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Chantage à la pédophilie au Parlement européen pour passer une directive sur la rétention des données

Le 09 Juin 2010 dans Web 1,2,3 par Sylvain Lapoix

Sous prétexte d’un « système d’alarme rapide » pour lutter contre la pédophilie, deux eurodéputés conservateurs ont tenté de faire adopter une déclaration écrite en faveur d’une directive permettant la rétention des requêtes des internautes sur les moteurs de recherche pendant 2 ans.

Sur une longue table disposée à la sortie de l’hémicycle du Parlement européen de Strasbourg, cette déclaration écrite prenait juste la place de sa feuille de papier, comme des dizaines d’autres : « déclaration écrite n° 29 », sujet : « lutte contre la pédophilie, le harcèlement sexuel et la pédopornographie ». « Si on vous présente une déclaration écrite en faveur du beau temps ou de la paix, vous la signez ! », s’excuse l’eurodéputé suédoise Cecilia Wikström. Or, derrière ces bonnes intentions, défendues par un site web jouant sur la corde sensible des enfants abusés, le texte soutient en vérité une directive visant à permettre la rétention de toutes requêtes réalisées sur un moteur de recherche pendant 2 ans.
Le diable est dans les détails : l’encouragement à mettre en oeuvre cette mesure n’arrive qu’en seconde partie du texte à signer, sans préciser autre chose que son numéro « 2006/24/CE ». Derrière ce code, un texte publié le 15 mars 2006 proposant la rétention de données envoyées sur les réseaux et qui ne fait pas la moindre mention des mots « enfants » ou « pédophilie ». En revanche, dès le quatrième point de l’exposé, la « sécurité nationale  » est invoquée comme raison suffisante comme restriction des droits liés aux données. Or, à jeter un oeil au calendrier politique, la directive fut impulsée au lendemain des attentats de Londres qui virent exploser des bus rouge en plein centre de Londres. Un petit air de Patriot Act européen en somme. Or, cette directive doit justement être discutée en septembre prochain.

Ceci n’est pas un système d’alarme rapide européen

Réalisant la teneur du texte, Cecilia Wikström s’est empressée de transmettre un mail à tous ses collègues, les invitant à retirer leur paraphe : si la déclaration écrite recueillait la majorité des signatures des parlementaires, elle pourrait être présentée comme l’avis officiel du Parlement sur cette question. « J’ai même mis le numéro de téléphone du bureau où appeler pour demander le retrait de son nom, bien que ce soit un peu excessif », précise l’eurodéputé suédoise. Or, la relecture du texte lui impose ce constat : la conservation préventive des données n’a aucun rôle à jouer dans le « early warning system » (système d’alarme rapide) défendu par le déclaration écrite. « La plupart des pédophiles passent par des chat ou des canaux de communication privés plutôt que par Google, afin de ne pas être inquiétés », rappelait au Daily Mail Simon Davis, directeur de la campagne de lutte pour la défense des données personnelles Privacy international.
Si de nombreux parlementaires, à commencer par les Suédois (dont le représentant du parti pirate Christian Engström), ont retiré leur signature, les promoteurs de la déclaration ont encore derrière eux la force de frappe du Parti populaire européen, la plus importante formation de l’hémicycle. A la manoeuvre, les médias ont déjà repéré Anna Záborská, eurodéputé conservatrice anti-avortement dont les déclarations sur le droit à la vie ont fait date. Or, à ses côtés, l’italien Tiziano Motti ne manque pas non plus de personnalité : sur le site personnel de ce représentant du parti démocrate chrétien, une invitation à participer à une enquête d’opinion sur l’instauration de la vidéosurveillance dans les écoles maternelles et élémentaires !
Si la riposte politique est à même de tuer cette escroquerie dans l’oeuf, la tentation sécuritaire qu’elle révèle chez les conservateurs n’a rien de rassurant. L’adoption du rapport Gallo a prouvé que la diabolisation du web et les épouvantails traditionnels (menace de l’industrie culturelle, faux médicaments...) permettait des failles dans les droits protégeant la vie privée et les échanges sur Internet. Dans l’instrumentalisation des causes, les défenseurs des intérêts ont encore une longueur d’avance sur les défenseurs des droits.

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3 Commentaires

  1. jp.masson le 10 juin 2010

    mais pourquoi ne pas citer ses sources ? il manque des liens vers les articles qui ont nourri ce travail... non ? :(



  2. Un pirate le 14 juin 2010

    C’est excellent comme nom "Chantage à la pédophilie" pour décrire tous ces organismes qui veulent brider le web abusivement en se mettant une couverture pareille pour avoir bonne conscience envers les gens (LOPPSI)

    Utiliser le terme de pédophilie à des fins liberticides devrait être aussi condamnable qu’être simplement pédo



  3.  le 10 mars 2011

    Salut,Bravo pour votre sens de la précision ! Je me sens tout a fait concerné et partage d’autant plus votre point de vue. Votre site fait partie de mes favoris depuis longtemps, bonne continuation




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