Départ d’Axel Duroux, Nonce Paolini veut être l’homme de la situation
Axel Duroux, le numéro un bis, n’aura pas fait long feu au sein de TF1. Vendredi dernier, il quittait la Une, faute d’avoir trouvé sa place face à Nonce Paolini, mais aussi par manque de légitimité à remplir sa mission initiale : sauver TF1 ! Le PDG de la Une retrouve les pleins pouvoirs mais aussi le management solitaire dans lequel il s’était enfermé au sein de la filiale de Bouygues il y a quatre mois.
Aussitôt appelé, aussi vite remercié. Ancien président du directoire d’RTL, Axel Duroux n’aura siégé qu’un mois et demi aux côtés de Nonce Paolini, le PDG de TF1. Une sortie annoncée vendredi par la filiale de Bouygues " d’un commun accord pour divergences de vues stratégiques sur la conduite de l’entreprise" qui polisse élégamment les tensions liées à la répartition des postes des deux dirigeants : Nonce Paolini au management, Axel Duroux à la programmation de la chaîne amirale. Axel Duroux , un brin trop « qualifié » pour perturber l’ordre établi à la présidence de TF1 ? Connu comme le loup blanc pour avoir redresser son ancien groupe RTL au rang de première radio de France, ancien journaliste, ex-n° 2 d’Endemol, il maîtrisait les cœurs de métier de TF1 : l’information et le divertissement. Cerise sur le gâteau, l’homme était membre du conseil de surveillance de M6 et connaissait bien les secrets de la concurrence... Mais ce solide curriculum vitae n’aura pas fait le poids face à un Nonce Paolini, ancien DRH de TF1 bien ancré dans le groupe Bouygues, intime de la famille qui bénéficie de toute la confiance de Martin Bouygues pour rester à la tête de la chaine. Plus profondément, les deux dirigeants n’ont jamais trouvé leurs marques dans cette cohabitation. Le PDG de la Une acceptait difficilement la présence d’un directeur général qui s’impliquait dans tous les dossiers. Et vice versa, Axel Duroux voulait avoir autorité sur tous les sujets, notamment l’information : sujet clé non moins sensible chez TF1.
Car si le partage des tâches fonctionnait bien entre le tandem Etienne Mougeotte et Patrick Le Lay dès la privatisation de TF1, selon Philippe Bailly, directeur de NPA Conseil, agence spécialisée dans les médias, "Nonce Paolini et Axel Duroux avaient le même profil de manager et de gestionnaire, ce qui fait qu’on ne voyait pas clairement qui était l’homme des programmes et qui était celui du management".
Carences
De plus, au premier semestre 2009, les recettes publicitaires de la filiale de Bouygues s’étaient effondrées avec un recul de 23% de TF1, à 686,5 millions d’euros, et 21,8% pour le groupe à 767,5 millions d’euros. Associées à la chute des parts d’audience du groupe de 40 à 25%, Nonce Paolini s’était résigné à admettre ses carences en matières de gestion de la chaine amirale et à faire appel à Axel Duroux pour doper les audiences. A croire que les papiers allégoriques et le tapage médiatique au sujet du « sauveur de TF1 » durant les trois mois précédant la prise de poste d’Axel Duroux en tant que "numéro bis", auront autant agacé le PDG de TF1…que réveillé ! Par un heureux concours de conjoncture de la mi-septembre, date de l’arrivée de son adjoint, Nonce Paolini affirmait alors que son groupe était "à la relance dans tous les domaines", que les audiences tenaient "remarquablement", que la baisse des rentrées publicitaires était "endiguée". "La grille de rentrée a été bien accueillie, des annonces ont été faites comme la reprise de TMC et NT1 pour consolider TF1 dans son métier de télévision, comme le nouveau site internet et ses très forts scores d’audience, et les accords avec UGC dans le cinéma", renchérit Philippe Bailly. Et d’ajouter qu’à l’arrivée d’Axel Duroux, "la structure semblait remise sur ses rails, allait de l’avant et avait un projet. On voyait un peu moins la place qu’Axel Duroux pouvait avoir dans le dispositif TF1".
En réalité, quand Axel Duroux a pris ses fonctions trois mois trop tard, les vents avaient déjà tourné en sa défaveur. « Quand on vous fait un profil de sauveur et que la belle est déjà sauvée, les issues pour s’imposer dans ce contexte sont minces », commente Philippe Bailly. Sur la voie de la guérison, la "belle chaîne privée" se sera donc remise aux mains de son actuel PDG, faute d’avoir trouvé une utilité à son cogérant. Axel Duroux parti, sans directeur général et une direction démembrée, la question de l’organisation du groupe TF1 se pose de nouveau. « Le management de Bouygues, c’est la délégation de pouvoir au PDG de la filiale », indiquait vendredi l’entreprise de BTP. « C’est à Nonce Paolini de trouver maintenant ses solutions. »
Axel Duroux a peut-être perdu cette bataille avortée à la tête de la direction de TF1, mais Nonce Paolini reste affaibli par cet épisode qui le ramène à la case départ. Le PDG de la chaine amirale, fort des signaux positifs récemment enregistrés par le groupe (une stabilisation à 26% des audiences), doit convaincre Martin Bouygues que le laisser en place, seul, était le bon choix.
