Arte immerge le documentaire dans le Net
La chaine franco-allemande Arte a mis en ligne lundi 22 février dernier une plateforme dédiée à un nouveau format : le webdocumentaire. Avec « Havana-Miami », un webfeuilleton qui traite des Cubains de la Havane et de Miami, Arte exploite le projet cross-média sous un jour plus novateur que jamais avec une découpe à l’épisode, livré à l’interactivité et la puissance de réaction du web.
Arte, la chaîne de télévision franco-allemande mise sur les webdocumentaires et vient de lancer le 22 février 2010, une toute nouvelle forme de documentaires vidéo diffusée sur sa plateforme, assurant une place à la participation des internautes qui peuvent commenter et débattre en temps réel sur tous les programmes en ligne.
Terminé le temps où seul le point de vue du journaliste et/ou réalisateur primait. Le principe de ces reportages multimédias (ou cross-média) est d’allier récit, photo, vidéo et audio à la réalisation, mais aussi de favoriser l’interactivité et de confronter les points de vue des uns et des autres. En effet, le webdocumentaire n’impose pas de narration linéaire à l’internaute. Au contraire, il lui permet de choisir un thème, de suivre un personnage ou encore s’arrêter sur un passage de la narration qu’il souhaite contester ou étayer à l’aide de ses propres sons ou vidéos.
Gaza-Sderot
Question "webdoc", la chaîne culturelle Arte n’en est pas à son premier galop d’essai. Pionnière en la matière, elle a déjà produit, depuis 2008, six récits journalistiques et fictionnels à raison de 2 millions d’euros par an de budget dédié à sa plateforme internet, soit pas moins de 390 000 euros annuels ! Chaque projet est financé autour de 250 000 euros, la chaîne mettant entre 80 000 et 100 000 euros sur chaque documentaire ou fiction. « Nous considérons, explique Joël Ronez, responsable du pôle Web d’Arte France, que l’internaute mérite plus que de simples contenus de rattrapage, ou des vidéos de chiens faisant du vélo. En tant que diffuseur public, nous devons offrir des contenus de qualité quelque soit le réseau de diffusion ».
Avec un budget de 216 000 euros et produit il y a deux ans, Gaza-Sderot, des chroniques sur la vie quotidienne à Gaza, en Palestine, ainsi qu’à Sderot en Israël, a été un véritable succès comptabilisant un million de visionnages, malgré son caractère expérimental au niveau de la production cross-média. « On a vraiment commencé à développer un format innovant et inédit, avec des formes d’écriture et de narration jamais tentées à ce niveau », explique Joël Ronez.
Mis en ligne sur http://webdocs.arte.tv le 22 février dernier, Havana Miami, les temps changent est le documentaire le plus abouti de son type. « Havana Miami sera ce que les internautes en feront », souligne Serge Gordey, le producteur. Déjà diffusé sur le web, il constituera, à terme, la base d’un documentaire télé de 52 minutes.
Budgété 420 000 euros, ce webfeuilleton offre à travers une série de portraits, la vision de jeunes cubains restés sur l’île castriste face à ceux qui ont émigré en Floride. Les internautes pourront réagir et commenter ce portrait d’une génération qu’ils découvriront en temps réel sur le web. Pendant trois mois, des équipes locales produiront chaque semaine six vidéos, diffusées quelques jours après avoir été filmées.
Si Arte tourne son ambition vers le web, la plateforme reste néanmoins encore loin de se suffire à elle-même. Pour exemple, Havana Miami a bénéficié du soutien financier de la Télévision Suisse Romande et le responsable est ouvert à la vente de certains programmes sur les marchés internationaux.
Parmi les six à huit nouveaux projets prévus pour 2010, un autre webdocumentaire, Prison Valley, un road-movie participatif sur l’industrie de la prison, sera prochainement mis en ligne le 15 avril .
