Cinéma 2011 : les gros chiffres de l’année
Le rapport 2011 du CNC sur la fréquentation des salles obscures en France vient de sortir, et se révèle plein de bonnes nouvelles, puisqu’il révèle que 215,59 millions de places ont été vendues, un record depuis près de 50 ans, assorti d’une montée en flèche des films « made in hexagone ». Pourtant, le triomphe de surface ne suffit pas à cacher de profondes failles…
Une bonne cuvée française
Les estimations du Centre National du Cinéma, qui restent à confirmer en ce qui concerne les trois derniers mois de 2011, ont largement couronné le cinéma français sur l’année écoulée. Les salles ont connu une fréquentation record depuis 1966 avec 215,59 millions d’entrées, ce qui dépasse largement la moyenne établie depuis 2001 aux alentours de 191 millions. L’année avait pourtant mal commencé avec un mois de janvier 2011 qui affichait une chute de 22,5% par rapport à la même période en 2010 et même un mois d’avril plongeant 25,8% en dessous du niveau atteint au printemps précédent. La situation se redresse dès le mois de juin avec une embellie de +34,8%, grâce au thriller Limitless, à la suite de Kung Fu Panda et aux frenchies Omar m’a tuer et L’élève Ducobu. Après un passage à vide de juillet à octobre, les chiffres s’emballent à nouveau sur Novembre (+33,5%) et Décembre (+28,6%), en parallèle à la sortie (et au triomphe) d’Intouchables suivi par les blockbusters américains comme le quatrième volet de Twilight, Time Out, Le chat Potté, Tintin et le secret de la Licorne ou Contagion de Steven Soderbergh.
Ca ne fait pas de doute à la lecture du rapport du CNC : c’est un bon millésime pour les films « made in France » qui représentent 41,6% des entrées en 2011 (contre seulement 35,7% en 2010). En soi cette performance des productions locales face aux importations d’Hollywood et d’ailleurs n’est pas exactement un record, puisque cette proportion était aux alentours de 45% en 2006 ( grâce aux succès des Bronzés 3 – plus de 10 millions d’entrées, d’Arthur et les Minimoys – plus de 6 millions, et de Camping-plus de 5 millions) ainsi qu’en 2008 (l’année du phénomène « Bienvenue chez les Ch’tis » avec ses 20 millions d’entrées, suivi de loin par Astérix aux Jeux Olympiques – 6 millions environ). Mais, et c’est notable, le nombre d’entrée pour des films français est à son plus haut niveau en 27 ans (avec 89,62 millions) et les deux plus grands succès du box office 2011 sont français ! Intouchables a pour le moment cumulé plus de 15 millions d’entrées, tandis que Rien à Déclarer, la dernière comédie de Dany Boon, dépasse les 8 millions (très loin donc de l’avalanche créée par le premier opus). Que les cinéphiles qui crieraient un peu vite au scandale devant ce classement de films populaires se rassurent, plusieurs films d’auteurs se payent une place parmi les millionnaires : Polisse de Maïwenn (2,3 M) , Les Femmes du 6ème étage (2,2M), et bien sûr le sublime film muet en noir et blanc The Artist (1,541M).


Tout n’est pas rose
Du côté des autres films, le bilan est nettement moins positif, car si les productions américaines occupent toujours 46% des entrées (une part en baisse par rapport aux 47,6% de l’an passé mais rattrapée par le nombre de places vendues, qui lui est en légère hausse avec 99,16 millions d’entrées écoulées), les autres films étrangers essuient des pertes considérables (leur part de marché dégringole de 16,7% à 12,4% et ils ne récoltent que 26,81 millions d’entrées). Et parmi les films qui ont fait un flop, il y en a certains dont on ne peut que savourer l’insuccès, à l’image de « Justin Bieber, Never Say Never », tandis que les entrées relativement basses d’œuvres comme The Tree of Life de Terrence Malick (846 000) ou Melancholia de Lars Von Triers (318 000) chagrinent les défenseurs d’un cinéma haut de gamme. Car pour ce qui est du cinéma étranger, les gros succès de cette année sont en grande majorité des divertissements plutôt légers, des films d’animation, des suites ou des prequels : les américains occupent intégralement le classement des places 3 à 17, avec le dernier Harry Potter, Tintin, le 4ème Pirate des Caraïbes, le 4ème Twilight, La Planète des Singes, Le Chat Potté, Transformers 3, Fast & Furious 5 ou encore Very Bad Trip 2. Seuls à tirer leur épingle du jeu dans le haut du panier, Le Discours d’un roi et Black Swan.
A noter que dans ce palmarès, les films proposant des images en 3D relief sont plutôt bien représentés. Ce mode de diffusion des films, s’il reste très critiqué, voire boudé par certains studios, représente sans conteste une clef pour le succès. Le centre national du cinéma note d’ailleurs que "ces films partiellement exploités en 3D ont réalisé plus de 53 millions d’entrées, soit près d’un quart de la fréquentation totale". Le nombre de productions a d’ailleurs explosé avec 43 films en 2011 contre 23 en 2010. Cette fois, la bataille de la 3D pourrait bien avoir choisi son vainqueur : l’argent !
Diversité
Mais même pour le cinéma français, le succès incroyable d’Intouchables, et les records qu’il bat semaine après semaine, ne sauraient faire oublier que le milieu est fragile. Car si certains veulent lire dans les chiffres des fréquentations une prophétie rassurante face aux Cassandres du septième art français qui se disent menacées par le piratage, il ne suffit pas d’un film pour faire vivre une indutrie toute entière. Il y a quelques semaines, on s’émouvait du sort de dizaines de productions françaises, menacées de disparaitre à cause de la mise en liquidation d’une société de post-production. Puis la semaine dernière, deux cinémas d’art et d’essais ont fermé leurs portes pour protester contre la mainmise des grands réseaux de distribution, et le basculement vers les projecteurs numériques et l’adoption en marche forcée de la 3D aussi risquent de mettre en péril certaines salles plus petites ou plus fragiles.
Oui, 2011 a été une bonne année pour le cinéma, en quantité en tout cas. Pas sûr que cela ne soit pas au détriment de la qualité et de la diversité.
