Forte baisse de la vente des quotidiens en juin
Sans le soutien massif de l’Etat à la vente des abonnements par portage, tous les quotidiens nationaux afficheraient une baisse leurs ventes en kiosque de 10%.
Leur dépendance à l’égard des pouvoirs publics ne cesse de s’accroître.
Dans un délai très court, que certains estiment entre trois à cinq ans maximum, les quotidiens nationaux ne se vendront plus que par abonnements. Et comme ceux-ci sont très largement financés par les pouvoirs publics, il n’est pas interdit d’affirmer que la presse française, déjà largement soutenue, deviendra une presse d’Etat.
Ce pronostic découle de la publication des derniers chiffres de vente au numéro du mois de juin qui confirment la tendance engagée depuis le début de l’année. En juin 2010, tous les quotidiens nationaux donc ont affiché, d’après les résultats OJD, une forte baisse de leurs ventes.
Entre - 8,44% et - 32,89%
La palme revient à La Tribune qui, avec 6602 exemplaires vendus contre 9838 un an auparavant, affiche la plus forte chute avec – 32,89%, Viennent ensuite dans un peloton groupé, Le Parisien ; - 12,08%, (168 485 exemplaires contre 191 633), Le Figaro ; - 10,27%, (100 514 exemplaires contre 112 026), Aujourd’hui en France ; -9,94%, (162 347 contre 180 267), Les Echos ; - 9,47% , (22 478 contre 24 831), Libération ; -8,72%, (55 866 contre 61 200), Le Monde ; - 8,44%, (98 803 contre 107 909).
Prises séparément, toutes ces baisses peuvent s’expliquer, La Tribune paie le tribut du départ d’Alain Weill, son actionnaire, qui a été assimilé, en dépit des efforts de Valérie Decamp, le nouveau propriétaire, comme le prélude à sa disparition.
Le Parisien comme Aujourd’hui en France font les frais des projets de cession des deux titres. Le Figaro paye son soutien inconditionnel à Nicolas Sarkozy,
Les Echos, leur alignement sur le Medef. Libération n’est toujours pas devenu un journal d’opposition et continue de dérouter son lectorat. La période estivale qui lui était traditionnellement favorable ne l’est plus. Enfin, Le Monde souffre de l’inadaptation de sa maquette et de la faiblesse de son offre éditoriale.
Toutes ces hypothèses ne sauraient cependant faire oublier le fait que ce mouvement général traduit une déception générale. Les lecteurs ne veulent plus acheter leur journal dans un kiosque ou une maison de la presse. Il faut le leur porter à domicile et, si possible, à moindres frais. Ou leur donner gratuitement dès qu’ils se déplacent.
Le développement des ventes aux tiers, "les gratuits des payants", s’est inscrit dans cette logique qui permet, depuis des années de masquer la baisse de la diffusion. Et de préserver une partie de leurs recettes publicitaires tout en lui évitant de s’interroger sur l’échec de son modèle éditorial. En juin, ces ventes ont représenté 85 054 exemplaires pour Le Figaro, 52607 pour Le Monde, 38 424 pour Libération, 35 944 pour Les Echos et 22 194 pour La Tribune.
Dépendance accrue à l’égard du politique
Aujourd’hui, ce ne sont plus les ventes aux tiers qui sont la panacée de la presse mais le portage des journaux, largement subventionné par les pouvoirs publics. Nicolas Sarkozy a, depuis longtemps, largement perçu tout l’intérêt qu’il pouvait y avoir d’accroître la dépendance économique des journaux à l’égard de l’Etat. Et le développement du portage renforce considérablement ce lien. L’obtention de cette aide publique n’est d’ailleurs assortie d’aucune précaution particulière : il suffit pour déposer une requête, d’être en règle avec le fisc et d’avoir payé ses charges sociales. Tout quotidien qui aura déposé cette demande, recevra pour tout numéro porté et pendant trois ans, une somme pouvant aller jusqu’à 30 centimes. Les quotidiens, à faibles ressources publicitaires comme Libération, La Tribune ou La Croix peuvent même percevoir une majoration supplémentaire de 17 centimes par exemplaire porté.
Une telle offre permettant de couvrir la quasi-totalité du coût de distribution lié au portage et compensant une diffusion en chute libre, tous les quotidiens nationaux se sont précipités pour en profiter. Sans se soucier d’accroître ainsi leur dépendance à l’égard du pouvoir politique.
Le nombre des abonnements portés de La Tribune est ainsi passé sur un an de 19 670 à 23 260, du Figaro de 60 095 à 62 034, du Parisien de 100 520 à 104 971, de Libération de 1 152 à 14 042, du Monde de 45 796 à 58 090 ! Comme on le voit, les journaux les moins vertueux se revendiquent de l’opposition. Dès lors, comment pourront-ils mener à bien leur politique et rester indépendants quand leur diffusion sera dans les mains de l’Etat ?
