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Facebook Sarkozy : le piège du TimeGate

Le 16 Février 2012 dans Politique par Michel Martins

Les communicants de l’Elysée n’en espéraient pas tant. La nouvelle page Facebook de Nicolas Sarkozy a provoqué une polémique exagérée accusant l’entreprise de Mark Zuckerberg de favoritisme politique. Un piège dans lequel des proches de l’équipe de campagne de François Hollande sont tombés à pieds joints.

"Oui, je suis candidat". C’est officiel. Depuis hier 20H07, le président de la République est désormais candidat à sa réélection. Une annonce qui n’est en aucun cas une surprise. L’équipe du locataire de l’Elysée a parfaitement orchestrée cette déclaration, notamment sur les réseaux sociaux. Objectif : attirer l’attention des internautes téléspectateurs-électeurs, créer le buzz ; exister, enfin !
Une belle démonstration d’une des règles centrales de la communication : faire parler, en bien ou en mal, mais faire parler quoi qu’il arrive. Cette stratégie est d’autant plus efficace lorsqu’un idiot utile intervient pour donner un coup de main. Et ici, Nicolas Sarkozy et son équipe de communicants peuvent remercier certains partisans de François Hollande qui ont parfaitement joué ce rôle.
Lancé vendredi 10 février, le nouveau profil Facebook de Nicolas Sarkozy marque l’acte fondateur de la campagne web de son équipe. Sa première arme de communication sur les internets. Cette biographie tout en images utilise à plein les capacités du mode "Timeline" de Facebook. Ce fil chronologique permet de suivre à la trace Nicolas Sarkozy durant tout son quinquennat, avec de belles photos des déplacements officiels, mais aussi une sélection d’événements plus personnels, année après année, depuis son bac en 1973 au lycée Chaptal à Paris. Objectif de l’opération : rendre le président de la République humain, faire redescendre Sarkozy de son trône pour le placer au niveau du candidat Nicolas proche des Français... Les réactions positives ou négatives se sont empilées tout le week-end. Les commentaires ont en particulier pointé du doigt la mémoire sélective de ce journal digital, avec un trou noir en 1995, année de la candidature catastrophe d’Edouard Balladur contre Jacques Chirac, qui a valu à Nicolas Sarkozy plusieurs années de traversée du désert en raison de son soutien au premier ministre, ou encore l’absence des épisodes bling bling du Fouquet’s et du yacht de Bolloré.

Ami d’ami

Une opération de communication rondement menée qui a atteint son but : faire parler ! En bien ou en mal, mais faire parler quoi qu’il arrive, comme prévu. La polémique consécutive à la chronique de Frédéric Martel publiée mardi sur l’Express est venue démultiplier l’impact de ce lancement. Dans son papier, l’auteur de "J’aime pas le sarkozysme culturel" chez Flammarion, proche du parti socialiste, accuse les cadres de Facebook France de "rouler pour Sarkozy". Se basant sur des dates d’intégration de photos suspectes et sur les accointances réelles ou supposées entre Nicolas Princen, le conseiller numérique de Sarkozy (qui "a des amis partout : chez Google, Microsoft, DailyMotion...", souligne l’auteur de l’article) et Julien Cordoniou ("un ancien de Microsoft, qui, depuis avril, s’occupe des partenariats chez Facebook"), le journaliste accuse le réseau social créé par Mark Zuckerberg d’avoir favorisé le président-candidat en lui donnant la primeur de cette nouveauté, voire même en lui apportant un support technique direct de ses salariés. Des procédés qui entrent dans "le périmètre de l’abus de bien social" si il y a eu rémunération des salariés de Facebook par l’Elysée, ou dans le "financement illégal de la campagne" en cas de contribution en nature, comme l’explique le député socialiste Christian Paul, spécialiste du numérique. Dans un second papier, où il répond aux réactions déclenchées par ses accusations, le journaliste refuse de parler "d’abus de bien social" et se contente d’évoquer "une absence de pluralisme manifeste par FaceBook France dans cette affaire". Frédéric Martel défend ses propos appuyés par "plusieurs sources concordantes et fiables, à l’intérieur de FaceBook, à l’Elysée mais surtout au sein de la société qui a développé la Timeline FaceBook de Nicolas Sarkozy". Il ajoute que "la direction de FaceBook aux Etats-Unis regretterait vivement un tel parti pris, s’il est avéré, et l’aurait déjà fait savoir, par la biais de la direction de FaceBook Europe à Londres, à l’équipe parisienne".

Lorsque l’on connait quelque peu le fonctionnement de Facebook, ou de ses autres concurrents californiens, on peut douter d’une telle implication de l’entreprise de Mark Zuckerberg. Ses objectifs sont avant tout commerciaux et rien de mieux que des célébrités pour faire la promotion de cette révolutionnaire Timeline. Une donnée que reconnait l’équipe de l’Express en ligne, 24 heures plus tard, dans "des éclaircissements" en réponse aux nombreuses "remarques parmi [ses] lecteurs" : "A ce jour, de nombreux artistes, responsables politiques, sportifs et journalistes ont déjà mis en oeuvre leur Timeline, beaucoup peuvent être trouvés sur la page Les Célébrités sur Facebook (www.facebook.com/celebs)". Certains, comme ici chez OWNI, peu convaincus, n’hésitent pas à écrire : "rien ne dit que Facebook n’aurait pas tout autant aidé au développement d’une timeline pour le candidat socialiste (...) la polémique semble quelque peu montée en épingle" tout en soutenant que "les accointances entre le Palais et une partie des équipes de Facebook France sont bien réelles". La vérité semble beaucoup plus simple. La page Facebook a en fait été techniquement réalisée par une agence de communication, Emakina, qui s’occupe de la stratégie numérique de l’UMP. Or, l’agence Emakina est accréditée par Facebook comme "Facebook Preferred Developer Constultant", un label qui lui ouvre des facilités techniques et un accès privilégié aux nouveautés de Facebook. Ce qui explique que Nicolas Sarkozy ait pu bénéficier de conseils dont personne n’avait jusque là pu disposer. De quoi dégonfler un peu le titre de Martel, "Facebook roule-t-il pour Sarkozy ?.

