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Amorçage des start-ups : le mythe du tous entrepreneurs (Episode 1)

Le 08 Décembre 2011 dans Le_Flouze par Isabelle Otto

L’accès à l’entrepreneuriat n’est pas qu’une question de financement, loin de là, comme nous le développons dans ce premier volet de notre dossier sur l’amorçage des start-ups.

On a beau dire, on a beau faire : le soutien aux start-ups innovantes en France est médiocre et aucune solution durable ne pointe à l’horizon. L’une des raisons de cette médiocrité est la conviction généralisée - tant du côté des entrepreneurs que des organes de financement - que ce dont les start-ups ont besoin pour démarrer, c’est de l’argent ! Mais... prêts à peu chers, investissement en actions, subventions, soutiens temporaires à la trésorerie ne suffisent pas et ne suffiront jamais. surtout, si l’on veut démocratiser la fonction d’entrepreneur ; la rendre accessible au plus grand nombre.

Sans connexions, pas d’accès à l’entrepreneuriat

Des entreprises nouvelles, il y en a toujours eu, de tout temps : notre époque n’a pas inventé l’innovation. Et de tout temps ces entreprises ont réclamé des investissements, parfois considérables. Il suffit de penser aux grands voyages de Colomb et de Drake pour s’en convaincre, ou encore de regarder du côté de l’amorçage de l’imprimerie ; des futures grandes banques. Ces "amorçages" étaient réservés à une caste d’hommes.
Ceux qui savaient et qui connaissaient, qui avaient un "network", souvent grâce à leur famille ou à leur pairs, des informations confidentielles non seulement sur ces possibilités d’investissement, mais aussi sur le fonctionnement du commerce. Pour ces mêmes raisons, ils étaient déjà entourés d’avocats, pourvus d’hommes de main prêts à aller réclamer leur dû, d’amis qui leurs apportaient des affaires, et prenaient une tranche au passage.

Un rêve égalitaire

De nos jours toutes traces de ce népotisme a disparu, n’est-ce pas ? Nous voulons croire que l’entrepreneuriat, comme le reste, est accessible à ceux qui ont une bonne idée et pas seulement à condition qu’ils soient nés sous une bonne étoile et une cuillère d’argent dans la bouche. C’est bon pour la démocratie, et pour l’économie : il ne faut surtout pas réserver cette carrière aux seuls connectés, à ceux qui ont reçu une entreprise de leur père ou dont la famille a déjà un long historique et un carnet d’adresses à rallonge.
L’entrepreneuriat ouvert à tous, c’était un gage de dynamisme, un pilier de l’économie. Enfin, c’est ce que nous voulons croire, et que l’on nous chante sur tous les tons !
D’ailleurs les Etats-Unis enfoncent le clou de ce rêve égalitaire. Tous ces pionniers "aventuriers" qui réalisent leur American Dream tout en faisant vivre la patrie de l’Oncle Sam ! D’abord il y eut ceux qui ont créé Hollywood envers et contre les grandes fortunes "réseautées" de l’East Coast et qui, rappelons-le, s’étaient installés à l’Ouest non pas seulement pour profiter du soleil californien, mais surtout pour être hors de portée juridique des licences Kodak sur les pellicules.
Une vraie histoire de renouveau. Puis, 50 ans plus tard, il y eut ceux qui ont bidouillé l’informatique, les outils du web, le numérique, dans leur garage, qui ont été financés par Wall Street et la Silicon Valley. Certainement... Sauf que Bill Gates est tout de même le fils d’un avocat ultra connecté, dont la "law firm" Preston Gates Ellis est l’une des plus grandes de Seattle. Et qu’à bien fouiller, on trouverait moult entailles dans la perception romanesque de ces entrepreneurs né dans un "garage".

L’entrepreneuriat demeure une discipline élitiste

A force de croire que les rêves sont déjà réalisés, on accepte subrepticement la médiocrité. A force de nous convaincre que l’entrepreneuriat est déjà accessible à tous, nous nions un idéal et nous permettons aux élites de conserver leurs privilèges en toute bonne conscience.
Faut-il donc le redire, tout cela est faux : l’entrepreneuriat demeure une discipline d’élite, parsemée ici et là d’histoires à la Benetton ou à la Berlusconi : celles de ploucs italiens qui ont réussi en maltraitant les autres. Les Benetton en inventant le système de franchise, qui est un attrape nigauds, et Berlusconi en prenant toute une nation en otage, ou presque.
Car pour être pleinement entrepreneur, il faut, dès le lancement de son "business", non seulement pouvoir se financer, ce qui est une gageure, mais aussi, et peut-être surtout, être conscient de nombreux éléments juridiques, sociaux, d’évaluation des risques, de gestion. Et pouvoir les mettre en oeuvre, ce qui est éminemment difficile. Car le coeur battant d’une entreprise naissante n’est pas dans la recherche de fonds et encore moins dans la gestion administrative, mais dans un produit nouveau, qui a besoin d’autant d’attentions qu’un nouveau-né.

