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Call of Duty Modern Warfare 2, 550 M$ de recettes : le triomphe à retardement de l’ère Bush (2ème partie)

Le 29 Novembre 2009 dans Gaming par François Bliss de la Boissière

Septembre 2001, l’Amérique sombre dans la terreur. Octobre 2001, l’administration Bush signe le Patriot Act. Novembre 2001 Microsoft lance sa première console de jeu vidéo et l’Armée américaine s’infiltre sans scrupule dans l’industrie du jeu vidéo. Huit ans plus tard l’Amérique a presque gagné cette bataille là. Le bouillonnement créatif et technologique du jeu vidéo a quitté le Japon pour les États-Unis et le jeu vidéo dans ce qu’il a de plus spectaculaire s’est totalement militarisé. Le succès commercial et inculturé de Call of Duty : Modern Warfare 2 en est le point culminant. Malgré son avance technologique, le jeu vidéo confirme son retard sur l’histoire...

Du très sérieux Civilization qui privilégiait dès 1991 sur PC les scénarios de conquête militaire aux colonisations pacifiques, jusqu’aux missions en hélicoptères de combat de Desert Strike sur la console Megadrive en 1992, le jeu vidéo n’a évidemment pas attendu les temps modernes pour se frotter aux frissons de la guerre virtuelle. L’arrivée de la 3D au début des années 90 a même ouvert le champ d’action à bien des combats, et les jeux de guerre ont peu à peu occupé une place privilégiée dans le catalogue des éditeurs. La révélation des pouvoirs d’immersion en vue subjective sur un champ de bataille arriva franchement avec le premier Medal of Honor réalisé par Electronic Arts en coordination avec Dreamworks Interactive en 1999, et directement inspiré par l’immersion évocative du film Il faut Sauver le Soldat Ryan. Puisant plus directement encore dans la mise en scène tétanisante de La Chute du Faucon Noir de Ridley Scott, la très efficace série Call of Duty, elle aussi située exclusivement pendant la Seconde Guerre Mondiale, finit par reprendre le flambeau jusqu’à l’épisode Modern Warfare de 2007 déplaçant, contre l’avis de son éditeur, l’action de nos jours.

Infiltration

Rejeton récupéré parmi d’autres du Patriot Act de l’administration Bush, le jeu vidéo s’est retrouvé plus ou moins discrètement instrumentalisé par l’armée au cours des années 2000. Décomplexée au même titre que le reste de l’Amérique entrée en résistance contre le monde, l’armée US lançait sans gêne ni critique son propre jeu de guerre en ligne accessible gratuitement. Aujourd’hui encore elle inspire nombre de productions en offrant ses conseils et l’accès à son arsenal sans qu’aucune instance ne discute et remette en question la présence physique et virale des moyens et des valeurs de l’armée américaine dans l’industrie du jeu vidéo qui, rappelons-le, vise en premier lieu une population masculine entre 12 et 35 ans (nos chiffres d’observation, pas ceux d’un institut mandaté).

Propagande ouverte et sans freins

Le début des années 2000 devint l’époque, par exemple, où le gentil éditeur français Ubisoft et son Rayman vedette sentit le vent venir et commença à tisser des liens privilégiés avec l’armée devenue conseiller militaire, sur ses productions Tom Clancy notamment. Ubisoft prit l’habitude étrange et fort dérangeante de faire intervenir d’anciens militaires braillant des ordres dans ses présentations presse de jeux comme Brother’s in Arms ou Haze sans que cela offusque, il faut le préciser, les journalistes spécialisés conviés à ces messes obscènes. C’est l’époque où l’armée américaine commanda et supervisa auprès du studio Pandemic (qui vient de fermer ses portes suite à la restructuration d’Electronic Arts) un Full Spectrum Warrior, jeu dans le commerce et véritable support d’entrainement aux troupes, redonnant de la dignité et de l’éthique à la simulation militaire virtuelle malmenée par les productions anarchiques du jeu vidéo. Un comble et une honte non bue pour le milieu. Non seulement l’armée s’infiltrait insidieusement dans la production de jeux devenue instrument de propagande (d’un état d’esprit) mais elle donnait, et de belle manière, des leçons de conduite et d’honneur aux faiseurs de jeu. C’est aussi l’époque où l’américain Microsoft est entré de force dans l’industrie du jeu vidéo sur console en injectant et brûlant des milliards de dollars. Huit ans après la sortie de la première Xbox en novembre 2001, deux mois après le 11 septembre, forcément un hasard mais un symbole aujourd’hui stupéfiant, l’OPA américaine non déclarée sur le jeu vidéo a presque totalement réussi. La scène japonaise du jeu vidéo lutte désormais pour survivre face aux gros studios américains capables de toutes les prouesses technologiques. Et le jeu vidéo, comme le reste du monde, subit la politique va-t-en guerre américaine.

