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Call of Duty Modern Warfare 2, 550 M$ de recettes : le triomphe à retardement de l’ère Bush (1ère partie)

Le 27 Novembre 2009 dans Gaming par François Bliss de la Boissière

La production interactive d’Activision-Blizzard, filiale de Vivendi, vient de battre les records de sortie d’un jeu vidéo, et plus. Chiffres et communiqués nous martèlent que, depuis sa sortie le 10 novembre, les ventes sur Xbox 360, PlayStation 3 et PC ont explosé tous les records de lancement d’un produit de divertissement. Cinéma compris. Seul hic dans ce triomphalisme ambiant, le jeu en question est un jeu de guerre. Et les chiffres ne disent pas tout. Techniquement impeccable mais scénaristiquement imbécile, il rejoue le tête-à-tête russo-américain de l’après guerre au moment où l’on célèbre la chute du mur de Berlin…

Pas de quoi se réjouir pour une industrie du jeu vidéo en mal de reconnaissance culturelle et artistique. COD : MW2, petit nom agréé du 7e chapitre d’une série lancée en 2003, bat au box office la sortie du jeu vidéo Grand Theft Auto 4, dernier record en date. Un jeu de guerre succède donc à un jeu de gangsters (précisons-le avant lapidation, l’un et l’autre sont loin du niveau de films comme La Ligne Rouge de Terence Malick, ou du Parrain de Francis Ford Coppola). Soit, selon les chiffres de GFK reportés par l’éditeur : 376 000 exemplaires et 25,5 M€ de recettes générés en cinq jours en France pour COD : MW2 (1,7 millions d’exemplaires vendus en une semaine en Grande-Bretagne, 3 millions en Amérique du Nord), contre 320 000 exemplaires de Grand Theft Auto IV en 2008 pour 24 M€. Et l’éditeur d’aligner les comparaisons en France avec le DVD de Bienvenue chez les Chtis (17,1 M€) et le dernier tome d’Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé (12,6 M€). Puis dans le monde. 550 millions de $ de recettes en cinq jours qui battent les films Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé (394 M$) et The Dark Knight (203,8 M$) et, enfin, le jeu, tenant du titre, Grand Theft Auto IV (500 M$ pour 6 millions d’exemplaires). La réalisation de COD : MW2 aurait coûtée entre 40 et 50 M$ là où celle de Grand Thef Auto est réputée avoir atteint les 100 M$.

Comment faire parler les chiffres

Petit rappel démographique devant ces chiffres tsunami intellectuels. À 70 € le prix de vente en moyenne, les 25,5 M€ de recettes du jeu Call of Duty : Modern Warfare 2 en France représentent une population d’à peu près 360 000 acheteurs comme le dit le communiqué de l’éditeur. À 20 € en moyenne le prix de vente du DVD, les 17,1 M€ de recettes de Bienvenue chez les chtis correspondent à 850 000 acheteurs environ, et au moins autant de spectateurs familiaux associés, soit 2 à 4 fois plus de personnes que le jeu vidéo qui bat tous les records. L’impact du lancement tonitruant du jeu a plus d’effet dans les médias que dans la population. Et les records chassant l’autre, la sortie du 2e chapitre Twilight au cinéma mercredi 18 novembre bat les records d’entrées aux USA (72,7 M$ dès le premier jour, "3e meilleur démarrage de tous les temps", 258,5 M$ en fin de week-end, juste derrière le record de The Dark Knight) et, en France, 2,1 millions d’entrées en 5 jours qui le place en 2e place des records de sortie. Le jeu Assassin’s Creed II sorti la semaine dernière s’est écoulé lui-même à 1,6 millions d’exemplaires dans le monde en 7 jours.

Dérive culturelle

Le pouvoir éblouissant du box office et tout serait dit. Les records mondiaux de ventes de jeux vidéo à leur sortie se félicitent ainsi de voir une simulation de troufions, littéralement aux ordres pendant le jeu, embarqués sur différents fronts russo-américains imaginaires succéder à une simulation de vie de gangsters dans un New York outlaw. Ces jeux officiellement pour "adultes" sans autre vertu que le pouvoir du spectacle et de la violence interactive provoquent la ruée simultanée de millions de jeunes hommes dans les boutiques. Ainsi, 5,2 millions d’heures de jeu en réseau auraient été enregistrées sur le Xbox Live dès le premier jour. Soit 2 millions de joueurs se jetant à cœur (et intellect) perdu les uns contre les autres, en équipe ou pas, dans une guerre virtuelle qui les réjouit. Comment le jeu vidéo que l’on croyait enfantin, représenté pendant ses 20 premières années par des mascottes animalières (Sonic) ou inoffensives (Mario) en est-il arrivé là ?

Descente aux enfers

Même relativisé, le succès colossal de ce Modern Warfare 2, ultime représentant du jeu vidéo adoubé par ses chiffres de vente, descend ainsi d’une tragique évolution du jeu vidéo qui n’aurait peut-être pas atteint ce déplacé paroxysme du box office militaire si le cours de la grande histoire avait pris une autre tournure. Même si la tendance à la militarisation du jeu vidéo était déjà sensible à la fin des années 90, le choc du 11 septembre 2001 se répercuta très vite dans les allées de l’E3, le – alors - fameux salon annuel du jeu vidéo de Los Angeles. Pas du tout menaçante mais en promotion permanente, la présence de l’armée s’y manifesta de plus en plus ouvertement. Véritable hélicoptère posé sur l’esplanade, descente en rappel de militaires à partir d’un hélico en suspension, stand de l’armée à peine camouflé au milieu de ceux de jeux eux aussi décorés en forts retranchés… Au point de ne plus savoir si le militaire en uniforme circulant dans les allées du salon aux côtés des trolls, dragons, guerrières dénudées et autres peluches géantes de Pac-Man ou Mario, étaient de vrais soldats ou des figurants déguisés.

