BFM TV accuse CanalSat de manipuler l’audience
Alain Weill, le patron de NextRadioTV a annoncé lors d’une conférence de presse son intention d’engager des recours contre le groupe Canal+ devant le tribunal de commerce, l’autorité de la concurrence et le Conseil supérieur de l’audiovisuel. Depuis le 22 octobre, le décodeur CanalSat se rallume automatiquement par défaut sur la chaine iTélé, selon le patron du groupe éditeur de BFM TV.
C’est l’histoire d’un consommateur lambda abonné à CanalSat qui depuis quelques semaines, s’endormirait sur les infos de BFM TV et le lendemain rallumerait son décodeur sur iTélé sans avoir rien touché… Dans une conférence de presse lundi, assortie d’une démonstration du décodeur en question, Alain Weill, le patron du groupe NextRadioTV s’est élevé contre cette pratique déloyale de la part de CanalSat, soulignant que " c’est exactement comme si, le matin, alors que vous allez acheter Le Monde, on vous mettait Le Figaro dans la main ! ". L’illustration du mécanisme n’est effectivement pas sans conséquence sur les audiences quand on considère que les abonnées Canalsat représentent 5 millions de foyers et pas moins de 20% du Panel Médiamétrie. Pour BFM TV, ces mesures d’audience sont désormais faussées. " Il suffit de rester dix secondes sur une chaîne pour être comptabilisé par Médiamétrie " insiste Alain Weill, le patron de NextRadioTv (dont RMC, BFM Radio et BFM TV) qui souligne la hausse de l’audience d’iTélé depuis la mise en place du système.
BFM TV a donc décidé de réagir et demande au groupe Canal + de stopper cet "abus". Très indigné, parlant de " manipulation d’audience ", de " martingale ", de " préjudice considérable " et " d’une première dans l’histoire de la télévision française depuis l’ORTF ", le patron du groupe NextRadioTV a donc annoncé son intention de porter plainte contre Canal Sat " devant le tribunal de commerce, l’autorité de la concurrence et le Conseil supérieur de l’audiovisuel ". Alain Weill a également demander à Médiamétrie de ne pas prendre en compte les mesures d’audiences de novembre. Pour autant, Médiamétrie n’entend pas intervenir dans la querelle qui oppose les deux groupes, estimant qu’il s’agit dans cette affaire d’ "une question d’ordre concurrentiel entre les deux chaînes, excluant toute implication de Médiamétrie avant la mise en place d’une décision de justice ". Et de souligner au passage qu’il " n’existe pas d’audiences artificielles " , seuls " les abus sont répréhensibles et non la position dominante d’un distributeur ". Or, selon un expert des questions d’audience il existerait néanmoins " un petit logiciel que l’on peut télécharger sur le décodeur et qui permettrait à un distributeur de chaines de le contrôler ". CanalSat se serait-il essayé à ce genre de pratiques ?
A titre expérimental
Pour l’heure, l’opérateur se défend de l’accusation de son concurrent, déclarant qu’il "s’étonne de la campagne de dénigrement dont il est l’objet de la part de BFM TV ". CanalSat ne se démonte pas et déclare vouloir : "rester libre de sa politique marketing". Et pourtant, le distributeur avoue à demi-mot avoir eu de tels comportements : "CanalSat mène à titre expérimental, comme il le fait régulièrement, et pour une durée limitée une opération marketing sur une fraction de ses abonnés. Cette opération sans incidence sur le marché publicitaire, se limite aux abonnés par satellite qui éteignent régulièrement leur décodeur soit une faible proportion d’entre eux. Les spectateurs d’i>Télé par ADSL, câble ou TNT ne sont, en outre, pas concernés. Au total, cela représente 1,8 million de foyers sur les 48,6 millions de téléspectateurs qui reçoivent i>Télé et BFM TV. Cela ne peut en aucun cas constituer une manipulation d’audience ni, encore moins, remettre en cause le pluralisme de l’information. » Ajoutant également qu’il " poursuivra, comme par le passé, des opérations de ce type, y compris avec d’autres chaînes et services. "
Pour Alain Weill, " cette pratique, qui s’apparente à un bourrage d’urne, est inacceptable dans un paysage régulé par une autorité indépendante ".
Le groupe NextRadioTV estime également que la concurrence, tout en restant " nécessaire ", " souhaitable " et « utile », doit être avant tout " loyale", en particulier entre deux rédactions qui se respectent.
BFM TV devrait porter l’affaire devant un tribunal de justice d’ici la fin de la semaine.
