exclusivité. », écrit-elle. « La Sacem n’a accordé aucune exclusité à la Gema en Allemagne, par exemple », indique Bernard Miyet.


Les restrictions territoriales au coeur du dilemne

Reste la question des restrictions territoriales. Certainement la plus épineuse, car c’est l’avenir du droit d’’auteur continental qui se joue là. « La décision de la Commission ne concerne absolument pas l’ensemble des activités classiques de la Sacem comme les discothèques, les concerts, etc. ; elle se limite à la gestion des droits d’exécution publique sur Internet, sur le satellite et sur le câble en Europe », précise Bernard Miyet. En faisant sauter ces restrictions, Bruxelles espère par exemple permettre à RTL Group et Music Choice, les deux opérateurs du câble du satellite qui en ont dénoncé les clauses devant la Commission, d’obtenir une licence pan-europénne des répertoires nationaux et internationaux auprès d’un guichet unique ou de la société d’auteurs européenne de leur choix, qu’elle soit sise au Luxembourg, en France ou en Slovénie, en se déterminant en fonction de critères purement concurrentiels.
C’est le second volet, avec la liberté d’affiliation, de l’« ouverture à la concurrence » : un des piliers de la vision qu’a Bruxelles de la gestion des droits d’auteurs en Europe. Les deux autres, qui en découlent, étant le mythe du « guichet unique » et le serpent de mer de la « licence pan-européenne ». L’objectif de la Commission est bien sûr louable : fluidifier le marché, lever les barrières à son développement, faire baisser les coûts d’obtention des licences, favoriser une exploitation plus large des répertoires et faire ainsi croître les revenus des auteurs. Malheureusement, il y a loin du rêve à la réalité.
En l’état, la décision de la Commission européenne de lever les restrictions territoriales dans les contrats de réciprocité entre sociétés d’auteurs des pays membres de l’Union laisse toujours planer un vide juridique et complique même la donne. « Sur le papier, n’importe quelle SPRD [société de perception et de répartition des droits, ndr] va théoriquement pouvoir accorder des licences pan-européenne sur tous les répertoires, explique Bernard Miyet, mais en pratique, dans le secteur d’Internet, par exemple, il n’y aura plus d’accords de réciprocité et encore moins de guichet unique, à cause du retrait, depuis deux ans, de tous les répertoires anglo-saxons des accords de réciprocité. »


Un risque d’atomisation des répertoires

Sur une recommandation de la Commission européenne en date du 18 octobre 2005, tous les grands éditeurs de musique internationaux, qui gèrent les droits sur les oeuvres et sont pour la plupart filiales de majors de la musique, peuvent en effet confier à la société d’auteurs de leur choix le droit exclusif d’accorder des licences pan-européennes sur leur répertoire. C’est ainsi qu’Universal Music Publishing a choisi la Sacem comme guichet unique, quand EMI Music Publishing s’est porté sur une joint-venture entre la MCPS anglaise et la Gema allemande, de même que Warner/Chappel. Il en résulte l’effet inverse de celui recherché : une atomisation des répertoires qui impose, quoiqu’il en soit, le passage par ces différents guichets.
« La décision de la Commission casse les accords de réciprocité sans rien proposer à la place, regrette Bernard Miyet. Dans les faits, les SPRD ne pourront accorder des licences pan-européennes que sur une partie du répertoire. » Par ailleurs, cette décision ne concerne que les droits de d’exécution publique mais pas les droits de reproduction mécanique, qui sont incontournables sur Internet. Dans le meilleur des cas, elle ne résoudrait donc qu’une infime partie du problème.
Premiers concernés, les auteurs sont majoritairement opposés à une telle « ouverture à la concurrence » de la gestion de leurs droits. Pour l’essentiel, en raison de ce que certains n’hésitent pas à qualifier de nouveau « syndrome du plombier polonais ». Les exploitants pourront en effet se tourner vers des petites sociétés d’auteurs moins disante, proposant des tarifs certes très concurrentiels, mais au détriment du niveau de protection et de revenus des auteurs. A l’instar de Bernard Miyet, les auteurs dénoncent « une approche très dogmatique de la concurrence », dans un secteur qui bénéficie toujours en Europe de l’exception culturelle.
« Conserver une logique territoriale, c’est l’assurance de gérer vos droits sur votre territoire essentiel. A défaut, on risque de couper le lien entre le détenteur du répertoire et le pouvoir de décision, argumente Bernard Miyet, pour qui « la Commission est en train de figer une situation de confusion sans apporter de solution au marché. » La solution pour parvenir à un guichet unique pan-européen passe-t-elle par des accords de réciprocité à géométrie variable entre sociétés d’auteurs, comme il le préconise ? « Nous entrons dans une période d’incertitude, au cours de laquelle cette notion de guichet unique sera tout sauf une réalité », estime-t-il.


