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France cherche confiance numérique désespérément

Le 30 Juin 2008 dans Web 1,2,3 par Jennifer Khounnala

La France a accumulé un retard considérable qu’elle tente tant bien que mal de rattraper. Alors même que les Assises du numérique touchent à leur fin et que le moment où sera dévoilé le “Plan économie numérique 2012” approche, Pascal Colin, directeur général de Keynectis, numéro un des services de confiance dans l’Hexagone, s’exprime sur l’état de la dématérialisation sur le marché français.

Aux yeux de Pascal Colin, DG de la société Keynectis, leader national en matière de certification électronique, ce retard endémique incomberait d’abord à une “décision politique” visant à établir les TIC (technologies de l’information et de la communication) comme des “capteurs de croissance”, synonymes de gains de temps, d’argent, de productivité et bien sûr de compétitivité. Selon lui, “la France l’a enfin perçu, puisque les Assises du numérique sont maintenant lancées et que nous avons un secrétaire d’Etat. Nous sommes donc sur la bonne voie. Ce qui ne veut pas dire que nous allons rattraper notre retard du jour au lendemain.” Rien n’est plus sûr dans la mesure où les freins au processus de dématérialisation ne manquent pas.
Outre l’attachement maladif qu’éprouvent encore certains réfractaires à l’égard de leurs stylos et de leurs classeurs, un obstacle surmontable à condition de faire montre d’un tant soit peu de “psycho-discipline” et qui s’évanouit au fil des générations, c’est surtout “l’échange à deux” qui posait problème jusqu’à présent. En effet, si le partenaire refusait de coopérer en "dématérialisé" ou bien s’il n’était pas équipé des logiciels requis, l’envoi de documents électroniques n’avait pas lieu d’être.
C’est l’une des raisons qui expliquent le rôle précurseur de l’administration dans le passage du papier au numérique avec la télédéclaration des impôts sur le revenu, un service proposé aux particuliers, et celle de la TVA, désormais obligatoire pour les entreprises dont le chiffre d’affaires annuel dépasse 760 000 euros. Néanmoins, si l’administration prend seule ses décisions et peut se permettre d’imposer leur mise en application, il en va autrement des acteurs du B2C (business to consumer, grand public) ou du B2B (business to business, interentreprise), à moins qu’un “rapport de force inégal” ne les favorise, à l’instar de celui qui oppose grands distributeurs et petits fournisseurs.

La confiance est la clé

Aujourd’hui, il existe des solutions qui permettent de dématérialiser sans le demander à l’autre”, poursuit Pascal Colin. “Keynectis a signé un partenariat avec Adobe. Maintenant, je peux décider de vous envoyer un document PDF signé que vous pourrez lire grâce à Acrobat Reader, un outil gratuit sur Internet”, et un logiciel propriétaire. Ce qui n’empêche pas le spécialiste du certificat électronique de faire confiance à des éditeurs du libre au pouvoir de séduction croissant en utilisant “quelques briques open-source”. “Tout est question de dosage et de bon sens”, insiste son dirigeant.
L’important est que ces dernières soient “maîtrisées dans leur intégration par un professionnel informatique qui ait pignon sur rue et soit contactable à tout moment par le client”, car le principal danger auquel est confronté l’utilisateur consiste à “voir des logiciels dont le support s’arrête sans prévenir remettre en cause l’ensemble de la plate-forme dans lequel il est installé”. La société qui délivre la solution globale doit être clairement identifiée par le client. D’un point de vue sécuritaire, il s’agit d’une condition sine qua non, car “la sécurité passe toujours par les hommes, et si les hommes ne sont pas fiables, qu’ils utilisent des logiciels libres ou non, on ne pourra pas faire confiance à la solution”, soutient Pascal Colin.
Une vérité implacable qui donne à réfléchir, car dans les faits, notoriété ne rime pas nécessairement avec fiabilité, certaines banques en sont le parfait exemple. En attendant, la lutte contre les a priori semble bien engagée. La communication y joue un rôle de premier plan, de même que les applications. “C’est l’usage qui amène la confiance”, affirme le DG de Keynectis, avant d’ajouter : “ce qui est paradoxal, c’est que techniquement, nous apportons une sécurité bien supérieure à celle du papier”. Effectivement, scripta manent (les écrits restent) aussi dans le monde numérique. L’archivage électronique sonnerait ainsi le glas des originaux réduits en cendres ou en pâte à papier. Mais l’idée doit encore faire son chemin.
Pour l’instant, le bilan de la dématérialisation est mitigé. Le côté positif, c’est que l’on commence à en parler de plus en plus. A priori, elle devrait toucher tous les secteurs d’activité, mais en réalité, on en est encore très loin”, conclut Pascal Colin.

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