Apple, une Keynote pour l’histoire... Ou pas !
Apple est au cœur d’un paradoxe. La capitalisation boursière de la société s’est envolée, dépassant celle du vieux rival Microsoft, les ventes de ses appareils battent record après record, à chaque trimestriel, mais pour autant la stratégie de la firme est largement discutée, voire disputée et critiquée dans bien des cas. Une mise au point est nécessaire, bien que les marchés aient depuis quelques mois donné aux stratèges d’Apple un véritable blanc seing.
Aujourd’hui à partir de 19 heures, Steve Jobs sera sur scène face aux développeurs Apple pour se livrer à son exercice favori : une déformation globale du champ de la réalité aussi appelée "keynote". Seront alors dévoilés les prochains objets du culte "pommé"... Cela fait, tous les experts du secteurs attendront que le patron d’Apple se compare à ses rivaux, histoire de rendre coup pour coup, après les attaques relativement directes administrées par Google lors de la dernière conférence du géant de Mountain View.
Il y aura un nouvel iPhone. Tout le monde s’accorde sur ce point - d’ailleurs les opérateurs ont devancé l’appel en proposant de fortes réductions sur le modèle actuel. Cette quatrième génération a ceci de particulier que ses caractéristiques ont été largement déflorées sur le Net. Sa forme se rapproche des standards de fabrication utilisés pour les MacBook, avec un cerclage d’aluminium renforcé par des cloisons de céramique - abandon du plastique bien fragile du 3Gs. A l’intérieur, la bête embarquera le fameux processeur A4, dévoilé pour la première fois avec iPad mais dont les caractéristiques techniques restent méconnues - Apple pousse à un abandon progressif de la bataille des chiffres -, sinon un appareil photo avec une meilleure résolution et une possible caméra en façade pour les visio-conférences. L’écran devrait adopter la technologie IPS, là encore pour répondre à un soucis d’homogénéisation avec iPad - rappelons, pour la petite histoire, que la création d’iPad a précédé celle d’iPhone, qui est de fait un iPad Nano doté de capacités GSM. Celui-ci est défini comme étant "haute définition", avec quelque chose comme quatre fois plus de surface que l’actuel. L’iPhone HD sera évidemment proposé avec iPhone OS4, qui apporte entre autre un support élargi du multi-tâches.
Stratégie mono-opérateur
Pour la suite, c’est le flou. Une fois iPhone HD révélé enfin officiellement, Apple se doit de surprendre pour éviter le blâme. Google arrive sur ses talons ! Les chiffres sont encore loin de donner le dessus au géant de la recherche, mais pourtant, la pomme se doit d’apporter une réponse convaincante. La présence d’Android, le système d’exploitation pour les mobiles de Google, se fait de plus en plus forte aux Etats-Unis, notamment grâce à des opérations promotionnelles généralisées, ou des investissements conséquents de Motorola. L’offensive peut paraître encore bien faible, elle jette sans conteste une ombre sur la stratégie mono-opérateur d’Apple. Si AT&T se montre très satisfait par ce partenariat, il est clairement, à l’heure actuelle, une pierre dans la chaussure d’iPhone. Une annonce en ce sens ne serait pas de trop. Et que ce soit Verizon ou Sprint, les concurrents d’AT&T n’attendent que ça pour mettre la pédale douce sur les autres offres de smartphones, en attendant que débarque Microsoft et son Windows Phone, qui sera sans doute l’occasion d’un déversement de centaines de millions de dollars en publicité et promotions en tous genres.
Apple ne pourra pas non plus faire l’impasse sur une révision majeure de son service MobileMe. Il est payant depuis sont lancement, pour une valeur ajoutée encore peu lisible pour le grand public comparé à des équivalents gratuits, dont celui proposé par Google. De MobileMe découle toute la stratégie "cloud computing" de la firme de Cupertino. Or sur ce terrain, les démonstrations ou les stratégies proposées par Google, Microsoft, Apple ou des pure player comme Spotify et Deezer sont encore loin de convaincre. Il y a des raisons évidentes à cela, notamment le fait que la synchronisation en local des contenus multimédias apporte encore bien plus d’avantage que le "cloud" - surtout lorsqu’il s’agit d’apporter un service grand public.
80 millions
Qu’en sera-t-il de la fameuse régie iAd ? Cette dernière pourrait en effet très vite devenir le principal élément de dispute entre Apple et Google. Car, si jusqu’à présent c’est bien Google qui est venu marcher sur les plates-bandes d’Apple, cette fois, iAd est une véritable déclaration de guerre. Apple prépare en effet l’arme absolue de la publicité sur les mobiles, avec un parc déjà installé de 80 millions d’appareils connectés équipés d’iPhone OS dans la monde. Mais les modalités restent encore floues, et prudente, la Pomme a laissé entendre qu’elle était encore en phase de rodage. Le milieu de la publicité est sans conteste la pire "mafia" à laquelle Apple s’est frottée depuis longtemps. Des réseaux internationaux de communication à la petite structure locale, en passant par les agences conseil en média, la toile est finement tissée. Un faux pas et l’architecture iAd tomberait dans l’ornière. Cette keynote est de toute manière la bonne occasion pour en dire plus sur ce dossier, puisque la régie mobile d’Apple devrait rapidement devenir l’une des premières sources de revenus pour les développeurs qui proposent gratuitement leurs applications sur iPhone OS.
Et pour ce qui est de la surprise ? Certains spéculent sur un tout nouveau Apple TV. Mais est ce que cela sera suffisant pour éviter à cette keynote d’avoir un goût de trop peu ? Safari devrait logiquement passer en version 5, apportant son lot d’améliorations, optimisations et nouvelles fonctionnalités, mais là encore, ce serait bien insuffisant. Réponse dans une heure. A San Francisco, le Moscone Center se remplit déjà, et il y a foule, car aujourd’hui, encore une fois, la planète média ne peut tourner sans un signe d’Apple.
