Facebook dépasse Google, le web vacille
Pour la première fois de l’histoire du web, un réseau social a généré outre-Atlantique davantage de trafic qu’un moteur de recherche. Au delà de la guerre d’audience qui fait rage entre Google et Facebook, c’est l’internet en lui-même qui subit une mutation majeure.
Ce n’est rien. Une paille. 0,04 point de différence, mais qui pourrait bien annoncer la fin du web tel qu’on le connaît. Une étude de Experian Hitwise montre qu’aux États-Unis, pour la première fois de son histoire, sur une semaine entière, Facebook a généré davantage de trafic que le colosse Google : 7,07% contre 7,03% entre le 6 et le 13 mars 2010. Et la tendance de fond ne laisse guère de chances au leader des moteurs de recherche : en un an, Google a gagné 9% de trafic, quand Facebook progressait de 185%.
Bien sûr, cette nouvelle donne est à nuancer. Dans l’hexagone, comme dans le reste du monde, Google continue certes de mener la danse numérique. En janvier dernier, Google France avait reçu 10,38% des visites, contre 6,83% pour Facebook. Et l’étude de HitWise ne tient pas compte de tous les services proposés par Google, tels que Gmail ou Google maps. Considérsé dans leur ensemble, les services de Google continuent de représenter plus de 11% du trafic états-unien, toujours loin devant Facebook.
Le lien social contre l’algorithme
Reste que la hiérarchie qui se dessine, c’est celle du réseau contre le moteur de recherche, du lien social contre l’algorithme, de la connexion des intérêts personnels contre l’exploration méthodique des crawlers... D’un côté, il y a l’internet traditionnel, dans lequel le programme informatique organise la connaissance en bases de données, et de l’autre, il y a des êtres humains, qui font remonter les informations qu’ils jugent dignes d’intérêt à des gens qui les jugent dignes de confiance. Depuis un moment déjà, Google a compris que sa concurrence directe ne résidait plus guère dans le search – les google-killers cuil et bing connaissent des fortunes diverses, mais ne sont guère parvenus à ébranler son leadership –, mais dans le social. Et de multiplier les tentatives infructeuses : Google Wave, Google Buzz, auxquelles les internautes ont réservé un accueil tiède. En 2007, Google ne s’était d’ailleurs pas caché de son intention d’investir dans Facebook, avant de se faire couper l’herbe sous le pied par Microsoft. La guerre qui a lieu, car c’est bien d’une guerre qu’il s’agit, a pour objet la domination de l’internet, mais surtout son utilisation, sa structure et son organisation. Au lieu d’aller chercher l’information, l’utilisateur la laisse désormais venir à lui, grâce à son réseau. Le push prend le pas sur le pull. Et l’arrivée des smartphones, en particulier de l’iPhone et de sa cohorte d’applications qui épargnent à l’utilisateur de longues errances au sein des méandres du world wide web viennent renforcer une nouvelle forme d’activité en ligne, où ses sources sont précisément celles qu’il a choisies. Quant au nerf de la guerre, l’argent, oui, le chiffre d’affaire de Facebook reste très inférieur à celui réalisé par Google : 1,5 contre 23,7 milliards de dollars.
Mais avec 400 millions de membres, donc 300 millions régulièrement actifs, une équipe relativement réduite (300 ingénieurs – soit un par million d’utilisateurs –, 1000 employés), un Facebook connect désormais utilisé par des milliers de sites... Et des spéculations sur sa valorisation oscillant entre 11 et 40 milliards de dollars, Facebook peut espérer à plus ou moins court terme, une introduction en bourse retentissante. Tout dépend maintenant des qualités de business man de Mark Zuckerberg.
Il y a bientôt un an, Electron Libre annonçait « La Fin du Web », au profit de l’émergence du digital-me. Un pas de plus dans cette direction vient d’être franchi.