Le jeu vidéo en retard sur l’histoire

Au moment où l’Europe et le monde saluent l’anniversaire de la chute du mur de Berlin et la fin de la guerre froide, où Barack Obama inclut le jeu vidéo dans un nouveau programme d’éducation lié au STEM, qui verra, entre autres initiatives, le jeu Little Big Planet rejoindre les bibliothèques, la partie la plus bruyante et émergée du jeu vidéo et des joueurs célèbre un Modern Warfare 2 qui rejoue très sérieusement une guerre pseudo contemporaine entre américains patriotiques et russes odieux. Dans le jeu, une séquence plus imbécile encore que les autres conduit un américain infiltré au sein d’un commando russe à participer à un massacre de civils dans un aéroport. Une séquence "choc" facultative puisque le jeu offre dès le début le choix - forcément hypocrite et aiguiseur de curiosité - de jouer une version sans les scènes "pouvant choquer", et repose la question avant la scène en question en précisant bien, au moins ça, que le score du joueur ne sera pas pénalisé s’il saute comme proposé cette séquence. Qui aura acheté son jeu 70 € et contournera sérieusement un chapitre ? Manette en mains, confirmons que l’on peut "jouer" la scène en ne tirant soi-même pas un seul coup de feu. Ce qui n’empêche pas d’être obligé de suivre et d’assister pendant de longues minutes au spectacle du massacre à la mitraillette totalement gratuit. Aveugle à lui-même, le scénariste Jesse Stern déclare dans une interview auto satisfaite avoir là exercé son droit à repousser les limites de la narration interactive ! Sans y croire, nous avons essayé de lutter contre le programme en restant totalement immobile – impossible - ou en cherchant à éliminer ses pseudos partenaires russes - impossible également, cela conduit systématiquement à sa propre mort, c’est-à-dire au début de la séquence. Après un moment de stupeur, "absolument tous les joueurs invités à tester le jeu ont fini par tirer sur la foule", révèle le scénariste, "parce que c’est la nature humaine" et que ce n’est qu’un jeu vidéo.

Vieux démons

La réussite des scènes d’action, des spectaculaires mise en en scène et mise en action de COD : MW2 cache une ignorance ou une indifférence crasse des faits du monde par le studio de développement californien Infinity Ward. Une bêtise doublée d’une indélicatesse diplomatique d’un autre âge, pour ne pas dire autre chose, digne des faucons de l’ère Bush, qui a conduit la Russie, honneur oblige et non la censure, à réclamer le retrait de la vente du jeu dans le pays. Une version sans l’épisode en question pourrait y être commercialisée. Aujourd’hui, des associations humanitaires suisses recensent tous les crimes de guerre perpétrés dans les jeux vidéo et demandent publiquement aux développeurs et éditeurs de respecter les règles humanitaires internationales dans leurs productions.

Score de rattrapage

Ultime hypocrisie qui voudrait passer l’éponge, en compagnie de Microsoft et de la chaine de magasins Game, l’éditeur organise en Grande-Bretagne une session de jeux en réseaux de COD : MW2 dont la présence massive de joueurs conditionnera la remise d’une somme à l’association War Child (150 000 £ si 600 000 joueurs se connectent, plus 25 000 £ tous les 100 000 joueurs supplémentaires).
À la pointe de la technologie dès sa naissance dans les années 70, précurseur de la révolution numérique et interactive, le jeu vidéo devenu adulte du côté box office continue en réalité une crise d’adolescence et d’identité qui le laisse à la merci de la première autorité venue. Le service militaire a beau ne plus être obligatoire, à presque 40 ans le jeu vidéo continue de faire ses classes. Dernière minute, Activision confirme la réussite de l’invasion. Depuis son premier épisode, la série Call of Duty s’est vendue à 55 millions d’exemplaires et a généré 3 milliards de $ de recettes. On attend désormais le retrait des troupes promis par Barack Obama.

