CFOOT, la future chaîne de la Ligue de football Professionnel
La LFP a déposé un dossier de candidature auprès du CSA pour obtenir une fréquence de diffusion sur la TNT payante. Elle est en concurrence avec Canal+ Family et TV NUMERIC. Cette nouvelle chaîne baptisée CFOOT serait disponible sur l’ensemble des bouquets et plateformes de diffusion (ADSL, câble et satellite) et pourrait être lancée en janvier 2011. La ligue entend défendre ses produits et promouvoir la Ligue 2. Elle se positionne aussi comme alternative au retrait programmé de France Télécom et de sa chaîne Orange Sport en 2012.
Les prémices de ce virage stratégique
L’âpreté des négociations sur l’appel d’offre du championnat de Ligue 2 ne laissait guère présager d’autre issue. Lancé au printemps dernier pour une période de 4 ans, il était censé reconduire les contrats signés avec Eurosport pour le match du lundi soir et maintenir Ma chaîne Sport (MCS) comme second diffuseur. A la surprise générale, MCS, du groupe Numéricable, fut recalé alors qu’Eurosport fut reconduit pour les deux prochaines saisons seulement. Frédéric Thiriez déclarait alors « nous gardons ces matchs pour la future chaîne du football professionnel ».
La posture est curieuse mais la LFP estime que le dispositif actuel n’offre pas assez de visibilité et ne rassemble pas assez d’abonnés. Elle anticipe aussi les futures négociations de son produit vache à lait, la Ligue 1. Le désengagement d’Orange ayant été annoncé par Stéphane Richard, il est impératif de stimuler la concurrence afin de maintenir le niveau de ressource actuel : 668 millions € par an pour le territoire français.
Les conséquences du désengagement d’Orange
Annoncé par Stéphane Richard, pdg du groupe France Télécom, peu de temps après son investiture, ce désengagement a mis en émoi le monde du ballon rond. Il n’est pas total puisque le groupe entend garder les droits mobiles mais souhaite se séparer de la V.O.D (vidéo à la demande) et du match du samedi soir. Le manque à gagner pour la LFP est de 153 millions d’euros soit le montant des pertes enregistrées par Orange Sport.
Nous vous révélions la probable cession du portefeuille d’abonnés (environ 340 000) et des droits d’Orange à ESPN, filiale de Disney. Après le rachat en 2009 des droits de retransmission de certains matchs du championnat anglais au groupe irlandais Setenta sport, ESPN désire poursuivre son expansion européenne . L’annonce de ces négociations est fort bien perçue du côté de la ligue. Elle apprécierait l’arrivée d’un nouvel opérateur capable de doper la concurrence sur le territoire national et de lui ouvrir les portes d’un marché international, exploité à l’heure actuelle par une filiale de Canal+ pour seulement 22 millions d’euros par saison, quand la première ligue anglaise perçoit plus de 300 millions d’euros par an.
Si cette opération échoue, la LFP ne pourra pas se reposer sur Canal+ qui ne versera pas plus de 465 millions d’euros par an et qui ne devrait pas reproduire le montage entre TPS Star (filiale de canal +) et Orange cinéma (autre filiale dont Stéphane Richard voulait se séparer).
Les options sont dès lors limitées :
La LFP rachète le portefeuille d’Orange en lui apportant les contenus Ligue 2 inexploités.
Un nouvel opérateur répond à l’appel d’offre. Mais s’alignera-t-il sur les tarifs exigés par la LFP ?
La Ligue mise sur sa chaîne CFOOT pour compenser le manque à gagner. Solution délicate puisque la TNT payante peine à convaincre les foyers, que la LFP se lancera avec un produit (la Ligue 2) peu médiatique, qu’elle sera concurrencée par des chaînes de clubs (OM tv, OL tv) et par Onzéo, chaîne fondée par Gervais Martel et Bernard Caïazzo. Enfin, le coût d’acquisition d’un abonné ( entre 250 et 300 d’euros) mobilise un budget marketing considérable.
Une dernière solution, mise en évidence par Michel Seydoux, consiste à s’appuyer sur des sociétés spécialisées dans la gestion de droit sportif comme Sportfive, filiale du groupe Lagardère. En Italie, ce système fonctionne : Infront media verse chaque année 900 millions d’euros à la ligue italienne pour une gestion totale des droits quel que soit le support de destination (web, mobile, tv...) et sans restriction géographique.
L’unique expérience étrangère
Le projet de la LFP n’est pas un cas isolé. La ligue néerlandaise a lancé en 2008 sa chaîne « Live Eredivisie » en partenariat avec Endemol. 500 000 abonnés ont été séduits pour un panier moyen oscillant entre 10 et 15 €. L’objectif affiché au lancement de la chaîne ne sera probablement pas atteint. Il suppose 100 000 abonnés supplémentaires sur les trois prochaines saisons alors que la campagne de recrutement stagne. Cette expérience est néanmoins un succès puisque les programmes s’enrichiront de coupes européennes ainsi que des championnats locaux et que la chaîne est distribuée par tous les opérateurs privés hollandais.
Pour autant, les disparités sont importantes entre nos deux systèmes. Un monopole de la LFP sur la diffusion n’est pas envisageable en France. Le modèle hollandais a donc le mérite d’ouvrir une voie intéressante pour tous les détenteurs de droits qui peinent à valoriser leurs contenus auprès d’opérateurs traditionnels, mais il n’offre pas les garanties nécessaires pour sortir le football français de sa tourmente actuelle.
