France Inter : point de fous au royaume de Val
Mercredi matin, Didier Porte et Stéphane Guillon , les humoristes de la Matinale et à l’émission le "Fou du Roi" sur France Inter voient leurs billets supprimés de l’antenne. Un climat estival qui s’annonce tendu à la Maison Ronde, en pleine préparation de la première grille de rentrée de Philippe Val. Les relations entre la rédaction et la direction sont, elles, fin prêtes à imploser et laisser éclater au grand jour les enjeux politiques qui se trament autour de l’audiovisuel public.
Domenech et les Bleus partagent les titres et les scandales depuis mercredi. Alors que Nicolas Sarkozy annonçait la création d’Etats Généraux pour le Football, Philippe Val, à la tête de France Inter, rayait définitivement de sa grille de programmes ses attaquants de la matinale. Des attaquants au verbe trop "mordant" qu’on exhortait maintes fois de pondérer l’insolence de leurs billets, jugés irrévérencieux par la direction. Les deux fois de trop concernent aujourd’hui le tandem Guillon/Porte à l’humour au vitriol. En Janvier dernier, Jean-Luc Hees , Pdg de la station, s’était vu refuser des excuses de la part de Stéphane Guillon après une chronique corrosive aux accents de mépris contre le pouvoir en place. Enfin, Didier Porte, le 20 Mai dernier avait précipité sa fin lors d’un billet où il exhortait Dominique de Villepin, ex-Premier Ministre à insulter Nicolas Sarkozy. D’une pierre deux coups, le même jour, Guillon et Porte sont éliminés de la grille de rentrée de France Inter.
Risque
A la direction de Radio France, on fulmine depuis trop longtemps et la coupe est pleine. Dans un entretien au Monde, Jean-Luc Hees, son Pdg, annonce "qu’il n’y aura pas de changement d’horaire ni de remplaçant "considérant que "cette tranche d’humour est un échec" et qu’il assumera les conséquences de ce "risque".
Les répercussions de ce renvoi, quelles qu’en soient les raisons, risquent effectivement de coûter un lourd tribut à la station. La Matinale s’affiche comme le Prime Time de France Inter et réunit chaque jour sur la tranche 7h00-8h30 le maximum d’auditeurs. Interrogé sur l’audience cumulée du "Quart d’heure" au sein duquel réside le billet d’humour (Guillon, Porte et François Morel), François Desnoyers, responsable de la coordination de la politique d’antenne l’assure, "l’audience du Prime sur Inter est stable depuis des années c’est le pilier de notre grille". Il confirme une audience cumulée moyenne de 3,5% selon Médiamétrie pour le dernier trimestre (Janvier, Février, Mars). Concrètement, une valeur pour le moins élevée qui représente sur un jour 1 823 OOO d’auditeurs à l’écoute de France Inter entre 7h45 et 8h00. Combien en restera-t-il en septembre prochain ? L’auditeur du service public est fidèle, mais aussi attaché à la liberté qui s’exprime sur ces antennes, il peut tout autant décider de la déserter par conviction !
"Val ne communique sur rien"
Parallèlement à la perte d’une émission de grande écoute, un vent de révolte glace les couloirs de Radio France. Valeria Emanuele, déléguée du SNJ (Syndicat National des Journalistes) est sous le choc mais pas si surprise : "C’était attendu. Philippe Val a dû demander une dizaine de fois la suppression des chroniques humoristiques à l’antenne, il enlève le poil à gratter en quelque sorte, les émissions emblématiques c’est terrible ". La check-list des départs est effective. Jean-Marc Fourre, Vincent Josse, Guillon et Porte... reste désormais à sceller le sort du dernier chroniqueur en lice sur Inter, François Morel, et la liquidation sera totale.
Si la radio publique veut faire peau neuve pour sa grille de septembre et sortir de son cadre les plus turbulents du troupeau Radio France, personne d’autre que Val lui-même ne sait ce qu’il adviendra de ces mesures drastiques. " Val ne nous dit pas ce qui se passe, il ne communique sur rien du coup nous ne savons pas ce que va devenir Inter mais une chose est claire : le principal pour lui c’est qu’il n’y ait plus de chroniques humoristiques le matin juste avant l’invité politique ", déplore Valeria Emanuele.
Berlusconisation
Les têtes tombent et la tension monte au sein de la Maison Ronde qui ne cache plus la profonde dissension de ses dirigeants avec la rédaction. L’histoire ne date pas d’hier, mais janvier 2009 dernier, suite à la mise en vigueur d’une réforme qui autorise au président de nommer le dirigeants de l’audiovisuel public. Et les filets du pouvoir en place de tisser la toile.
Nommé Pdg de Radio France en Mai 2009 par le chef de l’Etat, Jean-Luc Hees n’a eu de cesse de ménager son actionnaire pendant que Philippe Val, ancien Pdg de Charlie Hebdo proche de Carla Bruni-Sarkozy et nommé directeur de France inter, peine à réaliser "toute la promesse culturelle" qu’il s’était engagé à mettre en oeuvre au sein de la station...
En pleine période pré-électorale, l’influence de l’Etat sur l’audiovisuel public suscite la crainte d’une berlusconisation du paysage médiatique à l’heure où Sarkozy semble particulièrement concerné par la recapitalisation du quotidien Le Monde, l’avenir de Le Parisien ou encore impliqué dans la succession à la présidence de France Télévisions grâce au changement de loi qu’il a souhaité ...