Solutions cataplasmiques

En un mot comme en 100, faire naître et garder en vie une entreprise est déjà difficile pour un fils-à-papa. Le faire sans l’entourage rassurant et utile de savants connectés est encore plus compliqué. Et si le thème de l’accès égalitaire au droit d’entreprendre est important, alors il faut trouver des solutions, des vraies.
Et, comme nous le développerons dans un autre article, la mise en place de financements par l’Etat, telle que la banque publique d’investissement que François Hollande songerait à mettre en place, n’est pas nécessairement la bonne réponse, et doit en tout état de cause être accompagnée d’autres mesures. Car les jeunes entreprises innovantes n’ont pas seulement besoin de financement, mais aussi d’accompagnement administratif et de gestion, et aussi parce que, soyons honnêtes, les outils de financement de l’Etat sont ouverts avant-tout à ceux qui savent les manier. Soit, bien souvent, l’élite.

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7 Commentaires

  1. Olivier le 12 décembre 2011

    Dire que tout le monde n’a pas les compétences pour être entrepreneur/dirigeant, c’est une chose. Dire qu’il faut absolument avoir ces compétences ET être un fils à papa ou être né dans le bon réseau pour réussir, c’est vraiment avoir une vision erroné de entrepreneuriat aujourd’hui...

    Vous semblez complètement ignorer la révolution Internet (ainsi que celle du logiciel libre) qui par son architecture même permet à de nombreuses personnes d’entreprendre et d’innover sans avoir à demander à qui que ce soit et à moindre coût. Bien sûr à un certain stade il y aura besoin de financement, mais il y a bien beaucoup plus d’opportunités de faire ses preuves indépendamment du contexte familial ou de ses connaissances...

    Quant à parler de discipline élitiste... Je dirai au contraire qu’être "fils à papa" n’aide sûrement pas pour entreprendre. Il faut vraiment "avoir faim", se démerder et ne pas avoir peur d’affronter de nombreux obstacles sans beaucoup d’aides pour réussir à entreprendre.

    Drôle de vision de entrepreneuriat que celle présentée dans cet article en tout cas...



  2. Stéphanie le 12 décembre 2011

    D’accord sur 3 points : tout le monde n’est pas fait pour entreprendre, et cela nécessite de l’argent, et un réseau.

    En revanche, de l’argent, cela se trouve "relativement" facilement en amorçage : Pole Emploi (15 à 24 mois de salaire), Oseo qui subventionne ou finance l’innovation (et quasiment toutes les créations relèvent de l’innovation : de service, de business model, de technologie) à hauteur de quelques centaines de milliers d’euros dans les premières années, et les réseaux tels Entreprendre ou Scientipole qui aident les créateurs avec des prêts d’honneur sans garantie personnelle.Pour tout ces financements, aucun besoin d’être "né" ou de faire partie de l’élite, un business plan qui reflète avant tout du bon sens, une connaissance de son marché et une vision à quelques années suffit. Il faut également être accrocheur, car les démarches sont longues et éprouvantes.

    Par ailleurs, ces réseaux ou organismes qui financent les 2-3 premières années d’une entreprise lui apportent également de la crédibilité, et l’accès à un carnet d’adresse de tous les anciens, très utile.

    Enfin, les entrepreneurs ne peuvent pas tout savoir, et les méandres de la fiscalité de l’innovation sont un gouffres de temps et d’énergie. Cependant, de très bons experts comptables maîtrisent ces sujets, et entourent les entrepreneurs sans les prendre à la gorge.



  3. Jean-Albert le 13 décembre 2011

    Aujourd’hui j’entreprends.

    Mon père est agriculteur, ma mère secrétaire à mi-temps. Pas de fils à Papa donc.Je n’ai pas hérité d’une tante américaine non plus.

