Affaire Peillon, France 2 a perdu le pouvoir
En refusant de participer à un débat sur France 2, Vincent Peillon a montré que les politiques n’avaient plus besoin de passer impérativement à la télévision pour se faire entendre. La concurrence est rude pour ce média vieillissant, dont l’importance décroît au fur et à mesure que le Net gagne la bataille de la popularité.
L’AFFAIRE PEILLON marque la fin de la position dominante des grandes chaînes généralistes dans l’univers des médias. A tort ou à raison, les hommes politiques, les vedettes de ce pays considèrent que l’on peut leur claquer la porte au nez sans risque de voir sa carrière ternie.
Jugez plutôt, Vincent Peillon, leader socialiste, incarnation de la nouvelle vague qui pose un lapin très calculé à Arlette Chabot, directrice de l’information de France 2, qui l’avait invité à débattre, après Marine Le Pen, avec Eric Besson, ministre de l’Identité nationale et de l’Immigration, et qui s’en réjouit, révèle la position réelle qu’occupe France 2 aujourd’hui.
On n’a plus peur de cette chaîne comme les autres. A commencer par Martine Aubry, première secrétaire du PS, qui reconnaît avoir été prévenue de ce coup d’éclat deux jours avant l’émission et de Patrick Menucci, secrétaire national adjoint du PS, l’homme fort des Bouches-du-Rhône qui se félicite de cet acte de résistance.
100 000 personnes consultent son blog
Aucun ne redoute de faire les frais de cet acte de solidarité. Patrick de Carolis a beau écrire que le "boycott volontaire des antennes de France Télévisions par un élu socialiste menace le fonctionnement même du débat démocratique dans les médias audiovisuels, qu’ils soient publics ou privés", le président de France Télévisions ne fait trembler que lui-même.
Le temps est révolu où les hommes politiques ne déclinaient jamais les invitations à la télévision qui ne leur plaisaient guère car ils savaient que l’on pouvait leur en tenir rigueur par la suite.
Brocardé par France Télévisions, Vincent Peillon revient sur les pages d’accueil de tous les sites d’information. Son blog aurait été consulté par 100 000 personnes et il est reçu par France Info et Canal+. La politique de la chaise vide ne l’a pas privé de tribune. Bien au contraire.
Cette affaire est à rapprocher de celle d’Albert Dupontel qui avait claqué la porte du journal de Laurent Bignolas sur France 3. Il avait quitté, le 15 octobre 2009, le plateau où il était interviewé car le présentateur lui avait confié, goguenard qu’il allait l’interviewer sans avoir vu son film Le vilain. "Moi, je mérite mon salaire, ce qui n’est pas votre cas si vous ne voyez pas les films, c’est votre boulot d’aller voir les films avant d’inviter les gens" avait dit le réalisateur et comédien. Le lendemain, sur l’antenne de France Info, Arlette Chabot avait soutenu Laurent Bignolas qui avait, selon elle, fait "preuve d’honnêteté".
Débat biaisé
La profession cinématographique, les grands circuits de distribution et même sa productrice se sont interrogées sur l’opportunité de pratiquer la chaise vide lorsque l’on doit promouvoir son film.
Qu’ils aient raison ou pas, n’est plus vraiment le problème. Il va bientôt falloir admettre que les invités des plateaux télévisés, réalisés en direct, ne viendront plus s’ils ne pèsent pas sur leur contenu. Les metteurs en scène voudront être interrogés par des journalistes qui connaissent leurs sujets tandis que les leaders politiques refuseront de participer à un débat qu’ils estiment biaisé.
La Toile, la fragmentation des médias, leur offre une alternative qui les place aujourd’hui en position de force. Pour ne pas avoir compris ce nouveau rapport de force, les chaînes publiques qui devraient donner l’exemple se retrouvent dans une position de faiblesse extrême.
Au lieu de développer la rigueur journalistique et de prendre la hauteur sur les événements, elles condamnent ceux qui révèlent leurs faiblesses.
Une politique de gribouille qui ternira la fin du mandat de Patrick de Carolis.
