Amorçage des start-ups : le mythe du tous entrepreneurs (Episode 1)
L’accès à l’entrepreneuriat n’est pas qu’une question de financement, loin de là, comme nous le développons dans ce premier volet de notre dossier sur l’amorçage des start-ups.
On a beau dire, on a beau faire : le soutien aux start-ups innovantes en France est médiocre et aucune solution durable ne pointe à l’horizon. L’une des raisons de cette médiocrité est la conviction généralisée - tant du côté des entrepreneurs que des organes de financement - que ce dont les start-ups ont besoin pour démarrer, c’est de l’argent ! Mais... prêts à peu chers, investissement en actions, subventions, soutiens temporaires à la trésorerie ne suffisent pas et ne suffiront jamais. surtout, si l’on veut démocratiser la fonction d’entrepreneur ; la rendre accessible au plus grand nombre.
Sans connexions, pas d’accès à l’entrepreneuriat
Des entreprises nouvelles, il y en a toujours eu, de tout temps : notre époque n’a pas inventé l’innovation. Et de tout temps ces entreprises ont réclamé des investissements, parfois considérables. Il suffit de penser aux grands voyages de Colomb et de Drake pour s’en convaincre, ou encore de regarder du côté de l’amorçage de l’imprimerie ; des futures grandes banques. Ces "amorçages" étaient réservés à une caste d’hommes.
Ceux qui savaient et qui connaissaient, qui avaient un "network", souvent grâce à leur famille ou à leur pairs, des informations confidentielles non seulement sur ces possibilités d’investissement, mais aussi sur le fonctionnement du commerce. Pour ces mêmes raisons, ils étaient déjà entourés d’avocats, pourvus d’hommes de main prêts à aller réclamer leur dû, d’amis qui leurs apportaient des affaires, et prenaient une tranche au passage.
Un rêve égalitaire
De nos jours toutes traces de ce népotisme a disparu, n’est-ce pas ? Nous voulons croire que l’entrepreneuriat, comme le reste, est accessible à ceux qui ont une bonne idée et pas seulement à condition qu’ils soient nés sous une bonne étoile et une cuillère d’argent dans la bouche. C’est bon pour la démocratie, et pour l’économie : il ne faut surtout pas réserver cette carrière aux seuls connectés, à ceux qui ont reçu une entreprise de leur père ou dont la famille a déjà un long historique et un carnet d’adresses à rallonge.
L’entrepreneuriat ouvert à tous, c’était un gage de dynamisme, un pilier de l’économie. Enfin, c’est ce que nous voulons croire, et que l’on nous chante sur tous les tons !
D’ailleurs les Etats-Unis enfoncent le clou de ce rêve égalitaire. Tous ces pionniers "aventuriers" qui réalisent leur American Dream tout en faisant vivre la patrie de l’Oncle Sam ! D’abord il y eut ceux qui ont créé Hollywood envers et contre les grandes fortunes "réseautées" de l’East Coast et qui, rappelons-le, s’étaient installés à l’Ouest non pas seulement pour profiter du soleil californien, mais surtout pour être hors de portée juridique des licences Kodak sur les pellicules.
Une vraie histoire de renouveau. Puis, 50 ans plus tard, il y eut ceux qui ont bidouillé l’informatique, les outils du web, le numérique, dans leur garage, qui ont été financés par Wall Street et la Silicon Valley. Certainement... Sauf que Bill Gates est tout de même le fils d’un avocat ultra connecté, dont la "law firm" Preston Gates Ellis est l’une des plus grandes de Seattle. Et qu’à bien fouiller, on trouverait moult entailles dans la perception romanesque de ces entrepreneurs né dans un "garage".
L’entrepreneuriat demeure une discipline élitiste
A force de croire que les rêves sont déjà réalisés, on accepte subrepticement la médiocrité. A force de nous convaincre que l’entrepreneuriat est déjà accessible à tous, nous nions un idéal et nous permettons aux élites de conserver leurs privilèges en toute bonne conscience.
Faut-il donc le redire, tout cela est faux : l’entrepreneuriat demeure une discipline d’élite, parsemée ici et là d’histoires à la Benetton ou à la Berlusconi : celles de ploucs italiens qui ont réussi en maltraitant les autres. Les Benetton en inventant le système de franchise, qui est un attrape nigauds, et Berlusconi en prenant toute une nation en otage, ou presque.
Car pour être pleinement entrepreneur, il faut, dès le lancement de son "business", non seulement pouvoir se financer, ce qui est une gageure, mais aussi, et peut-être surtout, être conscient de nombreux éléments juridiques, sociaux, d’évaluation des risques, de gestion. Et pouvoir les mettre en oeuvre, ce qui est éminemment difficile. Car le coeur battant d’une entreprise naissante n’est pas dans la recherche de fonds et encore moins dans la gestion administrative, mais dans un produit nouveau, qui a besoin d’autant d’attentions qu’un nouveau-né.
Solutions cataplasmiques
En un mot comme en 100, faire naître et garder en vie une entreprise est déjà difficile pour un fils-à-papa. Le faire sans l’entourage rassurant et utile de savants connectés est encore plus compliqué. Et si le thème de l’accès égalitaire au droit d’entreprendre est important, alors il faut trouver des solutions, des vraies.
Et, comme nous le développerons dans un autre article, la mise en place de financements par l’Etat, telle que la banque publique d’investissement que François Hollande songerait à mettre en place, n’est pas nécessairement la bonne réponse, et doit en tout état de cause être accompagnée d’autres mesures. Car les jeunes entreprises innovantes n’ont pas seulement besoin de financement, mais aussi d’accompagnement administratif et de gestion, et aussi parce que, soyons honnêtes, les outils de financement de l’Etat sont ouverts avant-tout à ceux qui savent les manier. Soit, bien souvent, l’élite.