    De l’argent ? Oui Pole Emploi pour 15 mois, mais surtout une envie énorme comme les bêtises que vous racontez dans cet article, de convaincre autour de mon projet, et ça marche.

    Peut être l’auteur est il un entrepreneur frustré...



  4. Isabelle Otto le 13 décembre 2011

    Merci pour votre commentaire Jean-Albert et bonne chance avec vos projets. Puissent-ils vous apporter moult satisfactions pour longtemps. Sinon ... l’auteur est un investisseur dans des start-ups, qui a vu, au cours de sa carrière, pas mal de projets ne pas tenir sur le long terme.



  5. caroline le 15 décembre 2011

    ohlalala, ça faisait longtemps que je n’avais rien lu d’aussi mauvais !je en sais pas si c’est pour faire polémique bon ton ou si c’est parce que vous n’avez rien compris, mais waouh, bravo.



  6. zoile le 17 décembre 2011

    Pfff ! Un article, mélange haineux, confus, qui pose mal le problème du financement de la Jeune Entreprise Innovante. En gros, la solution c’est le bolchevisme : on supprime les Koulaks et après on voit pour investir avec de jeunes entrepreneurs au coeur pur, qui partent de rien et qui battent des records dans leur production quotidienne de charbon. Et qui ramènent, enfin, de l’argent pur aux Business Angels désintéressés. Je vais tout de même apporter un peu d’eau au moulin de cet article stupide car il y a un vrai problème de perception de la société française et donc de nos hommes politiques sur l’entreprise : le "libéral" Serge Dassault qui défend bec et ongle son Rafale nous explique qu’il faut sauver 7000 emplois directs et indirects avec un avion génial dont personne ne veut. D’abord son avion, il ne vaut pas techniquement le F22 Raptor. Ensuite il est très cher, très très cher. (voir l’Usine nouvelle du 8 décembre) Et j’ai fait un petit calcul : en réinjectant l’argent du Rafale, 43,5 milliards d’euros, dans l’économie innovante des TPE, on arriverait à un résultat stupéfiant. J’ai créé 10 emplois industriels en 4 ans. Il faudrait donc 700 entreprises comme la mienne pour remplacer les emplois de Dassault, c’est pas insurmontable, c’est même rien du tout à l’échelle du pays, et ajouter 700 entreprises encore pour pouvoir dire qu’on a créé 7000 emplois avec le même argumentaire que Dassault. Donc 1400 entreprises qui se répartiraient une manne chacune de 30 millions d’euros de CA offerts par l’Etat. Si j’en étais là, je ne serais pas à 10 emplois. C’est ce qu’a compris depuis longtemps l’Etat américain qui est le premier financeur des entreprises innovantes, et le plus interventionniste au monde en apportant environ 800 000 dollars en moyenne de cash à la création de chacune des boîtes innovantes, et ce ne sont pas des réseaux de fils à papa qui en bénéficient. l’Etat Chinois, on le sait moins, fait à peu près pareil. Donc, de grâce ne mélangez pas un problème français, voire européen, avec les poncifs sur le capitalisme.



  7. Isabelle Otto le 11 janvier 2012

    "Poncifs sur le capitalisme" ou vérités dérangeantes pour le créateur d’entreprise de petite dimension que vous êtes ? Je parle de rêve égalitaire à réaliser et vous me critiquez pour le constat - réaliste et basé sur une expérience dont je ne peux pas donner le détail ici - que j’effectue. Je respecte vos 10 emplois en quatre ans, croyez-le, mais créer de toutes pièces une entreprise qui n’est ni artisanale ni de petite taille quand on est pas "du milieu" n’est pas chose facile à l’heure actuelle. Mon observation dérange mais est empirique : on peut soit l’accepter et essayer d’améliorer les choses, soit se voiler la face et laisser les choses en l’état. Vous parlez d’ailleurs vous-même d’améliorer la situation en transférant certains budgets de l’Etat vers les petites entreprises, ce qui me fait dire que vous n’êtes pas satisfait. Personnellement, je n’y crois pas : dépendre de contrats d’Etat, c’est bien là le bolchevisme. Ce qu’il faut sont des solutions simplifiant la vie du créateur de start up, lui permettant de trouver les moyens de sa croissance dans le PRIVÉ, l’accompagnant de manière administrative et dans sa gestion de trésorerie. Haineux ? Non je n’ai aucune haine. Juste de la conscience.



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