Étude : le marché du livre numérique dans le monde
Une étude commandée par le Ministère de la Culture offre un état des lieux contrasté du marché du livre électronique au Japon et aux Etats-Unis.
Des missions sur le livre ont déjà été distribuées à la pelle ces derniers temps, par le ministère de la Communication et de la Culture. Mais dans la patrie d’Hugo et Molière, mais aussi d’Erik Orsenna et Marc Lévy, on n’est jamais assez prudent lorsqu’il s’agit de préserver le patrimoine. On ne badine pas avec la littérature française... Et en ces temps de probable remaniement, plus il y a de rapports, mieux on se porte. Celui-ci a été réalisé par le cabinet Idate et présenté hier. Il se focalise sur une étude des marchés étrangers de la littérature au temps du savoir dématérialisé.
Japon : un géant s’effondre
Le Japon, pays le plus en avancé sur la numérisation représente aujourd’hui une part conséquente du marché mondial du livre numérique (3%). Alors que le monde de l’édition et le livre papier y subissent un déclin dramatique depuis plusieurs années et malgré un marché du livre numérique qui a explosé, le Japon pourrait aujourd’hui perdre son statut de leader mondial dans le domaine, selon le rapport du cabinet d’études Idate, réalisé d’octobre 2009 à mars 2010.
Le livre numérique au Japon est essentiellement un marché mobile : le manga mobile représente à lui seul 65% des ventes (il s’agit de contenu essentiellement romantique ou X). Le reste, comme les romans, reste très rare. En effet, le contenu disponible a repris les codes du mobile et pas ceux du papier ou du monde de l’édition, d’où une offre peu diversifiée, du fait même des éditeurs. Selon les conclusions de l’étude, les perspectives de croissance apparaissent dorénavant limitées avec un marché mobile très saturé : en effet, plus de 300 acteurs proposent déjà des offres et le nombre de lecteurs payants stagne. L’enjeu pour le marché nippon est ainsi d’aller chercher à la fois de nouveaux utilisateurs payants et de nouveau contenus.
Le marché du PC représente quant à lui un catalogue limité et un lectorat de passionnés –l’iPhone est d’ailleurs considéré comme faisant partie du PC et non du mobile. Chose plus surprenante, contrairement aux Etats-Unis, les eReaders sont en friche : le Sony Reader n’est même plus commercialisé. Le terrain est cependant favorable au développement, au vu du petit succès de la version internationale du Kindle.
USA : un marché prometteur mais sous tension
En 2010 l’eBook incarne le segment le plus dynamique de l’édition américaine et connaît une explosion, tous genres confondus (+200% en 2009). Rappelons que le Kindle s’était notamment lancé, en 2007, grâce à la littérature romantique et rose. Aujourd’hui sur le territoire américain les meilleures ventes papier sont aussi les meilleures ventes numériques.
Le PC, support historique, représente encore 44% du marché, devant le Kindle (36% en janvier 2010) et les smartphones (10%). L’achat à l’acte (un livre à la fois) reste le modèle majoritaire. Coté mobile, peu de chiffres sont pour l’instant disponibles, mais le livre a récemment dépassé le jeu sur ce support.
Les Etats-Unis représentent "un environnement propice au développement", car les contenus sont nombreux et les prix attractifs (pas de prix unique, contrairement au Japon), mais potentiellement plombé par les éditeurs : ceux-ci apparaissent en effet « hantés par la peur de la destruction de valeur. »
L’organisation du marché américain est actuellement en pleine remise en cause, indique le rapport, avec l’arrivée de l’iPad et le modèle d’agence d’Apple, qui prend 30% sur la vente. Si Amazon avait au départ fixé les grandes lignes du marché, Apple et surtout Google avec sa librairie Google Editions devraient changer la donne en juin. Un avantage énorme sur le marché français, qui n’a pour l’instant « pas de contenu »...
Etude présentée jeudi 18 mars à CapDigital.
