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Eric Walter : "le filtrage d’Internet existe déjà"

Le 29 Septembre 2010 dans Peer2peer par Emmanuel Torregano

Hadopi est en ordre de marche. La semaine prochaine, le site officiel sera enfin en ligne. Et les premiers e-mails d’avertissement sont dans le fût du canon, prêts à être lancés. Mais pour l’internaute, comment être assuré de bien protéger sa connexion ? L’Hadopi est-elle au service des ayant droit ? Eric Walter, le secrétaire général de la haute autorité, répond à toutes ces questions sur EL.

ElectronLibre : Le logiciel de sécurisation Hadopi existe t-il ? - Eric Walter : Il n’y a pas un logiciel à proprement parler. Et il ne peut pas exister, puisque les fonctions qu’il devrait remplir n’ont pas encore été définies et que de toutes façons, il ne sera pas unique. La loi a donné comme mission à la haute autorité de déterminer la liste des fonctions nécessaires ; en toute logique, cette liste doit donc exister un jour. Ça ne veut pas dire pour autant que le collège Hadopi ne puisse pas, à un moment donné, dire qu’il bute sur un obstacle infranchissable. On ne sait jamais avec la technologie et le collège est souverain dans ses décisions.

EL : Quel sera alors le cadre de ce logiciel qui nourrit tous les fantasmes, notamment ceux des anti-Hadopi ? - EW : Il s’agit de logiciels "labellisés", mais nous préférons dire que ce sont des moyens - c’est un périmètre plus large qu’un simple logiciel. Si la liste des spécifications est rendue publique, rien ne dit que des sociétés spécialisées vont s’en servir pour proposer des logiciels de sécurisation. Car il faut rappeler que les moyens de sécuriser son réseau domestique existent déjà. Qui pourrait dire le contraire ? L’usager doit exercer sa responsabilité dans la possession d’un réseau d’accès local. Pour exercer cette responsabilité, il y a mille moyens possibles, et en définitive, qu’Hadopi propose une labellisation, c’est un plus évident, mais pas une nécessité. D’autant qu’aucun moyen ne peut exonérer un internaute qui est cité devant la Commission de protection des droits (CPD). La Commission de protection des droits a clairement dit que si un moyen labellisé était utilisé par l’internaute, ce serait pris en compte. Maintenant, je pense que c’est totalement irresponsable d’attaquer l’idée de sécurisation des réseaux. Ils doivent être sécurisés et pas seulement pour les droits d’auteur. La loi le disait avant Hadopi, qui n’est venu ajouter qu’une couche de sanction pécuniaire. Et au delà de la loi, c’est une nécessité largement reconnue.

EL : Que répondez-vous à ceux qui voient dans Hadopi le premier étage d’une fusée, avant l’installation d’un filtrage généralisé du Net ? - EW : Je ne crois pas du tout à ce scénario, d’autant que le filtrage existe déjà : sur les postes clients, sans parler de la question particulière de la pédophilie. Le pare-feu, le contrôle parental sont des filtres ! Sur les réseaux, on parle d’une toute autre dimension et certains sont d’ores et déjà, et pour différentes raisons, filtrés. Ceci dit, je ne crois pas à l’accélération des technologies de filtrage qui serait dangereuses pour les libertés individuelles. Nous, Hadopi, avons la mission d’évaluer les méthodes de filtrage, et je réfute l’idée selon laquelle les résultats de ces évaluations seraient déjà connus. Nous ne sommes pas en train d’écrire la fin du scénario. Ce serait mentir, ce serait aussi remettre en question la sagesse des membres du collège Hadopi. De plus, nous pratiquons le dialogue et l’ouverture. Ce n’est pas pour nous asseoir sur les arguments avancés dans ce cadre. Donc, ce filtrage généralisé du net tel qu’il est présenté, non ; mais l’analyse sous toutes ses composantes lorsque l’on parle de circulation d’oeuvres, oui. Encore faudra t-il préciser si l’on parle de filtrage protocolaire, de filtrage de contenus, etc. La méthodologie que l’on met en place, c’est le contre-exemple parfait des arguments de nos contradicteurs. Nous allons ouvrir les Labs Hadopi, et on verra alors si nous sommes dans le vrai. Je n’ai pas peur d’évaluer, on ne va pas vers le zéro filtrage, mais il faut se poser les bonnes questions pour parler sérieusement : qu’est ce qu’on filtre, qui filtre, et comment on filtre. Nous verrons qui viendra en parler avec nous. La porte est ouverte.

