Baroin a tout compris au "stress test" des banques
Hier soir, l’European Bank Authority (EBA) a publié les résultats d’un « stress test » concernant quatre-vingt-dix banques européennes. Huit banques ont échoué, seize sont à la limite. Les quatre uniques banques françaises présentées ont réussi le test. Aussitôt, François Baroin s’est félicité de ces résultats sans prendre la mesure de ce qu’ils signifient. La réalité est tout autre.
Le cadre du « stress test »
Le but de ce test est de savoir si le « core tier 1 » d’une banque (noyau dur des fonds propres) est suffisant face aux actifs qu’elle détient. En clair, il s’agit de déterminer si les banques n’ont pas abusé du recours au financement par de la dette, plutôt que d’augmenter leur capital pour acquérir des actifs.
Les critères utilisés par l’EBA sont largement en deçà de ceux du comité de Bâle III. L’EBA demande un ratio fonds propres / actifs de 5%, alors que Bâle III impose 7% et que les financiers considèrent en général qu’un ratio de 8% est plus prudent. Il faut savoir que Bâle III recommande à partir de 2019 un tier 1 à 8,5%.
En termes de simulation, l’EBA a retenu un contexte macro-économique qui se détériore sur les plans de la croissance, du chômage et des prix de l’immobilier. Le scénario choisi oblige à provisionner en vue de problèmes sur les dettes souveraines et sur l’exposition aux banques en difficulté. L’EBA n’a volontairement pas pris en compte la possibilité d’un défaut sur une dette souveraine, préférant retenir des changements de taux et une volatilité sur les spreads (écart entre le taux de la BCE et le taux réel d’emprunt d’un Etat sur les marchés). Cette option, de ne pas tenir compte du défaut possible de la Grèce ou d’un autre pays, est peut-être l’élément le plus controversé du test. Car les conséquences peuvent aller bien au-delà d’un situation macroéconomique désastreuse. Une dépréciation d’actifs est une perte sèche qui affecte généralement le cours de bourse pour les banques cotées et par conséquent la valorisation des fonds propres.
Le choix des banques qui ont participé au « stress test » est surprenant. La France présente quatre banques, l’Allemagne douze et l’Espagne vingt-cinq.
On peut donc dire raisonnablement que ce « stress test » se classe dans une catégorie peu exigeante, puisque les critères sont en-dessous de la moyenne et que le contexte tient compte de façon indirecte de la crise des dettes souveraines.
Les résultats
Première constatation : même avec de tels critères cinq banques échouent au test et seize sont à la limite. Ce qui revient à dire que si l’on tenait compte des possibilités de défaut de certains pays de la zone euro, on n’ose imaginer le résultat.
Le Crédit Agricole obtient 8,5%, la BNP 7,9%, la BPCE 6,8% et la Société Générale 6,6%.
L’agence Reuters, en simulant ce « stress test » avec les critères de Bâle III (7%), fait tomber 41 banques sur 90 (dont deux françaises). Si l’on applique le ratio à 8%, c’est 53 banques qui ne remplissent plus les critères.
Pour rattraper ces situations de péril, il faut recapitaliser ces banques. Dans le meilleur des cas, on parle de 2,5 milliards d’euros. Mais à 8%, on monte à plus de 100 milliards d’euros.
Même si ces chiffres peuvent paraître alarmants, le système bancaire européen évolue dans la première zone économique de la planète et compte de très belles institutions qui ne sont pas près de chuter. Le risque vient généralement par surprise ; du moins c’est ce que l’on croit. Par exemple, lors de l’affaire Kerviel, la Société Générale a failli couler corps et biens à cause d’un problème interne d’incompétence et de malveillance. La perte potentielle en actifs représentait environ 140% des fonds propres de la banque. Il semble que la leçon Kerviel n’ait pas porté ses fruits à la Générale puisque la banque navigue toujours à la limite des ratios et qu’elle n’hésite pas à s’exposer significativement sur la Grèce.
De l’utilité d’un tel test
Le discours du Ministre des Finances, François Baroin, commentant le test de l’EBA, est un anachronisme complet au regard de la situation financière que vit l’Europe. Lundi 11 juillet, François Baroin et ses collègues européens ont brillé par leur échec dans la résolution du problème grec. Vendredi, Angela Merkel, après avoir refusé tout sommet européen, confirmait son refus de la mise en place d’un Eurobond (lire notre précédent article). Cette déclaration, passée plus ou moins inaperçue, marque pourtant un choix délibéré de l’Allemagne de s’éloigner de l’Europe politique et des notions de solidarité tant nécessaires ces jours-ci.
Les banques seraient-elles si peu corrélées au contexte économique ?
François Baroin n’a pas compris ce qui s’est passé cette semaine pour déclarer sa satisfaction face aux résultats des banques françaises qu’il considère comme parmi les meilleures au monde. Cette affirmation est audacieuse si l’on regarde les chiffres du test qui donne des performances bien supérieures à bon nombre de grandes banques européennes (HSBC, BBVA, Banque d’Etat du Luxembourg, Rabobank).
Ce « stress test » présente deux intérêts. Il a permis à François Baroin de clôturer de manière positive une semaine noire. Le Ministre des Finances a rassuré une opinion publique qui ne comprend rien à la crise de la dette et encore moins au ratio « core tier 1 »/actifs. En effet, la seule chose qui intéresse l’utilisateur des banques et de savoir si l’argent déposé est encore là le jour où il veut le retirer. Si François Baroin respire face aux résultats du "stress test", c’est qu’à ses yeux le spectre de voir l’Etat français (c’est-à-dire le contribuable en dernier ressort) garantir les dépôts (70.000 € par déposant en cas de faillite d’une banque), s’éloigne.
Le deuxième intérêt de ce test s’adresse plus aux analystes financiers puisque les banques ont fait preuve d’une transparence assez poussée sur le détail de l’exposition de leurs actifs. Il eût été intéressant de voir le reste des banques françaises et non pas seulement quatre, afin de se faire une opinion exhaustive.
Le vrai test, celui qui va faire vivre à François Baroin, une montée d’adrénaline comme il n’en a jamais connu, c’est le test grandeur nature. Ce test pour lequel il a exigé sa nomination à Nicolas Sarkozy en "se roulant par terre". Cet instant où la peur vous aspire de l’intérieur car vous ne contrôlez plus rien. Celui qui fait se former des queues devant les banques.
Ce jour-là, il lira attentivement les données et sera peut-être plus sérieux.



