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David Guetta, Charlotte Gainsbourg, Phoenix, autant d’épines dans les quotas radiophoniques francophones

Le 09 Mai 2011 dans Old fashion media par Philippe Bailly

Le CSA s’attaque au délicat dossier des quotas francophones sur les ondes des radios. Une table ronde a été organisée la semaine dernière.

Ce mercredi 4 mai, le Conseil supérieur de l’audiovisuel annonçait avoir organisé « une table ronde sur la place de la chanson d’expression française à la radio », destinée à étudier avec les professionnels, producteurs discographiques et patrons de radios, « des mesures permettant de faciliter et garantir la diffusion de la chanson d’expression française dans toute sa diversité sur les antennes des radios, particulièrement des radios musicales ».
Formulé en termes plus crus, le Communiqué revenait à exprimer que le CSA avait entrepris de s’attaquer à nouveau au casse-tête des quotas de chansons francophones, autrement dit aux obligations de programmation qui pèsent sur les radios musicales.
Ces dernières fêteront en 1994 leur vingtième anniversaire, et autant d’années de conflits entre radios, professionnels de la musique et régulateur. Par un amendement de feu le sénateur Pelchat, la loi sur la communication édicte alors que les premières doivent dorénavant diffuser « un minimum de 40 % de chansons d’expression française, dont la moitié au moins provenant de nouveaux talents ou de nouvelles productions, diffusées aux heures d’écoute significatives par chacun des services de radiodiffusion sonore autorisés par le Conseil supérieur de l’audiovisuel, pour la part de ses programmes composée de musique de variété ».
Face aux plaintes des responsables des stations musicales qui s’insurgent contre le caractère tout à la fois paradoxal – comment rechercher une diversité des formats disponibles en FM et faire passer l’ensemble des stations sous une même toise ? – et irréaliste – comment satisfaire aux exigences de la loi quand certains répertoires, le jazz ou la musique électro par exemple, ne comptent pas ou très peu de productions francophones ? – de la mesure, la loi est aménagée après une première médiation du CSA : elle offre depuis le 1er août 2000 une double alternative au régime de référence. Les radios peuvent désormais choisir de programmer « 35 % de titres francophones, dont 25 % au moins du total provenant de nouveaux talents » ou « 60 % de titres francophones, dont un pourcentage de nouvelles productions pouvant aller jusqu’à 10 % du total, avec au minimum un titre par heure en moyenne ».
Si le climat s’en trouve temporairement apaisé, le pragmatisme dont la loi entend faire preuve a du mal à résister au-delà de quelques années à l’épreuve des faits :

- La concurrence des services musicaux qui se sont multipliés sur Internet, d’abord : qu’il s’agisse des Webradios amateurs, des services thématiques musicaux lancés sur Internet par les grands réseaux FM ou des stars du streaming comme Deezer ou Spotify, l’univers des réseaux numériques échappe au régime des quotas. De ce fait, les stations FM vivent déjà au quotidien la concurrence des services dérégulés à laquelle les chaînes de télévision redoutent d’être demain confrontées via les téléviseurs connectés.

- L’évolution de la production nationale, surtout : « L’année 2010 a, une nouvelle fois, été riche en succès internationaux pour nos artistes made in France !, s’enthousiasmait à l’occasion du MIDEM 2011 le Bureau Export chargé de soutenir l’exportation des artistes français. Leur remarquable énergie, ainsi que celle déployée par les professionnels les accompagnant au quotidien dans leur développement international, continue bel et bien à contredire la morosité du marché actuel ». Et le Bureau Export de souligner les performances de David Guetta, Phoenix, Charlotte Gainsbourg (pour son album enregistré avec Beck), Gotan Project et Zaz. Mais ces stars de l’export et avec eux une grande partie de la jeune création musicale (Yael Naim, The Do’s, Pony Pony Run Run....) prennent des allures de casse-tête pour les programmateurs des NRJ, Fun, Virgin Radio, Skyrock et autres Mouv : parce qu’ils ne chantent pas en français à l’exception de Zaz, ils ne « rentrent » pas dans les quotas de diffusion francophone et subissent au final une sorte de double peine : pas de soutien de leur pays d’origine qui pourrait contribuer à les renforcer pour aller conquérir gloire et succès sur les marchés internationaux, mais aussi une forme d’ostracisme puisqu’ils sont même en concurrence avec l’ensemble de la production mondiale, sur leur sol national, pour l’entrée dans les play-lists des réseaux FM. Fait significatif, on ne les retrouve d’ailleurs pas, ou très peu, dans le classement des titres les plus écoutés sur les stations de radios françaises, tel qu’établi pour l’année 2010 par la société Yacast : Phoenix, Charlotte Gainsbourg et Gotan Project en sont carrément absents, David Guetta y place deux titres (10e avec Mémories et 59e avec Gettin’ over you) et Zaz un (15e avec Je veux)…
Des mécanismes ont pourtant été proposés pour faire évoluer le dispositif. Mi-mars, le Syndicat des Réseaux Radiophoniques Nationaux (SRN) proposait un ensemble de mesures, alliant prise en compte des artistes français ne chantant pas en français, calcul des obligations par groupe radiophonique (dont une globalisation des quotas d’Europe 1, RFM et de Virgin 17, de RTL, Fun et de RTL2, ou encore de NRJ, Nostalgie, Rire & Chansons et Chérie) et modification de la définition des « nouvelles productions francophones ».
Le CNC a su trouver de telles souplesses avec son barème multi-critères de qualification des productions françaises qui avait par exemple permis de retenir en son temps l’Alexandre d’Oliver Stone (tourné en anglais au Maroc, en Grande Bretagne et en Thaïlande, avec Colin Farrell, Angelina Jolie, et Val Kilmer) …

Des solutions existent donc

Mais au final, et comme souvent dans la construction législative française, la loi de 1986 souffre surtout aujourd’hui de ne pas s’être mise au clair avec ses objectifs : cherche-t-elle en priorité à défendre l’usage de la langue française ? A promouvoir la culture hexagonale, que celle-ci soit portée en français ou dans les langues parlées hors des frontières ? Ou bien encore à défendre les industries culturelles nationales, et leur contribution à l’économie ?
A défaut de voir la clarification enfin effectuée, les mesures qui seront retenues risquent de ne pas trouver leur pleine cohérence, et elles ne pourront – au mieux – que contribuer de façon provisoire à atténuer la tension ambiante.
En même temps qu’il indiquait qu’il ferait connaître ses propositions au mois de juin, le CSA faisait savoir qu’une modification éventuelle du régime des quotas francophones relevait de la loi. Nous verrons bientôt si gouvernement et législateur sont prêts à cet aggiornamento.



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1 Commentaire

  1. keller jules le 18 mai 2011

    trés bonne intention mais reste encore pas mal de probleme a régler^^



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