EL : Certains fournisseurs d’accès auraient répondu à la demande de la CPD en transmettant les coordonnées des internautes par lettre. Est-ce que les relations avec les FAI sont toujours aussi tendues ? - EW : Dans la phase de rodage, toutes les formes de transmission entre les FAI et l’Hadopi ont été expérimentées : interconnexions à 100% ou partielles. Bien sûr, nous sommes favorables à une solution 100% automatique. Et cela devrait être aussi le choix des FAI. Aucun ne s’essaiera à ne pas utiliser un procédé de transmission automatique, car sinon, il fait peser un risque lourd sur la protection des données personnelles des abonnés avec, qui plus est, le risque d’erreur important que cela sous-entend dans le traitement. Et je n’ai pas d’informations comme quoi un FAI serait disposé à faire autrement. Ils sont tout aussi vigilants que nous sur ces sujets.

EL : Où en sont les discussions entre les FAI et le ministère de la Culture et de la Communication concernant le prix à payer pour cette transmission ? - EW : Aux derniers échos, elles se passent plutôt bien. On peut espérer un accord, et une clarification rapide sur ce sujet. Il y a de la bonne volonté de part et d’autre.

EL : Le premier mail d’avertissement serait "imminent", et vous publiez maintenant son contenu, pour quelle raison ? - EW : Le point le plus important de ce message est : ne jamais répondre - nous évitons ainsi de rentrer dans le jeu des spammeurs. Si vous recevez un e-mail d’Hadopi, ne jamais cliquer sur répondre ! La bonne réaction est d’appeler le centre d’appel ou d’aller sur le site Hadopi, qui sera en ligne à partir de cette semaine - on termine les derniers calages techniques. Il faut qu’il soit apte à supporter une forte charge de visites dès son lancement, sans parler des attaques. Donc nous vérifions, re-vérifions ... Mais on n’est jamais à l’abri. Concernant le contenu du e-mail, nous nous conformons strictement à la loi. C’est une obligation légale. (art l331-25, ndlr).

EL : Avez-vous déjà une idée du nombre d’emails qui va être envoyé ? - EW : La CPD ne communique pas sur les volumes, elle agit avec une extrême prudence, elle fait un nombre important de vérifications.

EL : La rue de Valois avait parlé de plusieurs milliers... - EW : A cette époque, il y avait une logique, mais aujourd’hui on est dans la réalité. Or, en la matière, l’avenir n’est pas écrit. La CPD est consciente des inquiétudes de certaines personnes, et elle avance à son rythme. La machine se met en marche, et chaque étape est le socle de l’étape suivante.

EL : Que répondez-vous aux ayants droit qui estiment que l’Hadopi est en quelque sorte l’un de leurs bras armés dans la lutte contre le piratage ? - EW : On est le bras armé de la diffusion des œuvres et de la protection des droits sur internet. Ça concerne les ayant droit, mais aussi les usagers, les opérateurs de télécommunications, le gouvernement... Nous sommes le bras armé d’une mission confiée par le législateur. Hadopi ne va pas répondre aux "demandes" des ayants droit. Nous allons entendre leurs demandes, et un certain nombre d’autres choses. C’est ainsi que la présidente d’Hadopi, Marie-Françoise Marais, a conçu ce projet, et c’est comme ça également que le conçoivent le collège et nos interlocuteurs. Que des catégories socio-culturelles pensent que nous sommes là pour les défendre, c’est classique, mais ça ne se traduit pas pour autant par un manque d’indépendance. On n’oublie trop souvent que ce dont on parle appartient, qu’on soit d’accord ou non, collectivement aux ayants droit. C’est donc naturel qu’ils soient dans l’attente. Comme c’est avec conviction que l’on dialogue avec des gens qui ne partagent pas forcément nos idées.

EL : Sur quels critères peut-on juger l’action à venir d’Hadopi ? - EW : Il sera intéressant d’évaluer et de comparer la masse des effets positifs et négatifs, car il va y avoir les deux. Et alors, le législateur, les ayants droit, le public, pourront dire si c’était utile ou non. Mais mon credo, notre grande force, le grand mérite de Nicolas Sarkozy puis du législateur, c’est d’avoir pour la première fois, dans ce paysage conflictuel, tendu, décidé de créer une institution dotée de moyens et exclusivement dédiée à cette question. Et cela, on ne peut pas dire que ce n’est pas une bonne idée.