1ère partie de l’article…

Quelques réflexions inégales mais intéressantes sur la guerre dans le jeu vidéo dans le n°1 des Cahiers du jeu vidéo chez Pix’n Love éditions

Lire également, comment COD : MW 2 a influencé le traditionnel calendrier des sorties de Noël...

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7 Commentaires

  1. Nikobo le 29 novembre 2009

    Le premier Medal of Honor est sorti en 1999. Première approximation d’un article qui les enchaine.Navrant, si bien que mon dégoût pour la bêtise vomie ici me tue toute volonté d’argumenter. Il n’y guère que pour les Clancy que je suis d’accord - sur la forme conservatrice pro-militaire - mais ça sauterait même aux yeux d’un collégien.



  2. François Bliss de la Boissière le 29 novembre 2009

    Medal of Honor > 1999, bien sûr, puisqu’il est né de la cuisse de Saving Private Ryan sorti en 1998. C’est rectifié, merci pour la vigilance.PS : un des inconvénients de la presse en ligne fonctionnant pour l’instant en économie réduite, c’est de ne pas pouvoir profiter de multi relectures professionnelles avant publication, comme (normalement) dans la presse papier (sans compter les fameux "fack checkers" de la grande presse US). Ce n’est pas une raison pour que le journaliste ne fasse pas son travail jusqu’au bout, mais comme pour les fautes d’orthographe, le nez dans le guidon, on peut ne plus voir de grosses évidences même en relisant mille fois... Et ce qui compte ici, c’est la lecture des évènements plutôt que l’énumération précise des faits objectifs que tout le monde peut vérifier par lui-même. Ca c’est l’avantage de la presse en ligne : devenir participative.



  3. Nikobo le 29 novembre 2009

    Je me suis emporté (bêtement) tant j’étais consterné par les raccourcis parsemant cet article. Mais je reconnais que j’ai été injuste en qualifiant de "bêtise" le point de vue survolé ici. Je retire donc de mon initiative ce petit écart d’humeur. Et j’argumente alors ; je suis d’accord sur l’intérêt participatif d’une presse en ligne.Rapidement : pour moi ce genre d’article est dommageable à un média qui peine à s’affranchir de ces aînés (cinéma, bd...), et qui a besoin d’oeuvres puissantes et excessives pour affirmer sa singularité. Le premier Modern Warfare était de celles-là avec son premier degré acide et corrosif pour le sens moral, bien loin d’une vision stupide et jubilatoire du massacre guerrier, plus une épreuve pour la conscience totalement assumée, et sans aucun message pro-militaire (il n’y a qu’à lire entre les "scripts" pour voir comme le bidasse n’est considéré que comme chair à canon pour des puissances sans scrupule). Ni pro-américain, il n’y pas de Bons ou Mauvais, juste les Ordres (la vie de soldat...). Le 2 semble maladroit et beaucoup plus opportuniste sur ce point, mais je trouve bizarre et suspect de généraliser comme vous le faites : opposer les jeux de guerre occidentaux aux jeux japonais (qui proposent du treillis comme tout le monde, n’est-ce pas Snake ?), c’est étrange et erroné...Le fait de s’offusquer qu’un uniforme vienne servir de consultant pour un jeu de guerre me semble aussi bizarre : pourquoi est-il scandaleux de vouloir savoir un minimum de quoi on parle ? Je vous renvoie la question...



  4. zap210 le 1er décembre 2009

    Je dois dire que je suis très déçus par cet article qui ne fait pas honneur à ce site.

    Je pense que l’on observe plus de titres dans un univers militaire pour plusieurs raisons. Premièrement car techniquement il y a quelques années il n’était pas possible d’obtenir un univers crédible. Deuxièmement parce que les jeux militaire offrent de nombreuses possibilités en terme de gameplay (action, stratégie, tactique, aventure...) et de faits historique (toute l’histoire de l’humanité peut être balayée). Ensuite parce que la guerre fait à la fois peur et envie dans le sens ou elle représente le coté de plus obscur de l’homme. Les jeux de guerre sont donc un bon exutoire à toutes les frustrations que l’on peut ressentir.

