Associated Press dans les limbes
D’un côté, le bras de fer entre agences de presse, moteurs de recherche et médias en pleine crise, de l’autre, la précarité croissante des correspondants étrangers : au milieu, la rédaction française du bureau parisien d’Associated Press attend de savoir à quelle sauce il sera mangé.
« À vendre »
On entend depuis deux ans que la rédaction parisienne d’Associated Press est à vendre. Le service français de AP a en effet été la cible d’un projet de reprise du tandem Bertrand Eveno, ancien patron de l’AFP, et Vincent Bolloré. Projet auquel la rédaction s’est opposée, « même s’il est en théorie impossible de s’opposer a une cession », et semble t-il, obtenu gain de cause, explique Thibault Leroux, chef du service étranger et représentant du personnel. Depuis, les rapports de force se succèdent, plusieurs projets de reprise ont capoté, on évoque des hypothèses, des discussions et un projet de restructuration. Mais pour l’instant, « tout est suspendu ». Cette indécision, « très dure », qui se prolonge indéfiniment, concerne une équipe d’une trentaine de journalistes avec des pigistes. La rédaction francophone dans l’expectative, qui continue de fonctionner avec des moyens réduits, sait qu’elle ne fait plus partie des plans d’AP. Ce n’est pas faute d’avoir proposé des pistes. Pour Thibault Leroux, « Nous sommes potentiellement performants : il faut un nouveau départ, une vraie politique et des investissements. L’avenir n’est peut-être pas chez AP. »
« Aggiornamento »
Ce statu quo a lieu dans le contexte d’une crise plus vaste au sein de l’agence de presse américaine, qui a, pour la première fois cette année, perdu de l’argent. Son équipe parisienne se trouve prise entre plusieurs feux et tributaire de facteurs aggravants : les moteurs de recherche et medias en crise récalcitrants, et la situation difficile des correspondants étrangers.
Ainsi, à Noël, Google News avait interrompu la publication d’articles émanant d’Associated Press. Le bras de fer s’est résolu ces jours-ci avec Google (même si l’on ignore la durée de l’accord), ainsi qu’avec Microsoft. AP a également signé avec Yahoo ! le renouvellement de ses ententes de licence. “Les dirigeants de AP ont expliqué qu’elle devait tirer plus d’argent de l’utilisation en ligne de ses textes,” selon une dépêche. Or, afin d’alléger leurs coûts, de plus en plus de medias essayent de faire sans les agences de presse (sans AFP dans la presse quotidienne régionale, par exemple). Contrairement à Reuters ou l’AFP, Associated Press est une coopérative qui appartient des journaux américains (ce qui représente 40% de ses revenus) et certains de ces membres, crise oblige, s’en sont dégagés, ce qui représente une perte de 45 millions de dollars. Le groupe américain Tribune, a été le premier à tenter l’expérience.
Un aggiornamento général où « tout est examiné et repensé » dans l’entreprise a lieu actuellement. « Ils veulent étouffer la concurrence, être présents partout, » mais en même temps AP n’a plus les moyens de son développement, notamment pour les services de langue. Au lieu de cela, l’agence se voit forcée de revenir à l’anglais, son marché captif. Les projets de services en arabe et en chinois sont gelés. La vente du service allemand a eu lieu. Ce sont les bureaux étrangers qui souffrent puisque l’objectif d’AP a été de réduire ses effectifs de 10% en 2008.
Associated Press n’est pas prêt de disparaître même si ses difficultés l’obligent à se recentrer sur l’anglais. Ce qui pose la question plus générale de l’avenir, déjà menacé un peu partout, des services détachés et autres correspondant de presse à l’étranger –une denrée rare.
*Une dizaine officient au desk international, en anglais.