Drapeau blanc

Lors d’une rencontre à cette époque avec Shigeru Miyamoto, grand maître d’œuvre créatif de Nintendo, nous lui avions demandé ce qu’il pensait de voir le salon du jeu vidéo se transformer de plus en plus en warzone et l’industrie prendre ainsi les armes. Polie, sa réponse resta évasive et diplomatique, rappelant simplement que Nintendo s’intéressait à d’autres voies. Aujourd’hui, la réponse radicale de Nintendo à cet état de crise hystérique du jeu vidéo et le drapeau blanc tendu entre les joueurs se nomme DS et Wii et a pris la forme d’une démocratisation du jeu vidéo en social gaming. A suivre… 2ème partie...

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12 Commentaires

  1. Nikobo le 27 novembre 2009

    GTA IV n’est peut-être pas du "niveau" d’un film comme Le Parrain (stupide coutume de comparer qualitativement films et jeux vidéo tant les 2 médias n’ont sur le fond rien à voir par ailleurs), mais il est loin de se limiter à la description grossière que vous en faites. Certes dans la masse de joueurs s’étant "ruée" sur ce jeu, on peut être sur qu’un petit nombre seulement aura su réellement en apprécier les qualités d’écriture, de mise en scène et d’innovations intelligentes, mais en tant que produit culturel il n’est en rien un symptôme d’une "tragique évolution" du médium. Bien au contraire.



  2. Dart le 27 novembre 2009


    "Aujourd’hui, la réponse radicale de Nintendo à cet état de crise hystérique du jeu vidéo et le drapeau blanc tendu entre les joueurs se nomme DS et Wii et a pris la forme d’une démocratisation du jeu vidéo en social gaming."



    Et mauvaise réponse à mon avis. J’aurais tellement préféré un retour aux sources du jeu vidéo dit "hardcore" : un concept, un univers, une difficulté bien sentie. Un jeu novateur, qui surprend, qui prend des risques. Mais un jeu surtout.

    Ok, New Super Mario Bros. Wii a fait du bien ces derniers temps, mais c’est tellement peu...

    Dart, Playin’



  3. serguei le 27 novembre 2009

    Quelle déception cet article ! sur un site pourtant passionnant. Ce papier est creux comme une boîte de jeu vidéo sans CD. Aucun descriptif de cet opus, aucun argument sur le fond, que de la forme étayée par quelques chiffres de vente. Piètre analyse, on évitera la 2e partie.



  4. max le 28 novembre 2009

    J’ai beau avoir très peu d’affect (pour rester mesuré) pour Modern Warfare, je ne vois pas son succès comme une sorte de "pourrissement" du milieu, car selon moi dans ses thèmes le jeu vidéo qui génère du chiffre a tout simplement peu évolué sur ces 25 dernières années. Hier c’était Mario qui dominait les charts, aujourd’hui aussi. Hier les jeux de Rambo (contra-like & shoots en tous genres) et de voyous faisaient recette (les beat’em all), aujourd’hui toujours la guerre (mais à la 1e ou 3e personne) et la délinquance (dans des environnements libres). Alors l’ère Bush dans le jeux vidéo, je pense qu’elle n’a jamais cessé depuis Bush père... En parallèle si les mascottes et la baston ne sont plus reines, elles ont laissé place aux "logiciels" (kawashi-mama & cie) et simus sportives dans les charts.



  5.  le 28 novembre 2009

    Un beau tissus de connerie. Merci de confier ce genre d’article à des connaisseurs.



  6. h01 le 28 novembre 2009

    Bonjour,

    merci pour cet article qui m’enlève les mots de la bouche.

    Ca fait toujours plaisir de se sentir moins seul à observer cette militarisation du jeu vidéo.



  7. Sand le 28 novembre 2009

    Les gens seraient-ils en manque de Bush ?C’est très possible.Créer par exemple un jeu " Messrine " en france et vous allez voir si ça aussi ça ne marcherait pas !



  8. Sand le 28 novembre 2009

    Bravo El, je vois que vos commentateurs commencent à faire la fine bouche, c’est bon signe ! :)))



  9. Nikobo le 28 novembre 2009

    Dans le genre pertinent :

    http://www.bakchich.info/La-drole-d...



  10. Darkezekiel le 28 novembre 2009

    On oblige personne a jouer à ces jeux.....Comme on oblige personne à voir un film violent.Si il y a autant de violence,c’est que les gens q’y interressent.J’ai pas honte de dire que j’aime les "headshots" bien sentis !Alors arretez de jouer si ca vous plait pas,retournez sur cooking mama ou nintendogs.



  11. stone le 4 décembre 2009

    Le choc pour les "idiots utiles" qui ne savent pas qu’Hollywood a servi a reconstruire l’image du soldat US après la guerre du Vietnam (Rambo etc..), que la série 24 et Jack Bauer a été crée pour légitimer la torture à Guantanamo, la télé réalité pour faire accepter les caméras de surveillance, etc.. dormez tranquilles braves moutons ! les exemples sont chaque jour plus nombreux, nous vivons dans un monde hégémonique US, normal que les "produits culturels" reflètent cet état de fait, en tout cas bravo et merci pour votre article !



  12. william le 15 mai 2010

    Bonjour call duty sur pc tres bon jeu en multi la seul chose que je reproche il y a trop d insulte je ne sais pas ci on pourrait faire quelque chose contre ca (mettre un message au debut du jeu en multi) a y reflechir peut etre que sais stupite ce que je dit mais bon les insultes marre.........MERCI



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