Ridiculisés

Le véritable problème dans cette affaire n’est pas que ces révélations soient quelque peu exagérées, mais le fait que les membres de l’équipe de François Hollande aient plongé dans cette vraie-fausse affaire de Timegate. A la suite du député PS Christian Paul, Fleur Pellerin, la responsable du pôle numérique, s’est fendue d’un mail courroucé à destination des responsable de Facebook France, dans lequel, persuadée de la véracité des faits, elle juge l’implication du réseau social "inacceptable". Voilà, les socialistes pris au piège. Sur Twitter, les moqueries pleuvent en 140 caractères, comme ici : "La polémique sur la timeline de Sarkozy est une aberration. Que @fleurpellerin bosse au lieu de crier au scandale !".
Acte 1 de la stratégie de communication sur les réseaux réussie pour l’équipe de Nicolas Sarkozy. Tout le monde a parlé de cette nouvelle page Facebook, l’équipe de François Hollande s’est quelque peu ridiculisée, et le nombre d’abonnés augmente - 18 000 à cet instant, mais encore loin des 500 000 fans de l’ancienne. Le lendemain, mercredi, la communication continue. A 10 heures, le candidat lance son compte Twitter sur lequel il donne rendez-vous aux Français le soir même à 20 Heures sur TF1 pour l’annonce de sa candidature. Quelques heures plus tard dans la nuit, l’équipe de Nicolas Sarkozy dévoilait son site de campagne, son slogan "Une France forte" et son affiche officielle. Voilà une bonne séquence menée d’une main de maitre par les communicants avec l’aide des socialistes, tombés dans la panneau. La polémique a d’ailleurs repris autour du compte Twitter du candidat UMP soupçonné d’être "gonflé" par des comptes inactifs, "les crânes d’oeufs". Un buzz qui permet à Nicolas Sarkozy d’afficher fièrement 74 000 followers, la moitié de la popularité de François Hollande sur le réseau, gagné en un jour et demi. Faire parler, en bien ou en mal, mais faire parler quoi qu’il arrive. Une belle démonstration. Pour mettre toutes les chances de son côté, l’équipe de François Hollande va devoir éviter ce genre de pièges. Jusqu’ici, Nicolas Sarkozy a toujours réussi à imposer son tempo médiatique, y compris sur les réseaux sociaux...

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5 Commentaires

  1. Loïc le 16 février 2012

    Bravo, votre papier remet les pendules à l’heure sur cette affaire ! On se demande comment Lexpress.fr a pu publier un tel tissus de c... bourré de questions et d’interprétations tendancieuses sans faits probants. Un monument d’anti-journalisme. Mieux qu’une thèse sur un complot le 11 septembre ! Le PS a cru y trouver une bonne raison de faire du bruit mais il aurait mieux fait de se taire...



  2. Jeey le 18 février 2012

    Faire parler, en bien ou en mal, c’est oublier (ou ne pas connaître) la longue traîne.

    We do not forget. We do not forgive.



  3. Yoan le 18 février 2012

    Le PS a tellement soif du pouvoir qu’ils tirent sur tout ce qui bouge. Est-ce que c’est vraiment ce qu’on attend de notre futur pouvoir ? Je ne défends pas l’actuel mais je ne vois vraiment pas sous de bonnes ondes le suivant non plus ...



  4. clmasse le 20 février 2012

    Quelle grande école a fait Sarkozy ? l’école du cirque ? Il a triché et ça c’est vu, après il va nous raconter que c’était une opération de com. Mais bien sûr ! Et les comptes twitter et les pages facebook qui disparaissent, c’est aussi une opération de com ? NON MONSIEUR, c’est la négation de la démocratie, et ça montre à ceux qui ne le savaient pas encore que la voyoucratie se trouve à l’Elysée.



  5. marie, mère de famille le 21 février 2012

    juste une question au candidat-président qui parle de FORMATION des chômeurs ; quelle formation va-t-il proposer à des jeunes de 25 ans - niveau master 2 - major de promo - filière scientifique et à qui on ne propose que le chômage ? malgré des stages à l’étranger, rien en France ? va-t-il leur proposer de faire un CAP - choix qu’ils accepteraient bien sur sans problème si muni d’un CAP ils étaient certains qu’au moins ils auront un emploi.Non, Monsieur le Président vous faites erreur, être chômeur pour un jeune diplômé qui a sacrifié six années de sa jeunesse à faire des études ne lui procure aucun plaisir, bien au contraire beaucoup de tristesse, de dévalorisation de la France à cette jeunesse qui pourtant aimait son pays..... mais qui aujourd’hui se sent trahie...



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