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9 Commentaires

  1. furax le 29 septembre 2010

    bla bla bla bla, novlangue de bois,

    le pire :

    "Et alors le législateur, les ayants droit, le public, pourront dire si c’était utile ou non"

    ne venez pas nous parler de l’avis du public, cette loi à été fabriquée de toute pièce par les legislateurs (principalement l’UMP en bon toutous dociles) pour les ayants droits (ou plutot les grosses majors) contre les citoyens (vu s’avez ceux qui votent non au référedum mais que le gouvernement ignore avec le mépris qu’on lui connait).

    quand a vous monsieur walter vous aller, vous et votre équipe de bras cassés, coutez un bras aux contribuables : entre vos salaires princiers et la gestion de cette usine à gaz, cet epouvantail à moineau antirépublicain hors de prix que l’on nous impose en guise de politique de relance

    n’en doutons pas que les citoyens francais apprecieront autant de dépenses accordées à une industrie privée qui se porte finalement mieux que d’autres avec les caisses de l’etat, caisses que l’on nous dit vide.

    il semble cher monsieur que l’interet de certaines sociétés privées est plus d’importance que celui de scitoyens francais pour ce gouvernement de pacotille.

    bien a vous monsieur le bourreau



  2. Nicolas Boileau le 29 septembre 2010

    "Ça ne veut pas dire pour autant que le collège Hadopi ne puisse pas dire qu’il bute sur un obstacle infranchissable."

    Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement...



  3. Antoine le 29 septembre 2010

    Faut qu’Eric Walter arrête de se brosser et de raconter n’importe quoi. C’est certainement pas la sagesse qui anime les "sages" (sic) d’HADOPI mais la servilité, la docilité et le lucre.

    Installer un logiciel qui filtre les fichiers watermakés ne concerne pas la sécurisation au sens informatique du terme, mais seulement la sécurisation des actifs immatériels des majors (en haut, dans la colonne de gauche du bilan).

    L’escroquerie intellectuelle majeure réside dans cette confusion permanente entre "sécurisation" au sens informatique du terme et la "sécurisation" au sens novlangue HADOPI.

    Cette confusion est délibéremment entretenue par la HADOPI qui avait affirmé par l’intermédiaire d’un de ses représentants que l’HADOPI ne s’occupait pas du droit d’auteur mais de sécurisation informatique.

    Or la contravention de non-sécurisation - qu’aucun juriste n’est pas capable de définir - n’est rien d’autre qu’une façon détournée de sanctionner autrement des faits qui sont déjà sanctionnés au titre de la contrefaçon. Le but est de rendre la repression industrielle en écartant l’application d’une procédure pénale qui serait trop couteuse.

    Il y a ici une atteinte au principe "non bis in idem" (et le Conseil constitutionnel n’y a vu que du feu) dans la mesure où le fait générateur de responsabilité pénale est dans les deux cas un acte de contrefaçon. Mais pour faciliter la répression, le législateur, agissant ès larbin des majors, a créer une nouvelle infraction et a tenté d’occulter le fait qu’il s’agissait de sanctionner la contrefaçon en prenant comme élément matériel constitutif de l’infraction un fait qui pourrait être théoriquement chronologiquement antérieur à la mise à disposition.

    En vérité, le vice rédhibitoire de la contravention de "négligence caractérisée" réside dans le fait que la dénomination de cette infraction n’a aucun rapport avec son élément matériel.

    Si un utilisateur télécharge ou partage ses fichiers, ces faits n’impliquent à aucun moment la "sécurisation" au sens informatique. Il n’y a donc pas absence de sécurisation au sens informatique - et donc objectivement - pas de défaut de sécurisation, quoiqu’en pense la HADOPI.

    Ce n’est pas parce que le législateur va définir un cube comme étant une surface dont les points sont situés à égal distance du centre que l’on devrait appeler une sphère un cube.

    Parce que c’est exactement ce qui se passe avec cette infraction (de droit pénal privatisé), on nous présente une sphère et on tente de nous faire croire qu’il s’agit d’un cube parce que la loi l’a dit.



  4.  le 29 septembre 2010

    Il y a qd même une sacrée différence entre le filtrage choisi par l’utilisateur final et un filtrage en amont... Et justifier les futures dérives en disant "mais ça existe déjà" est juste navrant. Ce n’est peut-être pas normal que ça existe déjà, justement. Et parler de l’avis du public alors que cette loi a été faite en le méprisant de façon ouverte... Défendre les ayants droits est normal (encore qu’il vaudrait mieux les encourager à évoluer, défendre davantage les artistes et surtout leur dire d’arrêter de crier au loup tant ils sont loin d’être en crise...) mais le faire en bafouant les droits des citoyens est honteux.Que de langue de bois dans les propos de M. Walter...



