Frédéric Mitterrand victime expiatoire du remaniement
Le ministre de la Culture ne sera plus dans le prochain gouvernement qui mettra un terme à la politique d’ouverture de Nicolas Sarkozy qui a échoué.
Frédéric Mitterrand ne devrait plus être ministre de la Culture et de la Communication dans le prochain gouvernement, dont la formation dépendra de la décision de Nicolas Sarkozy d’opérer le remaniement à chaud ou à froid. Cette deuxième hypothèse étant la plus probable, car elle permet au président de la République de rester au-dessus de la mêlée.
Le résultat de ces échéances électorales ayant clairement démontré les limites de la politique d’ouverture, le prochain gouvernement qui devra préparer les élections de 2012 devra s’ouvrir à toutes les sensibilités de la droite classique. Et faire le deuil de cette politique.
C’est peu dire que les électeurs de droite ont été décontenancés, voire ulcérés par cette stratégie qui n’a même pas eu les effets escomptés puisque la gauche s’est entièrement ressoudée.
Tolérée au début de la mandature, cette politique a connu ses limites dans l’électorat avec la nomination de Didier Migaud à la cour des comptes et, plus encore, celle de Michel Charasse au Conseil constitutionnel. Il suffit de consulter les blogs de Claude Goasguen, Bernard Debré, députés UMP de Paris et Lionel Luca, député UMP des Alpes Maritimes pour avoir un petit aperçu de la fronde qui sévit chez les parlementaires de la majorité.
Comme Frédéric Mitterrand, néophyte en politique, ne dispose d’aucun réseau, ni relais professionnel, il constitue la victime expiatoire parfaite d’une redistribution des cartes que l’électorat de droite exige pour se remobiliser. Loin d’être un atout, son patronyme est devenu un fardeau d’autant plus lourd qu’il fait référence à un monde du passé, les socialistes parvenant à donner l’image d’une première rénovation. Et quand on est attaché comme Nicolas Sarkozy au principe de la modernité, premier moteur, selon lui, d’une communication efficace, cette simple constatation vaut arrêt de mort.
France Télévision
Il n’en a d’ailleurs pas fallu davantage pour que quelques conseillers du président, à l’instar d’un Pierre Charron, ne distillent quelques confidences faisant état d’un projet visant à installer Frédéric Mitterrand à la tête de France Télévisions. Ce qui constitue une aberration dans la mesure où une telle nomination constituerait un délit pénal, le ministre de la Culture exerçant sa tutelle sur les chaînes publiques. Il en vise le budget comme toutes les grandes décisions administratives que celles-ci sont amenées à prendre. La loi interdit de diriger pendant trois ans un établissement public que l’on a contrôlé. Et si Jean-Jacques Aillagon a pu devenir président de TV5, c’est en jouant sur le fait que cette chaîne dépendait du ministère des Affaires étrangères et non de la Culture. Ce qui ne l’a pas épargné des vigoureuses attaques syndicales dont il fut l’objet. Dès lors, annoncer Frédéric Mitterrand à la présidence de France Télévisions sur les sites de L’Express, du Post, équivaut, d’une certaine façon, à accréditer l’idée qu’il va falloir le reclasser.
Comme ceux qui connaissent Nicolas Sarkozy savent que celui-ci estime que Frédéric Mitterrand aurait fait un meilleur président de France Télévisions qu’un ministre de la Culture car il possède un véritable amour du service public et il a toujours défendu les programmes de qualité, il n’en a pas fallu davantage pour donner corps à la rumeur. Ce qui est d’autant plus absurde si l’on sait que le président de la République a remis à la deuxième quinzaine d’avril, voire plus tard, la nomination du président de France Télévisions.
Curée
Frédéric Mitterrand qui ne connaît pas encore sa future terre d’accueil risque de se souvenir longtemps de son passage en politique. Une polémique nauséabonde qui a suivi les révélations par Marine Le Pen de ses écrits sur le tourisme sexuel, des attaques de la gauche le traitant d’incapable, rien ne lui aura été épargné. Pourtant, la curée politique qui lui est promise va dépasser en intensité ce qu’il a connu...
Un ministre fragilisé éprouve déjà de grandes difficultés à gérer ses dossiers. Lorsque l’on se retrouve comme Frédéric Mitterrand confronté à un arbitrage sur des problématiques techniques - pour lesquels il a peu d’appétence - et qu’il faut trancher entre les lobbies, les plus féroces qui soient, ceux de la culture et des télécoms – la situation devient intenable.
Et Nicolas Sarkozy ne pourra donc pas, sauf à courir de se le voir reprocher par ses alliés comme par ses ennemis, rester indifférent au sort qui lui est promis.
