Etats généraux de la presse : Sarkozy seul en piste
Après le discours de Nicolas Sarkozy lors du lancement des Etats généraux de la presse, les éditeurs et le syndicat du Livre ont déjà perdu leurs marges de négociations.
Crise du journalisme sûrement. Crise du mensonge que la presse entretient sur elle-même plus sûrement. La cause des déboires des quotidiens nationaux français provient de cette culture de l’opacité savamment entretenue depuis plus de soixante ans. Officiellement, tout va bien, la diffusion ne baisse pas, les recettes publicitaires non plus et les problèmes industriels sont en voie de règlement. La stratégie des petits pas pour ne pas dire l’immobilisme porterait ses fruits. En lançant les Etats Généraux de la Presse le 2 octobre, Nicolas Sarkozy a brisé ce tabou et remporté sur les patrons de presse comme sur les syndicats professionnels une victoire définitive. Il a démontré aux premiers qu’ils avaient manqué de courage et prouvé aux seconds qu’ils n’avaient pas exercé à plein leurs mandats syndicaux. Le Président de la République a exercé de la façon la plus efficace et la plus incontestable sa tutelle sur la presse. "Coûts d’impression et de diffusion élevés, faiblesse du réseau de distribution, manque d’assise financière des entreprises de presse, perte de confiance entre les journalistes et les lecteurs..." Tout y est dans ce constat dont il n’y a qu’une seule chose à regretter : que ce ne soit pas un éditeur qui l’ait dressé.
47 millions d’euros
Dès lors, Nicolas Sarkozy joue sur du velours pour amener progressivement les éditeurs à ses vues. En tenant un discours de vérité, le Président peut même aller plus loin dans les révélations de cette "crise bien française" si les patrons de presse comme les syndicalistes doivent faire preuve de réticences.
Les coûts d’impression français sont deux fois plus chers que ceux de nos concurrents étrangers. Dans l’hypothèse où la presse française éprouverait des réticences à l’admettre publiquement, il suffirait que le gouvernement fasse état de la demande effectuée par le syndicat des quotidiens nationaux auprès de l’Hôtel Matignon visant à faire partir 45% des ouvriers des imprimeries de la presse nationale moyennant un coût total de 47 millions d’euros. Ce qui permettra à un ouvrier du Livre de prendre sa retraite dès l’âge de 50 ans.
Le gouvernement sait également que les éditeurs ont accepté que les syndicalistes récupèrent les plaques d’impression des quotidiens et les revendent au prix du métal. Ce qui leur permet d’encaisser quelques centaines de milliers d’euros par an.
Faut-il s’étonner dès lors si les ouvriers de la distribution considèrent que le plan de licenciement d’un coût total de 62 millions d’euros pour 350 départs à l’âge de 50 ans n’est pas assez avantageux ?
Quand on a pris l’habitude comme à l’Equipe d’accepter que des milliers d’exemplaires soient "récupérés" chaque jour par ses ouvriers, il est plus difficile de leur tenir par la suite la dragée haute.
Alors que l’exploitation de tous les quotidiens nationaux est déficitaire, il ne s’en est pas trouvé un seul qui pointe officiellement les causes de ce déficit. Dès lors, la menace de la révélation de leur compte d’exploitation suffit à les tenir en respect.
Perte d’indépendance
Le silence sur l’état des lieux permet d’éviter de dresser un constat de faillite et donc de la provoquer. Affaiblie, la presse qui a perdu une grande partie de son indépendance faute de rentabilité financière n’a d’autre solution que d’admettre officiellement qu’il n’y a pas d’autre sauveur que Nicolas Sarkozy. C’est d’ailleurs la posture que tous ses dirigeants ont adoptée à l’égard du discours du Président. Seul en piste, Nicolas Sarkozy s’est même permis le luxe de dénoncer "la paupérisation des rédactions quand des plans sociaux assèchent les journaux de leur raison d’être, le journalisme". Qui d’autre a prononcé un tel jugement alors qu’à Libération, au Monde, au Figaro, des centaines de journalistes ont été contraints de partir ces trois dernières années ? L’affaire Siné a pris plus de place sur les sites d’information comme dans les journaux que ce plan sidérurgique appliqué à la presse.
Face à Nicolas Sarkozy, l’opposition de gauche a disparu. Face à lui, les éditeurs comme les journalistes ont abandonné le terrain. Les uns pour préserver leurs positions acquises, les autres par absence de solidarité et de réflexion sur leur propre métier. Marianne reprend l’antienne de la défaillance du journalisme, une tarte à la crème aussi vieille que la disparition du photojournalisme au profit du people. Rue 89 réclame, comme les quotidiens, des aides fiscales destinées aux sites d’information et dénonce le jugement porté par Nicolas Sarkozy sur l’information véhiculée sur le net, mais ce site est resté bien silencieux sur la stratégie de Google qui privilégie l’audience générée par une information sur sa pertinence.
En abandonnant le terrain de la réflexion et de l’initiative au Président de la République, le monde de la presse, dans son ensemble, court le risque de le laisser seul remodeler un système avec lequel il va devoir vivre pendant de longues années.
- Clefs
- google N. Sarkozy nmpp
