Canal+ met 100 millions sur le football étranger, mais délaisse le cinéma
Une année de la Coupe du Monde est à sens unique. Canal+ l’a bien compris qui n’a pas hésité à casser sa tirelire pour s’offrir deux des plus importants championnats de football européens. Au total, la dépense atteint la barre faramineuse des 100 millions d’euros sur trois ans.
On croyait la concurrence annihilée. TPS absorbé, Canal+ règne en maître absolu sur le monde des droits, capable dès lors, grâce à sa position dominante, d’imposer les tarifs voulus aux ayant droit. Et cette règle doit surtout s’appliquer au monde du ballon rond, où l’inflation mène grand train depuis près d’une décennie. Tout cela est vrai, mais un grain de sable s’est logé dans la belle mécanique, avec l’arrivée d’Orange. Comme on le sait, le groupe de communication a montré son envie d’assoir son activité d’éditeur de chaînes, ou devrait-on dire de services audiovisuels, depuis le lancement d’Orange Sports et d’Orange Cinéma Séries, pour ce qui est du septième art.
Or, pour le groupe Canal+, le jeu en devient forcément beaucoup plus compliqué. Comment en effet prévoir les tactiques qui se décident en interne, dans les bureaux de l’opérateur de télécommunications, dès qu’il est question d’un achat dans les droits sportifs ? Qui peut dire en effet si un jour Orange, sur un appel d’offres, ne va pas réellement sortir le chéquier, comme l’on dit, pour d’un coup, un seul, éteindre toute concurrence ? Bref, devant cet ogre, la chaîne cryptée doit la jouer particulièrement fine afin de conserver une longueur d’avance.
Dans une communication toute en retenue, la chaîne s’est félicitée dernièrement d’avoir re-signé avec la ligue de football anglaise pour une durée de trois ans. Quelques temps avant, elle en avait fait de même avec le championnat italien. Et comme il est d’usage dans pareil cas, les chiffres ne sont pas dévoilés... mais finissent pas se savoir. Ainsi, Le Figaro y est-il allé de son indiscrétion sur son site, en indiquant que Canal+ avait mis 15 millions d’euros pour s’offrir la Premier League anglaise. Seulement voilà, ce chiffre est sous-évalué. En fait, la chaîne a fait une offre et remporté le marché pour 22 millions d’euros par an ! Un record ! Le précédent contrat ne dépassait pas 7 millions d’euros. Autant dire que les abonnés de la chaîne vont pouvoir admirer au prix fort les exploits des Canonniers ou des Red Devils. Cependant, il ne faut pas accuser les négociateurs de la chaîne d’avoir eu le porte-monnaie trop agile, car, ce championnat représente l’ossature même de l’Equipe du Dimanche et d’une bonne partie de la programmation football de la chaîne. Il ne vaut peut-être pas 22 millions, mais il n’en est pas loin. D’ailleurs, la façon dont s’est déroulé l’appel d’offres est emblématique des relations entre Orange et Canal+ quand il s’agit de se disputer des droits à forte valeur ajoutée.
Canon à moustique
Ainsi, la procédure a nécessité deux tours. Lors du premier, Orange a proposé 15 millions d’euros, tandis que Canal+, plus prudent, a fait une offre de 12 millions. Les consignes de la ligue anglaise ont été alors de déclarer l’appel infructueux et d’avoir recours à un second tour. Ce qui n’a pas plu à Orange, qui pensait bien sûr l’emporter avec un écart suffisant de 3 millions d’euros - rappelons que TPS avait fait le coup en 2003 avec un mise de 10 millions alors que C+ n’en avait mis que 8. Ironie de l’histoire, face à ce nouveau défi de l’intelligence tactique, confronté à ce nouveau choix, Canal+ a mis le paquet en proposant 22 millions. Et comme souvent, ce fut un canon pour détruire un moustique dans les mains de Bertrand Méheut, le Pdg de Canal+, puisqu’Orange de son côté n’a pas fait d’offre...
Le cas du football italien est encore mieux. Orange n’a pas été sollicité, et Canal+ a mis d’emblée 12 millions d’euros sur la table. Fin des discussions.
Jusqu’à présent, la chaîne ne dépensait que 3,5 millions d’euros par an pour voir jouer les équipes transalpines.
Les calculs sont simples. Aujourd’hui, Canal+ débourse sur trois ans 66 millions d’euros pour le championnat anglais, et 36 millions pour l’italien, soit un total de 102 millions ! Et cela sans prendre en compte le championnat espagnol ! Autant dire qu’à la veille de la Coupe du Monde de football, le plus grand événement sportif planétaire, la chaîne cryptée est prête à faire le plein d’abonnés, avec à l’étalage les meilleurs mets pour connaisseurs.
Cependant, ces dépenses ont un prix. Et ce pourrait être au cinéma français de le payer - les négociations avec Canal+ ont d’ailleurs repris récemment. La chaîne a d’ailleurs annoncé qu’elle n’avait plus les moyens d’investir comme avant dans le septième art. On comprend mieux pourquoi...