    Je pense également que ce que recherche un joueur de Call Of Duty ou Counter strike par exemple, surtout en multijoueur, n’est pas le plaisir de tuer par procuration mais bien l’esprit de compétition et la réalisation de gestes techniques difficiles à l’instar d’un sportif.

    Pour terminer je dirais que les titres militaires sont loin de truster le box-office comme le montre le top des ventes de jeux vidéos en France cette semaine :

    Top Consoles :

    1.Assassin’s Creed II (PS3)

    2.New Super Mario Bros Wii (Wii)

    3.Assassin’s Creed II (XBox 360)

    4.Call of Duty Modern Warfare 2 (PS3)

    5.Wii Fit Plus + Balance Board (Wii)

    Top PC :

    1. Call of Duty Modern Warfare 2

    2. Les Sims 3 : Destination Aventure

    3. Left 4 Dead 2

    4. Dragon Age Origins

    5. Les Sims 3

    On ne constate qu’un jeux militaire : Modern Warfare2.Ventes du lundi 16 au dimanche 22 novembre. Source GfK et le SELL.



  5. petit canard le 4 décembre 2009

    Je me demande si c’est pas en en parlant ainsi du jeu vidéo qu’on amène surtout ceux qui ne sont pas concernés par cette culture à faire de tels rapprochements."terrorisme 9/11 = Bush = Microsoft = réalisme dans le jeu vidéo = guerre = dérive du monde =..."Bien sûr, bien sûr...

    Honnêtement, tout cela est bien argumenté mais je trouve vos rapprochement sont d’un autre point de vue formaté lui aussi. Ces associations ne sont pas automatiques, ni inéluctables, bref...

    Il me semble que jouer au jeu vidéo ce n’est pas cantonner sa pratique à une mode du passe-temps comme sur iPhone ou du divertissement sur console, "entre potes"... Ça peut mais je regrette que ce soit les seuls perspectives qu’ont ceux qui parlent du jeu vidéo aujourd’hui. Ces journalistes font le jeu de l’industrie du jeu vidéo qui visent à n’en faire qu’un "entertainment" pour lequel, oui, certains rapprochement peuvent être troublant de ce seul point de vue.

    Aussi, il me semble que les journalistes ou intellectuels dans leur désamour culturel et formaté de Microsoft oublient ou ignorent que le PC/Windows est une racine dans la culture jeu vidéo. Ou bien ils ne l’appréhendent que comme une "autre console". Si Microsoft peut être critiquable ou maladroit sur certains aspects ou autres produits, on oublie (ou ignore) qu’il fournit également, sur Windows, DirectX. Alors bien sûr ce type de technologie est de visibilité réduite, il n’y a ni campagne pub ni buzz pour dorer son blason, il n’en demeure pas moins qu’il bénéficie de près de 15 ans de développement et est considéré comme l’un des environnements les (voir le) plus aboutis de programmation de jeux.

    Ensuite, les gens suivant depuis longtemps la culture du jeu vidéo, le pratiquant de manière active comme le permet un PC (modification, création, coopération, édition indépendante, etc.) savent que les jeux peuvent s’appréhender autrement que comme un "divertissement" de salon. Ils savent également faire la différence entre une œuvre de fiction réaliste et la réalité.

    Alors que ça dérange que les gens veuillent jouer au petit soldat, je conçois mais le jeu vidéo n’a pas inventé les petits soldats de plomb.



  6. stone le 4 décembre 2009

    Le choc pour les "idiots utiles" qui ne savent pas qu’Hollywood a servi a reconstruire l’image du soldat US après la guerre du Vietnam (Rambo etc..), que la série 24 et Jack Bauer a été crée pour légitimer la torture à Guantanamo, la télé réalité pour faire accepter les caméras de surveillance, etc.. dormez tranquilles braves moutons ! les exemples sont chaque jour plus nombreux, nous vivons dans un monde hégémonique US, normal que les "produits culturels" reflètent cet état de fait, en tout cas bravo et merci pour votre article !



  7. Charden le 5 décembre 2009

    Au secours, c’est un complot américano-impérialiste pour nous manipuler le cerveau ! Vous avez bouffé du Bigard ou quoi ?



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