2 Commentaires. Ajoutez le votre +

Y Roupert 17 juillet 2008

« Beaucoup de bruit, pour rien » ?



La libre concurrence, considérée en soi, n’est ni bonne, ni mauvaise. Elle sera utile dans la mesure où elle peut contribuer à améliorer les services et pour autant que les avantages de la "libéralisation" excèdent ses inconvénients.
Or, qu’on le veuille ou non, les spécificités du marché de la gestion collective des droits de propriété littéraire et artistique conduisent inévitablement à une structure monopolistique. Laquelle se révèle plus efficiente qu’une hypothétique situation de concurrence. La démonstration peut être menée de manière empirique en observant que le monopole de fait (et non de droit) est une caractéristique quasi universelle en la matière. Le cas des USA n’étant, à cet égard, pas un contre exemple, ne serait-ce qu’en raison du fait que chacune des sociétés présentent sur cet immense marché, harmonisé, gère un répertoire distinct et donc non substituable. Il y a par conséquent duopole. La démonstration est également validée par un solide argumentaire économique qui se décline en termes de coûts de transaction et d’effets de réseau. Si l’on met à l’écart le fait (pourtant fondamental) que le marché intérieur européen n’est pas gouverné par une législation uniforme en matière de droit d’auteur et de fiscalité (vive les distorsions de concurrence !), le respect sans nuance de la décision de la Commission pourrait fort bien mener à l’émergence de deux ou trois méga sociétés de gestion, qui n’auront probablement plus grand chose à voire avec les sociétés d’auteurs telles que nous les connaissons.
Notamment parce que ces sociétés ne trouveront aucun avantage à gérer les plus petits répertoires.



A cet égard, la Commission promet que la concurrence soutiendra la diversité culturelle. Quels sont ses arguments ?
La sanctification du tarif du pays de protection ? C’est bien le moins, puisqu’il résulte d’un exercice normal du droit d’auteur. Non, on attend de la Commission qu’elle explique de quelle manière elle compte préserver les accords de réciprocité, et la solidarité qu’ils instaurent, entre les grandes sociétés et les plus petites.
Plus encore, qui empêchera demain les sociétés de discriminer entre les ayants droit pour des raisons tenant à la rentabilité de la gestion (puisqu’il faut tirer les coûts vers le bas) ? Certainement pas le droit de la concurrence, dès lors que le système se veut le siège d’une compétition accrue générant une meilleure allocation des ressources !
En cette matière aussi, la Commission promet plus, qu’elle ne peut donner.



Par ailleurs, la Commission pointe du doigt des entraves à la liberté des auteurs dans le choix de leur société. Or, celles-ci ont été bannies des statuts des sociétés européennes depuis les décisions GEMA de 1971 et 1972, dont les principes ont été consacrés de longue date par de nombreuses lois des Etats membres (Droit belge par exemple) et déclinés plus récemment par la Recommandation de la DG marché intérieur. On peut s’interroger sur l’enquête mener par la Commission à cet égard (si elle se fonde sur les statuts des sociétés des Etats récemment intégrés, le moins que l’on puisse dire c’est que l’amalgame n’est guère loyal). En tous cas, sur ce point la décision n’apporte rien de nouveau. Laisser croire le contraire est, ni plus, ni moins, déceptif.



