Deezer, les actionnaires prêts à jeter l’éponge
Les actionnaires de Deezer cherchent à vendre le site, ou au mieux à le recapitaliser une dernière fois. L’offre premium n’a pas donné les résultats escomptés. Le successeur de Jonathan Benassaya a déjà été identifié.
Hier, nous annoncions le départ de Johnatan Benassaya de Deezer. La décision de son remplacement est actée par les actionnaires (CIC, AGF, et les historiques, Xavier Niel patron de Free, et les fondateurs de Pixmania) – Daniel Marhely, l’autre fondateur devrait rester. Il s’agit maintenant d’y mettre les formes. Le remplaçant aussi est en approche. Sans aucune attache avec le monde des médias, de la musique ou de l’internet, son profil de manager devrait faire merveille pour mettre Deezer en configuration de vente.
Car il s’agit bien d’une issue à haut risque qui attend le site de diffusion de musique : une recapitalisation ou bien une vente pure et simple. Déçus par les mauvais résultats des offres "premium" et les faibles perspectives publicitaires, les actionnaires n’ont pas souhaité prolonger l’aventure avec ce management.
Plusieurs grands groupes de médias, dont Lagardère et d’autres ont été approchés par les actionnaires dans la perspective d’une cession totale ou partielle. Un prix de 80 millions d’euros avait été alors évoqué, sans succès. Tous ont refusé. Depuis, les vendeurs ont revu largement à la baisse leurs prétentions. D’ailleurs, une banque d’affaires devrait être mandatée prochainement. Plusieurs banques de la place de Paris on été contactée à cet effet, mais le choix définitif reste encore en suspens.
700 000 euros de recettes
Venons-en aux chiffres. Deezer a récemment lancé une offre d’abonnement à ses services, dite premium sur le modèle Spotify. Si en novembre celle-ci engrangeait près de 400 clients par jour, depuis les chiffres sont bien plus faibles. En tout et pour tout, l’offre premium compte aujourd’hui 10 000 inscrits, et il faut ajouter 4000 abonnés au streaming haute qualité. Des chiffres très insuffisants pour les actionnaires, qui en espéraient dix fois plus.
En revanche, sur le marché de la publicité Deezer se défend plutôt bien, en engrangeant près de 700 000 euros par mois de recettes pour une audience de plus de 6 millions de visiteurs uniques. Cependant, les perspectives ne sont pas au beau fixe, et le modèle économique du site ne peut se passer d’une offre premium performante. Les maisons de disques et les ayants droit font pression pour remonter sans cesse les rémunérations, ce qui entrave la bonne marche économique du site.
Le départ du fondateur n’est pas une bonne nouvelle, loin s’en faut. Car Deezer est aujourd’hui en grand danger, à moins qu’un des actionnaires, comme Xavier Niel, le tout puissant patron de Free, grand ami de Vincent Bolloré, ne décide de le sauver. Dans le cas contraire, on pourrait très bien assister à la fin d’un des leaders de l’internet, fleuron français du Web 2.0, laissant seul sur ce créneau DailyMotion, face à l’armada internationale. Le danger est grand, lorsque l’on sait que Spotify est en passe de réussir une levée de fonds de 100 millions d’euros auprès de fonds asiatiques, ou que YouTube a toute latitude maintenant pour faire une razzia sur le marché des droits.
