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Frédéric Schlesinger : « Le lien ne peut être uniquement basique, hyper marketé et finalement marchand »

Le 26 Avril 2010 dans Old fashion media par Emmanuel Torregano

Frédéric Schelsinger est un pilier du paysage radiophonique français. Après avoir dirigé les musicales de Lagardère, il avait connu une sorte de consécration en prenant la tête de France Inter, à la demande de Jean-Paul Cluzel, le président de Radio France. Là, il a procédé à une refonte de l’identité de la radio, et installé quelques unes des émissions phares qui ont permis à la station de renouer avec une audience en croissance. L’éviction de Jean-Paul Cluzel, au profit de Jean-Luc Hees, a précipité son départ de la maison de la radio. Frédéric Schlesinger revient pour ElectronLibre sur cette aventure et nous dévoile ses projets actuels.

ElectronLibre : Comment avez vous vécu la fin de votre mission à France Inter ?- Frédéric Shlesinger : Tout d’abord à Radio France et depuis toujours, les directions opérationnelles, particulièrement celles des chaînes, se renouvellent au rythme des présidences. Dès lors, quand vous êtes nommé directeur de France Inter, vous savez que le temps dont vous disposez est compté et qu’il vous faut agir promptement et efficacement pour apporter votre pierre à l’édifice afin de transmettre le relai dans de bonnes conditions. C’est ce à quoi je me suis exercé, avec succès je crois. Pour le reste et faute de proposition interne qui aurait pu m’intéresser, j’ai préféré quitter l’entreprise, je privilégie l’action au confort.

EL : Comment jugez vous l’arrivée de Philippe Val et sa proximité avec le pouvoir ?- FS : Tous les directeurs que j’ai eu la chance de connaître sont arrivés à France Inter avec de grandes ambitions. Philippe a toujours été un collaborateur particulièrement compétent et loyal. L’écoute de France Inter ne permet pas de traduire une proximité avec quelque pouvoir que ce soit. L’oreille n’entend que le professionnalisme de ceux qui s’expriment à l’antenne. Il est irréprochable. J’ai un grand respect et une affection particulière pour les équipes de France Inter qui réalisent de grandes choses.

EL : En interne personne ne sait ce qui va se passer, mais tous pensent ne pas être là à la rentrée. Qu’en pensez-vous ?- FS :Vous savez, pour les collaborateurs d’antenne au sein de toutes les radios, publiques ou privées, la période printanière est une période de doute. L’ambiance a un parfum de mystère. « Serai-je présent sur la grille de rentrée ? » est la question que chacun se pose. Les dirigeants eux travaillent encore sur les futures grilles et n’en connaissent que l’esquisse globale. Néanmoins, au regard des audiences qualitatives et solides réalisées par Inter ces quatre dernières années, notamment cette saison, je serais surpris par des changements tous azimuts. Ensuite, que chaque direction ait la volonté d’exprimer et d’imprimer sa philosophie radiophonique est une évidence. Dans tous les cas, en matière de radio, l’auditeur reste le référent. Il est le corps vital du média, sa raison d’être. C’est à lui que tous penseront au moment de couler dans le marbre la grille de rentrée. Fidéliser les auditeurs, en séduire de nouveaux sans faire fuir les fidèles ? Bien régler le curseur est bien une des principales difficultés de ce passionnant métier.

EL : Depuis que vous êtes parti de France Inter, avez-vous reçu des propositions de médias, radios notamment ?- FS : Oui.

