Canal + fait la promotion d’une destruction de la cellule familiale
N’allez pas chercher l’ennemi des valeurs familiales dans des banlieues rouges ou vertes, car il est déjà aujourd’hui dans de plus de 5 millions de foyers. Son nom sonne comme le souvenir d’un âge béni pour la télévision et les neurones, une époque forcément révolue... C’est Canal+.
Lors d’une conférence de presse qui mêlait à la fois des références à Apple tout autant qu’à Orange, la chaîne cryptée a dévoilé un nouveau décodeur, et la nouvelle stratégie qui va avec. Cette nouvelle boîte, curieusement baptisée "Le Cube", alors qu’il s’agit d’un parallélépipède tout en hauteur, rassemble les fonctions d’un serveur multimédia personnel comme il en existe déjà beaucoup sur le marché, avec en plus un étage délégué à la réception des programmes par le satellite. L’engin est également livré équipé d’un disque dur de 320 go, rien que ça, capable, dixit Guy Lafarge, le patron de CanalSat, "d’enregistrer des centaines d’heures de vidéo en haute définition". Ainsi, le Cube se destine à faire entrer l’abonné CanalSat dans une nouvelle ère, celle d’une "expérience télévisuelle avec plus de spectacle, plus de liberté et plus de mobilité", toujours selon Guy Lafarge.
51 euros pour une nouvelle expérience télévisuelle
En fait, le Cube est la réponse de la bergère Canal+ à Orange, le berger de l’interactivité à la télé - disponible le 4 novembre prochain. C’est donc une parfaite copie des récentes annonces d’Orange dans le cadre du lancement d’Orange Cinéma Séries que le groupe de Bertrand Meheut a présenté dans un tourbillon d’images plus "blockbusterisées" les unes que les autres. Là où l’opérateur de télécommunication parle d’éditorialiser les contenus, Canal+ explique qu’il va proposer un enrichissement des programmes. Il sera ainsi possible de regarder, par exemple, l’intégralité des épisodes de n’importe quelle saison d’une série américaine, avant de découvrir les derniers diffusés. De même, Orange va offrir la possibilité à ses clients une fonctionnalité bien pratique appelée "Start over", qui permettra de rattraper dès le début un programme qui a déjà commencé. Canal+ n’est pas en reste, et sans citer le nom technique de ce procédé, il sera bien présent dans l’offre "Le Cube". Tout cela à un prix. Le Cube sera commercialisé pour 10 euros de plus chaque mois - comptez 41 euros pour l’abonnement de base CanalSat. Cette fois-ci, Canal+ n’a pas pris note sur son rival, car pour bien moins que 51 euros, Orange propose aussi le téléphone et l’accès à l’internet.
Desperate Household
Plus intéressant, au milieu de cette débauche de concepts parfois fumeux, comme le "plaisir" présenté comme nouvelle ligne directrice de Canal+, ou bien le rabâchage sur l’expérience client, Guy Lafarge a présenté une vision catastrophique du foyer abonné à Canal+. Sous couvert, encore une fois, de faire l’apologie de l’individualisme, oserait-on dire d’un onanisme télévisuel, le patron de CanalSat a expliqué sans détours que les programmes de Canal+ pouvaient être consommés sur tous les écrans du foyer. La télévision bien sûr, mais aussi celui de l’ordinateur, d’un petit appareil mobile, ou même d’un téléphone mobile. Chacun de ces écrans vise un public bien spécifique... Et on imagine bien dans une famille type, puisque ce sont les exemples que donne Canal+, la femme regardant seule "Desperate Housewives" dans le salon, pendant que son mari, relégué dans une autre pièce, apprécie un match de football, et que les deux enfants du couple, chacun dans leur chambre, s’adonnent à d’autres plaisirs médiatiques. Voilà qui enterre, sous des abords policés, ceux d’une vaste stratégie d’entreprise bien à l’heure de l’interactivité, la fin d’une certaine idée du foyer. Celle d’une place commune, fédératrice et capable de réunir les personnes pour partager un moment unique. Or aujourd’hui, Canal+ n’a que faire de ce lien, car la thématisation des programmes représente un investissement important. Comme l’a rappelé Guy Lafarge, le groupe investit près de 2 milliards d’euros par an dans les contenus.
- Clefs
- Canal + G. lafarge Orange