  5. Gilles Misrahi le 29 septembre 2010

    "Créer une institution" : Le parangon, l’aboutissement, le nirvana.

    Là-dessus, Monsieur le secrétaire général, vous aurez mis tout le monde d’accord. Détection d’une inconnue = création d’une institution ! Toute une approche.

    Mais de quel droit, on ne pourrait pas dire que ce n’est pas une bonne idée ?

    Consacrer tant d’argent et d’énergie au seul bénéfice des majors et investir la technologie par le petit bout de la lorgnette : "une bonne idée" ?

    Hadopi est un vague concept sécuritaire dans lequel notre génie national se perd.

    Un gouvernement démocratique moderne attaché aux valeurs de la création dans l’économie numérique aurait fait mieux s’il pensait réellement aux artistes mais là c’est moi qui me perd.

    Un ami agriculteur a comparé devant moi Hadopi à la PAC du CD en appuyant sur le fait que les artistes, eux, n’obtiendront aucun bénéfice de cet arbitrage là. Mettre la musique en jachère... Ca m’a fait beaucoup rire.



  6.  le 29 septembre 2010

    "le filtrage d’Internet existe déjà"

    Et ça n’en justifie pas plus la mise en place. Filtrer (même pour soit disant les meilleures raisons) == censure. Quel que soit le mécanisme d’audit et de contrôle ça reste une liste noire étatique de méchants pas gentils qui n’ont pas le droit de s’exprimer.

    Et ça, ça n’est pas tolérable, point.

    Si des sites (pédophiles, terroristes, nazis) posent problème, je préconise la cure allemande : notification de suppression à l’hébergeur, 99% des sites ainsi visés ferment en moins de 48h, le 1% restant est expédié en maximum une semaine. Et en plus si on se coordonne avec la police locale, on chope les salopards, ils sont jugés, on identifie les victimes, on leur porte assistance et en bonus on a même les clients. Voila ce qu’on peut appeler une lutte efficace contre la pédophilie, le coup du voile pudique (aussi appelé filtrage) c’est quand même un peu plus "mangeur de yoghourt" que "protéger et servir"...

    Et je ne parle même pas des risques de dérives : on commence par les pédophiles, on continue par les terroristes, on fait un détour par les sites de jeux d’argent qui ne paient pas l’impôt, on étends aux vilains pirates du p2p, on continue par les sites de diffamation (médiapart coucou) les sites injurieux (bakchich coucou) les méchants blogueurs anonymes qui disent que des mensonges et qui pillent la presse papier respectable (éolas coucou). Et puis pour finir on ajoute les groupuscules politiques haineux (les gauchistes coucou) les fonctionnaires qui ne respectent pas le devoir de réserve (Philippe Bilger coucou) puis les blogs de militants se retrouve filtrés par erreur (zut alors) et puis les concurrents des amis (free, fdn...) commencent à avoir des problèmes techniques très particuliers...

    En France on filtre sans aucun contrôle. C’est super...

    hop : pour un argumentaire plus "punchy" : http://www.youtube.com/watch?v=Rkmc...



  7. Mougeotte le 29 septembre 2010

    amusant ce site fondé par un ex du figaro et dont la mligne éditoriale est parfaitement claire et univoque et qui s’appelle "electron libre"...



  8. coupeur de tete le 29 septembre 2010

    je ne vous souhaite qu’une chose monsieur que le poste de nanti inutile et grassement payé que l’on vous a offert si gracieusement soit désintégré a la mi 2012,

    vous etes effectivement un bourreau en chef, le symbole du sarkozysme nauséabon qui tente de nous faire croire que filter et censurer la liberté d’expression est une methode pour proteger les libertés individuelles, mm berlusconi n’a pas réussi ce tour d eforce bravo

    eric walter un autre sociopathe démago comme l’ump les affectionne tant



  9. SGSASU le 30 septembre 2010

    Dommage que le filtrage ne soit applicable qu’à Internet de très nombreux hommes (politiques, des médias, des amis du pouvoirs) mériteraient eux aussi d’être filtré. Quelle paix on aurait si on pouvait desUMPisés ce pays...



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