Bière, pizza et lunettes 3D
L’arrivée annoncée de la télévision en 3D dans nos salons fait déjà rêver les amateurs de films d’action et de ballon rond. Mais entre le prix de l’équipement et la faiblesse des contenus disponibles, les early adopters pourraient être déçus.
« Chérie, elles sont où les lunettes 3D ? » D’ici quelques mois – ou années – cela pourrait devenir la phrase rituelle du dimanche soir avant le match, une fois les potes installés et les canettes dégoupillées. Car depuis la fin de l’année 2009 et le succès titanesque d’Avatar, tourné en 3D relief, les communiqués des fabricants de télévision se suivent et se ressemblent. Dès le printemps 2010, les premiers téléviseurs 3D, accompagnés de leurs fameuses lunettes, arriveront en grande pompe sur le marché français. Samsung, Panasonic, et LG ont déjà annoncé des dates de sortie. Sony, qui privilégie le marché nippon, prévoit que ses premiers modèles seront disponibles pour la Coupe du Monde 2010.
Tous promettent d’ores et déjà une pléthore de contenus disponibles : une quinzaine (!) de films 3D en Blu-Ray pour bientôt, dont le fameux Avatar ; la mise à jour cet été de la firmware de la PlayStation 3, la rendant ainsi stéréo-vision compatible ; la prochaine « reliefisation » des grands classiques du cinéma par un studio indien ; la captation 3D d’une partie des matches à Johannesbourg...
100 euros la paire
Mais pour profiter de ces contenus, il faudra bien sûr sortir le chéquier. Entre 1500 et 3000 euros le téléviseur, à la louche, sans compter le prix des paires de lunettes supplémentaires (100 euros la paire chez Sony, 200 euros les quatre chez LG electronics) pour pouvoir se faire un film entre amis. En effet, deux grands standards s’affrontent en matière de télévision en trois dimensions : le polarisé, qui s’utilise avec des lunettes dites passives, peu chères, impose aux fabricants de téléviseurs de revoir toute leur chaîne de fabrication en modifiant leurs dalles et en ajoutant des filtres polarisants. Ils lui ont donc préféré le « shutter », où l’essentiel du travail est fourni par la paire de lunettes, bijou de technologie synchronisé au téléviseur. Conséquence logique : le consommateur devra remettre la main au porte-monnaie s’il souhaite profiter de son équipement rutilant à plusieurs. Et pas question que le copain équipé LG arrive avec sa paire de lunettes chez le propriétaire d’un Samsung.
Du côté des diffuseurs pressentis en revanche, la ruée vers la 3D n’est pas encore une réalité. « La presse s’est un peu emballée en parlant de la chaîne 3D de Canal. Les fabricants sont enthousiastes, c’est normal, mais de notre côté, nous ne sommes pas encore prêts », explique-t-on chez Canal. Si le groupe mène des tests depuis un an déjà, il lui reste encore beaucoup de travail. Pour des raisons de débit, le vecteur sera probablement le satellite ; les derniers modèles de décodeurs sont déjà compatibles, mais à part ça, rien n’est décidé. Chaîne dédiée ou VOD ? Faut-il revoir la façon de filmer ? Quels programmes proposer ? Faut-il encore qu’ils soient en quantité suffisante. Et à quel horizon ? Le groupe Canal assure n’avoir aucune idée de la date de lancement de son service 3D. Et la Coupe du Monde n’est certainement pas une date butoir. Comme avec la HD il y a quatre ans, les early adopters, s’ils croient pouvoir dès maintenant voir le ballon crever l’écran, risquent fort de déchanter.
