France Télévision Publicité : Frédéric Mitterrand en service commandé
Après la taxe carbone, il fallait éviter à Nicolas Sarkozy une nouvelle déconvenue. Frédéric Mitterrand s’est donc chargé d’annoncer le maintien de la publicité sur les chaînes publiques et la fin de la cession de la régie.
Frédéric Mitterrand n’a commis aucun impair. En annonçant hier, devant l’association des journalistes médias que la cession de la régie publicitaire de France Télévisions à Stéphane Courbit « posait un problème déontologique » et qu’il ne « pouvait être juge et partie », le ministre de la Culture et de la Communication a agi en service commandé.
La publicité ne sera pas supprimée sur les chaînes publiques avant 20 heures et la régie ne sera pas cédée (comme ElectronLibre l’annonçait en exclusivité le 9 décembre 2009). Nicolas Sarkozy qui s’était fait le chantre de cette mesure y a totalement renoncé, mais il ne peut faire marche arrière sans courir le risque de se déjuger. Après le recul sur la taxe carbone, il vaut mieux éviter d’afficher une nouvelle reculade sur l’audiovisuel, même si la loi du 5 mars 2009 prévoit la fin de la publicité sur les chaînes publiques. Sur un plan plus personnel, le président ne veut pas contrarier son ami Stéphane Courbit, l’homme qu’il a logé dans un appartement de Neuilly lorsqu’il en était le maire, le chef d’entreprise pour lequel il nourrit une sincère admiration.
Parfaitement au courant de ce revirement au plus haut niveau de l’État, Frédéric Mitterrand a décidé de se dévouer. Autant pour clore une polémique qui n’allait cesser de gonfler que pour prendre ses responsabilités d’homme politique. Ainsi, il protège à la fois Nicolas Sarkozy et François Fillon, que l’on aurait immanquablement opposé au président si le Premier ministre avait annoncé que la vente de la régie était compromise.
Guêpier
Le moins que l’on puisse dire, c’est que les obstacles n’ont cessé de s’accumuler sur ce dossier qui est devenu au fil des mois un véritable guêpier.
Tout a posé problème et la contestation a concerné tous les secteurs.
Tout d’abord, le prix de cession de 20 millions d’euros qui s’apparente à un véritable bradage d’une société publique. En passant l’offre au peigne fin, Mediapart a même calculé que les acheteurs n’auraient à débourser que 2,6 millions d’euros pour acquérir les 70% de la régie car ils trouveraient une trésorerie de 13 millions d’euros.
Guillaume Pannaud, président de TBWA France a quant à lui dénoncé « le bond en arrière que constitue cette privatisation au risque de l’opacité et du conflit d’intérêts ». Omnicom, sa maison mère a relevé que Publicis, partenaire de Stéphane Courbit, serait à la fois conseil en stratégie médias et vendeur d’espaces publicitaires. L’association des agences conseils en communication, l’instance représentative des agences de publicité a développé la même argumentation.
Ce n’est pas tout. La SACD, la Scam, la Confédération des producteurs audiovisuels, autrement dit le monde de la création comme celui de la production ont dénoncé à la fois cette vente et la fin de la publicité qui pèse, selon eux, sur les capacités d’investissement de la télévision publique dans la production de la qualité.
Enfin, et c’est sans doute, l’élément qui a pesé le plus lourd dans la renonciation de Nicolas Sarkozy et de son gouvernement : la commission européenne a engagé une procédure d’infraction contre la France. Elle lui reproche de créer une taxe télécom pour compenser le manque à gagner de la télévision publique causé par la fin de la publicité, Une taxe de 0,9% devait, en effet, frapper le chiffre d’affaires de tous les opérateurs télécoms, internet et téléphonie mobile. Or, cette taxe est contraire au droit européen.
En conséquence, si le projet de vente de la régie avait été maintenu, c’est l’État qui aurait été obligé de trouver les 415 millions d’euros qui auraient manqué à l’appel. Or, les parlementaires de l’opposition comme de la majorité ne veulent pas entendre parler, en période de crise économique, d’une telle ponction.
Jamais le gouvernement n’aurait pu trouver une majorité sur un tel projet qui rassemble contre lui, soulignons le encore, les artistes, les créateurs, les publicitaires et les producteurs.
Ne pas déjuger le gouvernement
Dans les semaines qui viennent, le conseil d’administration de France Télévisions mettra fin au processus de privatisation de sa régie. Le Parlement se verra proposé, sans doute par un député de la majorité, histoire de ne pas déjuger le gouvernement, un amendement autorisant le maintien de la publicité avant 20 heures. La redevance sera, comme Frédéric Mitterrand l’aura clairement laissé entendre, augmentée d’un niveau comparable à l’inflation.
Philippe Emile Santini, le patron de France Télévisions Publicités, l’homme qui avait porté ce projet sur les fonds baptismaux et qui aurait rejoint le groupe Publicis pour prendre en main le secteur affichage, son métier d’origine, remettra vraisemblablement sa démission d’ici la fin du mandat de Patrick de Carolis.
Maurice Lévy, PDG de Publicis, va enregistrer là l’une de ses premières défaites. Le patron emblématique du troisième groupe mondial de publicitaire y regardera désormais à deux fois avant de descendre dans l’arène des médias. Il ne doit pas, c’est un euphémisme, savourer le triomphe de ses concurrents comme le soulagement des télévisions privées, TF1, M6, Canal+ qui ne voulaient pas le voir pratiquer le même métier que le leur.
Ces dernières sont d’autant plus satisfaites qu’elles connaissent le savoir-faire d’un Stéphane Courbit qui aurait constitué une équipe commerciale de choc susceptible de leur tailler des croupières.
Photo : cinezi