D’ailleurs, l’imbroglio de justifications dans lequel se perd la Commission et l’absence de condamnation (pas d’amende pour une telle cartellisation du marché ! c’est du jamais vu !!), laisse entrevoir que son raisonnement n’est pas sans faille. L’autorité craint-elle à ce point que le contentieux lui échappe et vienne devant la Cour de Bruxelles où les arguments fondés sur la territorialité du droit d’auteur, la protection optimale des intérêts des membres ainsi que la solidarité propre à la gestion collective et l’efficience dynamique qui s’y rattache pourraient trouver un écho plus favorable ?



Quant aux négociations "amiables" menées dans le cadre de la procédure d’engagements (engagements qui avaient satisfaits les services de la Commission dans un premier temps). On attend toujours les résultats du test de marché des concessions consenties en juin 2007 par la CISAC (transparence ?). La Commission nous dit qu’il est négatif. Quelles sont les critiques ? de qui émanent-elle ? des auteurs ? des éditeurs ? des opérateurs télécoms, radiodiffuseurs et autres exploitants ?



Tout cela témoigne du malaise de la politique de concurrence qui se construit dans ce secteur si particulier.



Il n’est pas douteux que le chemin vers la délivrance de licences paneuropéennes doit maintenant s’ouvrir. Mais ce n’est pas en « sanctifiant le chaos » que le droit de la concurrence peut jouer son rôle d’aiguillon du marché, tout spécialement dans le cadre de marchés qui sont encore aujourd’hui des marchés émergents.

Furious 30 juillet 2008

Pataquès ? Oui, ce mot convient au sujet !



Quelques faits… En si peu de temps.



- Albanel sort de sa réserve.



- Le collectif stop DRM n’est pas condamnable.



- La RIAA vient de se prendre une lourde amende.



- La bande passante subit les pires assauts.



- La Sacem reste aveugle et obstinée.



- …,…



Une page ne suffirait pas…



Aucun rapport ? hélas si. Au lieu d’essayer de préserver un modèle périmé (droits d’auteurs, droits voisins, royalties, copyright, brevets en tous genres), nous préférons perdre du temps et saborder l’innovation, ce qui profite à des pays moins regardants (Chine,…).



Napster ? Victime de son succès, par incompréhension et manque d’imagination de la part des instances occidentales.



Le P2P est et restera incontournable, irrécupérable et surtout un formidable outil de communication hors norme, nécessaire et même indispensable pour faire face aux défis de demain.



Nous sommes contraints, de gré ou de force, d’accepter cette réalité. À vous, à nous de choisir la forme, mais toute résistance sera vouée à l’échec.



Dadvsi, nous n’avons pas eu le compte rendu de son efficacité. Et pour cause.



Il n’y a pas et il n’y a jamais eu de pirates, et temps que les autorités et les Lobbys persisteront à culpabiliser les internautes de cette manière, cela prouvera l’impasse dans laquelle elles se trouvent, et surtout un manque total d’imagination et d’adaptation.



Si la politique est de compliquer toujours plus, alors le P2P, par définition, a de très très beaux jours devant lui !



Et, pendant les palabres Hodapi, le paquet télécom,… les milliards passent sous notre nez, des centaines de milliards perdus, sans compter les dérives liberticides.



L’argent est-il si cher aujourd’hui qu’il ne vaut plus rien ? C’est bien pourtant la réponse donnée à ce petit problème, mais apparemment personne ne soulève cet état de fait.



Pataquès, oui et vu l’état de L’Europe, cela ne préfigure que le début d’une fin stupide.



Alors, Messieurs, êtes-vous enfin prêt à l’évolution ? À la guerre et au désastre humain ou à la paix et au rapprochement des peuples ?



Soyons-en sûres, vous avez déjà votre réponse… Depuis si longtemps que les biens pensants nous gouvernent, nous sommes tranquilles pour un bon moment… Non ?


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