Claude Guéant, le communicant flingeur
Jean-Luc Hees devrait être intronisé candidat de l’Elysée pour la présidence de Radio France aujourd’hui. Voici le récit d’une basse manoeuvre visant à écarter l’actuel patron de la maison ronde, Jean-Paul Cluzel.
Il flotte un parfum de règlement de comptes dans les couloirs de l’Elysée. Quelques intrigues de communicant et Claude Guéant n’est plus très loin d’avoir la peau de l’actuel président de Radio France, Jean-Paul Cluzel. La recette à l’arsenic utilisée est imparable. Et il faudrait aujourd’hui un revirement brutal et inattendu du président Nicolas Sarkozy pour priver le conseiller spécial de sa vengeance.
L’entreprise de déstabilisation commence lorsque Le Canard Enchaîné publie des propos, attribués au chef de l’Etat, furieux de la manière dont Jean-Paul Cluzel s’est affiché dans un calendrier, exhibant ses tatouages et ses muscles avec son compagnon à ses côtés. Dans le même article, l’hebdomadaire satirique raconte aussi comment une chronique de l’humoriste Stéphane Guillon a irrité le premier des français. Le message est clair, Jean-Paul Cluzel est un pervers doublé d’un laxiste incapable de tenir sa rédaction. La sentence devrait être inéluctable, et c’est d’ailleurs ainsi que le comprend le président de Radio France, qui réagit aussitôt par un communiqué dans lequel il dit ne pouvoir "apporter aucun crédit" à de pareilles allégations.
L’entretien avec le Président
Quelques jours plus tard, les médias s’en donnent à coeur joie en publiant la liste impressionnante des candidats probables à sa succession. Dans le désordre, sont cités Laurent Joffrin, Denis Jeambar, Jean-Marie Colombani, Emmanuel Hoog, David Kessler, Bruno Patino et enfin Christophe Barbier. Chacun des prétendants peut se prévaloir de qualités et de relations pour l’emporter. Seulement voilà, aucun n’a l’assentiment de Claude Guéant. Ce dernier a son idée. Sort alors, sur Lepoint.fr l’information qui va tout faire basculer. Le candidat de l’Elysée est Jean-Luc Hees. Cet ancien directeur de France Inter se voit même adoubé dans un article suivant dans Le Monde, qui ne laisse guère d’illusion à Jean-Paul Cluzel. Pourtant, la veille, Nicolas Sarkozy avait reçu le président de la radio publique lors d’un entretien de près d’une heure. Pendant lequel, comme le rapporte Le Monde, la discussion fut amicale, et sincère. Mais ce que ne raconte pas le quotidien de la mi-journée, c’est la teneur de cet entretien. Or, la vérité sur cette affaire réside dans quelques phrases. Car le Président de la République, fidèle à lui-même, a pris soin d’expliquer à son interlocuteur que ses frasques sexuelles ou calendaires, ne l’intéressaient guère. Mieux, qu’il avait en préparation des textes importants pour faire avancer les droits des homosexuels ! Claude Guéant assistait à l’entretien. A la lumière de cet échange entre Nicolas Sarkozy et Jean-Paul Cluzel, le doute est aujourd’hui permis concernant la véritable identité de celui qui aurait prononcé les paroles rapportées par le Canard Enchainé. Celles qui ont abattu le président de Radio France, alors qu’il comptait sur le renouvellement de son mandat, fort d’un bilan irréprochable : Radio France, sous sa présidence, est devenu le premier groupe radiophonique du pays, gestion rigoureuse, nombre de journées perdues pour fait de grève tombé de 4500 en 2004 à 150 en 2008... Ce qui est loin d’être le cas de Jean-Luc Hees. Sans présager de son action future, il faut bien dire que le choix de Claude Guéant prête à bien des interrogations. Ainsi, Jean-Luc Hees est celui qui a fait venir à Radio France les animateurs les plus mordants de la chaîne : Pascale Clark, Stéphane Guillon, Didier Porte. Il avait aussi choisi Frédéric Bonnot, depuis parti chez Europe 1, et qui serait à nouveau sur le départ.
Aucune trace de la mise à pieds
Voilà qui ne penche guère en faveur de la nomination de Hees. Oui mais, précise le site du Point, Jean-Luc Hees a de la poigne, il a d’ailleurs mis à pieds Didier Porte. Sauf qu’après vérification, il n’y a aucune trace de cette sanction, comme nous l’a confirmé un haut responsable de la station. Pis, alors que le prochain président de la maison ronde aura comme mission principale de réussir le passage de la radio publique sur Internet, Jean-Luc Hees avait déclaré lors d’un comité de direction, alors qu’il était directeur de France Inter : "l’internet est une bêtise et c’est la mort de la radio". On a fait mieux comme profession de foi dans l’avenir numérique pour un média. Le choix de Jean-Luc Hees ne ressemble guère à une sélection par critère de compétence, serait-on tenté de dire. Alors, quelle est donc l’idée que Claude Guéant poursuit en décidant d’imposer son candidat dans cette affaire ? Elle est terriblement banale. Le conseiller de l’Elysée n’a pas digéré le non-renouvellement de la chronique de Jean-Marc Sylvestre - à la rentrée de la saison 2008/2009 - , un de ses proches, et conserve en travers de la gorge celle de Thomas Legrand, dans laquelle il rapportait des rumeurs selon lesquelles les collaborateurs de Claude Guéant préféraient aller discuter au café, car le Palais de L’Elysée aurait été garni de micros par le conseiller spécial - Thomas Legrand n’a jamais affirmé que l’Elysée était garni de micros, mais c’est en ce sens que son édito a été déformé. Tout cela, sous le règne évidemment de Jean-Paul Cluzel.
Selon nos informations, Jean-Luc Hees devrait être reçu par Nicolas Sarkozy aujourd’hui à l’Elysée et si le candidat plaît au Président, il se pourrait même que ce choix soit annoncé dans la journée. Voilà, comment se décide l’avenir des médias publics aujourd’hui !
