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France 24 : A quoi jouent l’Etat et les députés ?

Le 12 Mai 2011 dans Old fashion media par Carmen Blanchetti

Forte du soutien des députés qui l’ont reçue, la directrice générale déléguée de France 24 refuse de démissionner au moment où les salariés font grève pour protester contre son attitude.

A quel jeu jouent les pouvoirs publics et les députés ? Un conflit oppose le président de l’audiovisuel extérieur, Alain de Pouzilhac, les salariés de France 24 et de RFI à Christine Ockrent. La directrice générale déléguée dépose une plainte pour harcèlement moral, ce qui provoque le 3 mai la visite surprise du procureur de la République, de deux substituts, et de 35 magistrats et policiers à la rédaction de France 24. Les salariés de la chaîne qui ont voté une motion de défiance à 85% contre Christine Ockrent décident de faire grève le 12 mai et de déposer, eux aussi, plainte pour harcèlement.
Cette épreuve déstabilise une télévision qui doit assurer la couverture des soulèvements qui se produisent dans tous les pays du Maghreb. Sa cohésion est en jeu, ainsi que la renommée internationale de la France, à travers ce média qu’elle a lancé. Et c’est le moment que choisissent les députés pour recevoir Christine Ockrent, dans le cadre de la mission parlementaire, présidée par Michèle Tabarot, député UMP des Alpes Maritimes, chargée d’enquêter sur les dysfonctionnements de l’audiovisuel extérieur.

Lynchage médiatique

Michel Herbillon, député UMP du val de Marne, François Loncle, député SRC, Jacques Myard, député UMP des Yvelines, Christian Kert, député UMP des Bouches-du-Rhône font notamment partie de cette commission censée s’intéresser à la stratégie comme à l’économie de l’audiovisuel extérieur.
Profitant de cette tribune ouverte à la presse que lui ont accordée les parlementaires, Christine Ockrent a déclaré qu’elle ne démissionnerait pas et qu’elle était "victime d’un lynchage médiatique". Elle a montré son désir de "laver son honneur et d’être rétablie dans ses fonctions". Cette dernière alternative étant impossible vu l’attitude des salariés de France 24 qui ne veulent plus travailler avec elle, sa réception par les députés n’a fait qu’exacerber les tensions.
L’intersyndicale a d’ailleurs publié un communiqué qu’en d’autres temps on aurait qualifié d’assassin. "Que peuvent les salariés du groupe d’une directrice générale déléguée de l’audiovisuel extérieur de la France qui se dit détruite moralement et qui n’a pas produit d’arrêt maladie pour justifier des mois d’absence ?
"Que peuvent penser les salariés du groupe à qui ils ont demandé des sacrifices quotidiens de la poursuite du versement des 350 000 euros par an assortis de privilèges et de frais ?" La fonction détenue par Christine Ockrent lui garantit, en effet, un chauffeur.
Au même moment, L’Express affirme que la BEFTI (Brigade d’Enquêtes sur les Fraudes Informatiques de l’Information) a retrouvé les traces de piratage informatique qui avaient suscité le dépôt d’une plainte en décembre 2010, par Alain de Pouzilhac, président de l’AEF. Des informations confidentielles auraient été, selon l’hebdomadaire, détournées au profit de Candice Marchal, proche collaboratrice de Christine Ockrent. Celles-ci auraient aussi été portées à la connaissance de Vincent Giret, ancien patron de la rédaction, aujourd’hui directeur délégué de la rédaction de Libération.
Toujours d’après L’Express, Thibault de Robert, informaticien et prestataire de service, aurait reconnu les faits.

Prolongation de la motion de défiance

A ce stade du dossier, rien n’indique que Christine Ockrent soit impliquée dans cette affaire de piratage et que son honneur en soit souillé. Rien ne dit non plus qu’elle ne soit pas victime d’attaques répétées. Il apparaît, en revanche, que la dénégation de la situation interne à France 24 par les pouvoirs publics renforce les critiques portées par les salariés à son encontre. La grève symbolique qui a eu lieu ce jeudi est la prolongation directe de la motion de défiance votée contre elle. Qu’elle souffre de cette situation qui va ternir la fin de sa carrière professionnelle est une certitude. Le montant très élevé de sa rémunération ne peut pas expliquer seul le fait qu’elle s’accroche à un mandat qui prendra fin le 23 avril 2014, la veille de ses 70 ans.
En janvier, Frédéric Mitterrand avait affirmé, plaçant Alain de Pouzilhac et Christine Ockrent sur la même ligne, qu’il fallait "siffler la fin de la récréation". Le ministre de la Culture n’a rien dit depuis. Alain Juppé, ministre des Affaires Etrangères, s’est, en revanche, déplacé au siège de France 24 pour répondre à une interview. François Fillon, lui, s’est refusé à intervenir, attendant sans doute le dénouement de la procédure judiciaire sur le piratage. La tutelle n’intervient pas. Tout se passe, en fait, comme si les pouvoirs publics comme les parlementaires se désintéressaient du sort des salariés de France 24 et du projet qu’ils élaborent au jour le jour pour privilégier un conflit personnel.

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