Europe 1, une grille, des trous d’air, et des valeurs sûres
Réussir la grille d’une radio du premier coup, qui plus est lorsqu’on est novice, ce n’est pas donné à tout le monde. En prenant les rênes d’Europe 1 en fin de saison dernière, Alexandre Bompard, tout frais arrivé de Canal+, a mis à bas les grands principes qui guident les directeurs d’antenne avisés. Et si les premiers résultats d’audience de ce nouvel Europe 1 sont bons sans que cela soit contestable, les choix du nouveau directeur n’ont, en fait, convaincu qu’à moitié les auditeurs.
La radio est un média fragile. L’auditoire est volatile, brusqué dans ses habitudes, il prend la tangente rapidement comme une volée de moineaux pour ne jamais revenir. Voilà ce qu’on avait l’habitude d’entendre, et les spécialistes d’appuyer ce raisonnement en rappelant le douloureux accident survenu à RTL lors de l’éviction de Philippe Bouvard, l’animateur des Grosses Têtes - la station avait perdu en une seule mesure 4 points. La réaction des auditeurs avait été immédiate, sanctionnant la station de la rue Bayard qui depuis n’a jamais retrouvé le même niveau d’audience cumulée.
Deuxième loi d’airain des maîtres ès-grille de radio, la vedette de télé ne fait pas le beau temps sur les ondes. Tout d’abord, elle coûte cher et en second lieu, elle n’a jamais été la garantie d’une audience performante. D’ailleurs, nombre de stars du petit écran ont dû quitter une station pour cause d’audience insuffisante dans l’histoire récente de la radio.
Alexandre Bompard a travaillé pendant cet été sur les programmes de la rentrée d’Europe 1. Le résultat un panaché de nouvelles têtes venues essentiellement de la télévision, et une programmation osée avec à la clef une bonne dose d’"infotainment", ce mélange d’information pure et dure mais aussi de plages de divertissement. Confrontés à ces choix audacieux, les experts de tous bords avaient pronostiqué une catastrophe. Il n’en fut rien, mais un examen précis et détaillé des performances de la statio est riche d’enseignements.
Marc-Olivier Fogiel à la peine
Uune radio fait son beurre le matin. Plutôt que d’allumer la télévision, le français préfère se rabattre sur le poste de radio, un compagnon fidèle des matinées, mais qui sait se faire discret si besoin est. France Inter, RTL, Europe 1 et RMC, sans compter la thématique France Info, mettent entre 6 et 9 heures sur les ondes le top du top en matière de traitement de l’actualité. Et sur ce créneau, le nouvel Europe 1 n’est pas en grande forme. Sur chaque quart d’heures mesuré par Médiamétrie entre 6 heures et 8 heures, la station de la rue François 1er est en net recul comparée à la même période de 2007, avec : 3,9%(le journal) de moins, puis 12,9% (Franck Ferrand, puis Nicolas Canteloup) ; 13,1% (journal encore, et actualité sportive) ; 13,9% (enchaînement de Isabelle Martinet, Benjamin Vincent et Axel de Tarle) ; 2,3% (prise d’antenne de Marc Olivier Fogiel) ; 10,5% ; 6,2% et 5,9% (tour à tour, Axel de Tarle, Stéphane Blakowski, et Claude Askolovitich puis la revue de presse de Michel Grossiord). La nouveauté Marc Olivier Fogiel, qui débute son office d’"anchorman" de la tranche matinale dès 7 heures, ne provoque donc pas l’effet escompté. Après 8 heures, ça s’arrange quelque peu. Les audiences remontent lentement, avec un pic à 8 heures 30 (+28,3% de période à période sur le quart d’heure, et encore +16% ensuite, puis 8,3 ; 6,9 etc.), lors du passage de l’humoriste Nicolas Canteloup (8h37 précises). Pour un peu, Alexandre Bompard pourrait remercier celui qui l’a fait venir sur Europe 1, son prédécesseur à la tête de la radio, Jean-Pierre Elkabbach. L’effet Canteloup est tel que les audiences de la radio sont au vert jusqu’à 11 heures 30 - Michel Drucker à 9 heures 30 ne s’en sort pas si mal, avec des audiences en légère hausse comparée à l’année passée (progression entre 6,9% et 1,7%). A cet horaire, la tendance positive s’inverse, alors que Jean-Marc Morandini a pris les commandes à 11 heures. Le grand journal de la mi-journée affiche sur chaque quart d’heure des scores négatifs d’une année sur l’autre avec 11% ; 18,5% ; 10,3% et 7,3%. En tout et pour tout, sur cette période de septembre-octobre, Jean-Marc Morandini a séduit 1,847 million d’auditeurs en moyenne, alors qu’il y a un an ils étaient 1,827, mais la durée d’écoute a diminué de 69 minutes à 67 minutes. Un quasi statu-quo donc pour l’animateur sur la tranche 11 heures-14 heures.
13 heures, c’est l’heure du journal de la mi journée, et Europe reprend des couleurs plus vives. Crise financière oblige certainement, le journal, la bourse, et le "grand débat", font recette avec des quarts d’heures en progression : 11,5% ; 12,5% ; 14,4% et 12,2%.
Laurent Ruquier assure
L’après-midi est comme souvent un parent pauvre de l’audience pour la radio. En quantité, les auditeurs sont moins nombreux que le matin. C’est aussi le moment où les stations se battent sur les programmes de divertissement. Et à ce jeu, Laurent Ruquier, valeur sûre de la station de la rue François 1er réalise des audiences en croissance d’une année sur l’autre. A partir de 16 heures, l’animateur et sa bande enfilent les quarts d’heure gagnants avec 12,3% ; 15,9% ; 10,6% ; 8,2% puis 15,8% et 10,3%. Mais après, c’est le drame...
Marie Drucker et Patrick Cohen déçoivent. C’est le moins qu’on puisse dire ! Les audiences sur cette tranche ne sont pas bonnes du tout comparées à l’année passée. A partir de 18 heures 30, cela donne : -11,5% ; -17,2% ; -19,3% ; -26,3 ; -18% ; -18,1% ; -31,7% (20heures) ; -33,5 ; -4,5% et 9,6% pour finir. Et la rediffusion du Canteloup à 18 heures 26 n’y change rien.
Le football, après 21H30
Autre nouveauté apportée par Alexandre Bompard, le football tous les jours à partir de 20 heures avec Europe 1 Foot puis, à 21 heures 30, le club des sports, deux rendez-vous présentés par Alexandre Delperier. Le résultat est mitigé. Jusqu’à 21 heures, les indicateurs sont à la baisse mais c’est en très forte hausse ensuite jusqu’à minuit avec des progressions sur certains quarts d’heure qui dépassent les 50% sur un an.
Pour conclure, France Inter a réussi le bon coup de cette rentrée sur la tranche matinale en engrangeant, si l’on en croît les analystes du média radio, les déçus de Marc Olivier Fogiel. De même RMC réalise sa meilleure performance sur cette tranche horaire avec 598 000 auditeurs à 8 heures. Quant à Europe 1, la station peut mieux faire et l’a déjà fait entre janvier et mars 2007 avec 3,393 millions d’auditeurs contre 3,377 millions pour septembre-octobre 2008 sur la tranche 7 heures - 11 heures.