EL : La radio ne cesse de descendre, si l’on prend l’audience globale. Quels sont les moyens d’endiguer cette baisse ?- FS : Tout d’abord l’audience de la radio baisse bien moins qu’on le dit. La dernière décennie l’aura vu osciller entre 80% et 85% d’audience cumulée/jour. Dans le contexte de l’émergence et de la concurrence générée par le Web, c’est plus qu’une bonne résistance. C’est la preuve de l’importance du média mobile et de l’immédiat, incarné par la radio. Plus troublante est la baisse significative de l’audience sur les cibles les plus jeunes, les moins de 40 ans. C’est d’ailleurs les radios musicales favorites de ces publics qui souffrent le plus. Certaines radios pour les publics jeunes résistent mieux, je pense à Fun Radio et plus encore à Skyrock. Même équipe dirigeante depuis 20 ans, supplément d’âme à l’antenne, liens multiples et singuliers avec le public. Une piste de travail pour colmater la fuite des auditeurs est représentée probablement par une alternative qui permette de nourrir différemment la relation que l’on entretient avec son auditeur. Le lien ne peut être uniquement basique, hyper « marketé » et finalement marchand. Développer des démarches créatives pour des contenus originaux coûte cher. Inverser la tendance a un prix que les grands acteurs en place ne semblent pas prêts à payer.

EL : La radio numérique ?- FS : La solution, une évidence. Un passage obligé et personne n’en doute. La vérité est que les acteurs historiques veulent préserver leur territoire et barrer la route aux nouveaux entrants. Le parallèle avec le débat qui a existé pour la télévision numérique (TNT) est troublant. Une chose a changé il est vrai : Le contexte économique. S’entendre sur les modalités de l’avènement plus que rediscuter la pertinence de la démarche me semble urgent.

EL : Europe 1 a réalisé un beau retour et RMC est globalement en forte progression, comment l’expliquez vous et y a-t-il des idées à exporter vers le service public ? - FS : Dans les deux cas, du bon sens. Un efficace retour aux fondamentaux pour Europe 1 et une réinterprétation talentueuse du jeu. La pertinence d’un positionnement unique, un grand professionnalisme et les effets mécaniques liés à l’initialisation de près de 10 millions de nouveaux auditeurs potentiels en 10 ans pour RMC. La stationalité (personnalité de la station) des deux radios est aujourd’hui forte. On se nourrit toujours des expériences réussies par ses pairs.

EL : Quel sont les projets que vous allez développer ?- FS : Il s’agit de la création d’une entreprise de production audiovisuelle, de conseil et de média design. « We Will » est installée à Montrouge et développe des projets de programmes pour la télévision, le web ainsi qu’une activité de conseil pour les médias. Parmi nos travaux avancés, une série de quinze documentaires historiques de 26 minutes, un magazine hebdomadaire de 52 minutes consacré à la diversité, thème pour lequel nous développerons de multiples projets originaux, mais aussi le positionnement d’une nouvelle marque « B to B », son territoire identitaire, pour la filiale d’un grand groupe audiovisuel. Nous mettons également la dernière main au montage d’un grand projet qui devrait nous faire voyager sur la route de Marco Polo, de Venise à l’Orient, de l’Iran à la Chine…

EL : Depuis quand êtes vous impliqué au cœur des questions de société ?- FS : Plus encore depuis que j’ai eu la chance de pouvoir découvrir un peu le monde. J’ai toujours eu beaucoup d’intérêt pour l’autre dans ce qu’il est différent et dans ce qu’il est semblable. Les multiples voyages personnels ou missions professionnelles que j’ai pu effectuer aux quatre coins de la planète m’ont toujours beaucoup appris. J’ai été récemment particulièrement interpellé par les travaux de Paul Virillo sur les flux migratoires ou par les dernières réalisations de Raymond Depardon. Je vous parlais de lien en exprimant le média radio, j’ai envie de poursuivre sur des liens qui sont pluriels et, de mon point de vue, au cœur des problématiques auxquelles sont confrontées nos sociétés : lien social, lien moral, lien géographique, lien historique, culturel, marchand… Bien des fils à tirer.

EL : Avez vous déjà des commandes de médias ?- FS : Oui.

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1 Commentaire

  1.  le 27 avril 2010

    La photo n’est pas créditée... pas correct...



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