Et si la réforme de l’audiovisuel n’était pas un cadeau pour TF1 et M6
La suppression de la publicité sur l’audiovisuel public voulue par le président Nicolas Sarkozy n’a pas bénéficié aux grandes chaînes privées. Les investissements publicitaires sont en baisse sur TF1 comme sur M6 en ce début de semaine.
Difficile d’y croire, mais les deux premières soirées sans publicité sur France Télévisions ne tournent vraiment pas à l’avantage de TF1 et de M6. Alors même que les détracteurs, de gauche comme de droite, de cette réforme en profondeur de l’audiovisuel répétaient qu’il s’agissait surtout de remplir les poches des chaînes privées en vidant les écrans de France Télévisions.
En fait il n’en est rien. C’est tout le contraire. Sur les deux premières soirées télévisées, France Télévisions a fait le plein en terme d’audience, et TF1 et M6 ont encaissé une baisse sévère des budgets publicitaires. Une désaffection du public comme des annonceurs qui ne fait vraiment pas les affaires des chaînes hertziennes privées qui ne s’attendaient pas à une correction aussi brutale. De mauvaises audiences conjuguées à une crise économique de plus en plus rude expliquent en partie ces résultats.
Il n’en fallait pas plus pour que l’UMP se félicite et pointe les bienfaits de la nouvelle donne de l’audiovisuelle. Ainsi pour son porte-parole Frédéric Lefebvre, "affirmer, comme ils l’ont fait, à de seules fins polémiques, que la réforme de l’audiovisuel se faisait au profit de TF1 et des autres chaînes historiques, était une contre-vérité". S’en suit alors une étude précise de la situation actuelle de TF1, qui ne devrait pas manquer de plonger son Pdg, Nonce Paolini, dans un profond trouble. "Le nombre de spots diffusés par TF1 sur ces deux premiers jours sans pub, a baissé de 19% en nombre, comparé au Lundi 7 et Mardi 8 de l’année précédente, et de -27% par rapport à la moyenne des lundis et mardis de Janvier 2008", souligne le parti de la majorité. Pis, "le chiffre d’affaires brut de TF1 sur la même base de comparaison a baissé de plus de 30% (* source Institut Yacast)", ajoute le député des Hauts de Seine, qui n’épargne pas l’opposition au passage évidemment.
Sanctuarisation
Bien sûr, il faudra continuer l’analyse sur le reste de l’année pour comprendre quelles seront les conséquences sur le long terme de la fin de la publicité sur France Télévisions. Notamment en ce qui concerne le financement de la création, et cela malgré les assurances données par l’UMP et son ministre de la Culture et de la Communication. L’affaire n’est pas close, et la "sanctuarisation" des crédits de l’audiovisuel public voulue par Frédéric Lefebvre doit encore être votée par les Sénateurs. Ce que ne se prive pas de rappeler le porte parole en liant dans son exposé les bons résultats d’audience et le financement de la création : "au moment où le Sénat examine le projet de loi sur l’audiovisuel, il était important de démontrer par les faits le bien-fondé de cette réforme qui sera la garante du pluralisme de l’information et de la diversité des programmes du Paysage Audiovisuel Français (PAF)".
A qui va réellement bénéficier cette réforme ? Il n’est pas du tout certains que TF1 ou M6 ne réussissent à redresser la barre, et les autres chaînes de la TNT ne vont certainement pas les aider en pratiquant une concurrence des plus efficace en baissant leurs tarifs pour attirer les budgets. Ce sont donc deux places fortes de la télévision qui sont aujourd’hui dans une position délicate. A tel point que les rumeurs d’une possible cession de TF1 par le groupe Bouygues vont certainement refaire surface.
- Clefs
- F. Lefebvre France Télévisions M6 TF1
