Deezer et Universal music : Clash sur menace de retrait
Deezer et la filière vont au clash. Universal Music a informé ses pairs que son catalogue serait bientôt retiré du service Deezer.
C’est la crise des missiles dans le monde de la musique. Universal Music menace de retirer dans les prochains jours son catalogue du service de streaming Deezer, si celui-ci n’obtempère pas ! Pascal Nègre, président d’Universal Music France, en a informé les autres membres du SNEP (Syndicat national de l’édition phonographique), il y a un peu plus de 15 jours. En face, Deezer et son actionnaire Orange ont adopté une stratégie de la "victimisation", qui rend les discussions très délicates à mener. La situation est explosive !
Hier matin dans Libération, Axel Dauchez a joué une de ses dernières cartes. Dans un entretien accordé au quotidien, le directeur général de Deezer a tenté le tout pour le tout en expliquant que son service était capable de compenser la baisse drastique du marché du disque. Il a accompagné cette forfanterie d’une annonce destinée aux éditeurs : la "dégradation" du service gratuit, qui ne donne plus droit qu’à 5 heures d’écoute par mois ; au-delà, il faut un compte payant. Ce qui pourrait être interprété comme un geste de réconciliation destiné aux majors n’est en fait qu’un énième pied de nez de la part du site détenu par Orange à 11%. Deezer avait prévu de le faire depuis bien longtemps, et de l’autre côté, les internautes ont mal reçu l’annonce également.
0,0012 par stream
Et il a été bien reçu comme tel par les éditeurs, qui ne décolèrent pas. Selon eux, la norme, c’est Spotify. L’exemple à suivre, c’est la limitation à cinq écoutes - pas cinq heures - d’un même titre avec la possibilité d’écouter autant que l’on veut le reste du catalogue, bien évidemment. Les éditeurs montent au front, chiffres à l’appui, Spotify aurait en effet pratiquement doublé le nombre d’abonnements premium en Angleterre en restreignant l’usage du flux gratuit. En fait, après vérification, Spotify, qui bénéficie d’un accord avec le fabricant de mobile HTC et l’opérateur 3, a fait un bond de 160 000 à 227 000 abonnés au Royaume-Uni en à peine 2 semaines ! Les chiffres sont aussi impressionnants en Suède, avec 700 000 abonnés... Mais ils sont encore bien faibles en France, avec un chiffre qui varie selon les sources entre 17 000 et 25 000 abonnés.
Côté Deezer, il est peu de dire que le tableau idyllique dépeint par Axel Dauchez dans Libération est loin d’être fidèle à la réalité. Le directeur général estime ainsi être capable de compenser la chute du "physique". Mais comment cela serait-il envisageable, sans une dose extravagante d’optimisme ? Deezer reverse 0,0012 euros par stream. Il a permis à l’industrie d’engranger 9 millions d’euros l’année dernière, en tournant à bloc avec une audience de plus de 7 millions d’internautes ! Le taux de conversion d’un internaute, hors l’accord passé avec Orange, qui n’est ni plus ni moins qu’une aide indirecte de l’opérateur à la filière, est de 1,2% ! On est très loin d’un champion toutes catégories. Alors oui, il y a bien 1,2 million de personnes qui ont reçu en cadeau avec leur forfait Orange un accès à Deezer premium, mais il s’agit de ne pas se méprendre : de source interne, seulement 1/3 des bénéficiaires de ce "bundle" utiliserait ou aurait utilisé le service. Et on manque encore considérablement de données concernant les taux de réabonnement, mais il y a peu de chance qu’il soit beaucoup plus élevé.
Charte Hoog
Les majors savent bien tout cela, et elle craignent que la consommation gratuite ne vienne phagocyter le payant, réduisant plus encore leurs revenus. La partie est d’ailleurs serrée, et tous les coups ne se font pas en pleine lumière. Ainsi, Universal Music aurait demandé à Deezer une garantie sur ses parts de marché sur le premium, ce qui serait contraire à la charte Hoog signée par la maison de disques en début d’année. Un morceau de papier pour les uns, certes, mais aussi un jalon important posé par les pouvoirs publics. Et l’intransigeance des majors, qui poursuivent un but unique : forcer Deezer à clairement distinguer le gratuit du payant, mais en appuyant lourdement vers ce dernier, commence à irriter en haut lieu. Le gouvernement estime qu’il a joué son rôle avec la mise en place du dispositif Hadopi, doté d’un budget de fonctionnement de 12 millions d’euros, et accompagné de campagnes de sensibilisation et de promotion pour l’offre légale. Il serait vu d’un bon oeil que désormais, les éditeurs relâchent un peu la bride.
Ce n’est pourtant pas du tout le sentiment de ces derniers, pour lesquels les gesticulations médiatiques de Deezer sont aujourd’hui un affront à leur métier de producteurs. Cerise sur le gâteau, l’accord entre Deezer et Orange pourrait être remis en cause si Universal quitte définitivement le navire, en retirant son catalogue. Certaines clauses entre l’opérateur et le service de streaming le permettent.
