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Amanda Palmer : « Plus personne n’est propriétaire de la musique. »

Le 28 Avril 2010 dans So_cult’ par Clémentine Gallot

L’industrie de la musique voudrait bien retenir dans son giron les artistes qui, comme la chanteuse Amanda Palmer, lui échappent (derniers en date : Phoenix, Radiohead, Nine Inch Nails). Ces musiciens qui ont reconquis leur indépendance, ont pris en charge leur créativité et leur fanbase grâce au web.

Avant de rompre avec son label il y a quelques semaines, Amanda Palmer, 33 ans, a longtemps été la moitié du duo américain Dresden Dolls, du « cabaret punk brechtien », puis s’est lancée dans une carrière solo en 2008 avec un album, Who killed Amanda Palmer. Invitée du Midem à Cannes en février, Palmer, qui a plus de 400 000 followers sur twitter utilise avec inventivité les outils du web et a su catalyser une armée de fans autour de sa forte personnalité pour monétiser son art. Elle enchaîne les flashmobs organisés grâce à twitter, les webcasts gratuits et les ventes aux enchères d’objets utilisés dans ses clips. En septembre, un peu par hasard, elle lance un projet de t-shirt avec ses fans sur twitter. Et récolte 11 000 dollars en deux heures. « Total gagné grâce à mon album solo produit par un label de la mort qui tue cette année = 0$ », explique t-elle sur son blog dans un post intitulé Why I am Not Afraid to Take Your Money. Elle est devenue sa propre marque, que l’on peut suivre sur un fil AFP (Amanda Fucking Palmer).
ElectronLibre l’a rencontrée à l’occasion de son concert hier soir à Paris où elle présentait sur scène son nouveau projet en duo, Evelyn Evelyn. Déguisés en deux vieilles sœurs siamoises échappées du cirque, Amanda Palmer et le musicien Jason Webley sont attachés par la hanche et partagent divers instruments de musique. Un cabaret rock aux allures de freak show festif et provoquant pour deux entertainers virtuoses, qui se terminait par une chanson sur... MySpace.

EL : Vous avez pris votre indépendance du label Road Runner Records en avril, que s’est-il passé ?- Amanda Palmer : C’est une libération divine ! J’essayais de quitter ce putain de label depuis un an et demi et après la torture d’une longue bataille légale, j’y suis finalement arrivé. Ils n’avaient aucun intérêt à me laisser partir, alors que j’avais tout à y gagner, ce fut donc long et difficile.

EL : Vous n’avez jamais gagné d’argent avec la vente de vos disques ?- A.P : Ca a toujours été le cas en fait. J’étais contente même en ne gagnant pas d’argent au début : j’avais passé un accord avec moi-même en me disant que c’était normal d’abandonner les droits de nos disques à vie en échange de la promotion et du marketing que promettait le label. Quand ils ont arrêté de respecter leur engagement et de faire de la promo pour nous, cela m’a mise très en colère.

EL : On vous connaît aussi pour votre usage de la technologie, qui vous permet de vous adresser directement au public, sans intermédiaires. D’où vient l’argent ?- A.P : L’argent que je gagne vient de la vente de billets de concerts, du merchandising, de dons et du soutien direct des fans. Nous économisons surtout beaucoup d’argent parce que les gens nous aident en nous hébergeant, en nous aidant à faire la promotion des tournées ou à vendre les disques. De cette façon, nous n’avons pas à dépenser des milliers de dollars en posters. Tout cela s’équilibre de manière à me permettre d’en vivre. Les gens se font beaucoup d’illusions sur ce que gagnent les musiciens, ce n’est pas un business lucratif !

EL : Le durcissement des lois sur l’internet et le téléchargement provoquent chez le public une prise de conscience : l’industrie de la musique lèse souvent les artistes.- A.P : Quand j’ai signé avec Road Runner Records à l’époque et passé ce pacte faustien avec moi même, c’est parce qu’il devenait évident à ce moment-là que plus personne ne serait véritablement propriétaire de la musique. Tout le monde achetait des graveurs de CD et on commençait juste à avoir des fichiers sur son ordinateur et je me disais que le label possédait peut-être les droits de ces disques mais ça ne voulait pas dire que tout le monde n’y avait pas accès et c’est ça ce qui compte pour moi. Je ne regrette pas du tout, d’ailleurs les choses sont allées dans cette direction-là, c’est à dire que la musique est plus ou moins gratuite aujourd’hui.

EL : Vous produisez un nouveau projet, Evelyn Evelyn, de quoi s’agit-il ?- A.P : Evelyn et Evelyn sont très timides, elles n’aiment pas parler à la presse alors en tant que productrices, je vais parler en leur nom. Nous les avons découvertes sur MySpace, leurs démos étaient très mauvaises et nous avons décidé de les signer. Elles font du piano, de la guitare, de l’accordéon, du yukulele, de la batterie et du mirliton, avec des marionnettistes sur scène. Le show change tous les soirs, notamment à cause du volcan islandais, il a fallu improviser à Londres.

EL : Comme vous, ce duo de siamoises mélange le théâtre et la performance dans le rock.- A.P : Elles ne se voient pas comme des performeuses, elles sont plutôt le fruit du cerveau de leur manager. Elles sont très différentes de Jason Webley et moi qui sommes très bruyants et communiquons beaucoup avec le public.

EL : Maintenant que vous êtes libérée de votre label, quels sont vos projets ?- A.P : Ma prochaine sortie indépendante et en solo et sera un disque de reprises au yukulele de Radiohead.




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1 Commentaire

  1. Culturemobile le 28 avril 2010

    Pour ceux qui ne l’aurait pas encore vu : Remix Manifesto Excellent documentaire sur le droit d’auteur à l’ère numérique.



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