Affaire Ockrent : les salariés de France 24 ulcérés par la Justice
Le débarquement de 35 magistrats et policiers au siège de France 24 qui venaient enquêter sur une plainte déposée par Christine Ockrent a révolté les salariés de l’audiovisuel extérieur. Ils appellent à une grève le 12 mai et mettent en cause la tutelle.
C’est peu de dire que le débarquement lundi 3 mai de 35 magistrats et de deux substituts a été mal vécu par les salariés de France 24. Voire par tous ceux qui travaillent dans ce pays.
Que madame Christine Ockrent défende ses droits et considère qu’elle est victime d’un harcèlement moral est parfaitement légitime. Qu’elle bénéficie, en revanche, du soutien massif du parquet de Nanterre qui a jugé bon de distraire de leur travail quotidien des dizaines de magistrats pour instruire cette affaire en est une autre.
Des centaines de milliers de salariés réellement victimes de harcèlement moral ou sexuel, de récriminations quotidiennes ne bénéficient pas d’une telle sollicitude. Et leur cas est autrement plus dramatique au quotidien, selon les syndicats de France 24, que celui de madame Ockrent.
En apportant sa caution à une telle opération, le ministre de la Justice et le Premier Ministre François Fillon donnent clairement l’image d’une Justice à deux vitesses. Il y a celle des pauvres qui doivent souffrir leur misère au quotidien et celle des nantis qui font jouer à leur profit leur réseau politique et médiatique.
Dans de telles conditions, il ne faut pas s’étonner que le Front National puisse tirer parti d’une telle affaire. On imagine déjà ses arguments : la France finance à prix d’or une chaîne internationale au détriment des télévisions nationales et ses dirigeants sont payés à prix d’or.
Ayant compris les conséquences d’une telle action judiciaire, l’intersyndicale de l’audiovisuel extérieur de la France (France 24, RFI, MCD, TV5 Monde) a déposé un préavis de grève pour le jeudi 12 mai car elle juge ces perquisitions dégradantes. Mettant directement en cause la tutelle, elle dénonce cette "provocation humiliante" qui sape le travail effectué par les journalistes du groupe. De fait, France 24 marque de très nombreux points sur le terrain et parvient à tailler des croupières à Al Jazeera.
350 000 euros de salaire pour être absente
"Que peuvent dire les salariés du groupe d’une directrice générale déléguée de l’AEF qui se dit détruite moralement et qui n’a pas produit d’arrêt maladie pour justifier de ses mois d’absence ? Que peuvent penser les salariés du groupe - à qui il est demandé de faire des sacrifices quotidiens - sur la poursuite du versement des 350 000 euros de salaire assortis de privilèges et de frais ?" écrit l’intersyndicale.
Christine Ockrent qui aura 70 ans le 24 avril 2014, celle que les salariés dénomment "l’absente" peut donc percevoir un salaire de 30 000 euros net par mois jusqu’à cette date. Soit 34 mois. Ce qui l’autoriserait à prétendre à des indemnités de 2,2 millions d’euros.
Ulcérés par cette situation, les 1500 employés de l’audiovisuel extérieur vont déposer individuellement et collectivement "une plainte pour harcèlement moral et professionnel en espérant qu’elle retiendra autant l’attention des autorités judiciaires".
Bien entendu, aucun magistrat ne devrait donner suite à cette plainte mais la portée symbolique de cette démarche collective fera, sans nul doute, réfléchir le gouvernement. Et l’invitera à faire preuve de responsabilité.
Cette affaire, on le voit, dépasse de très loin la guerre des chefs et sape les fondements même de l’audiovisuel extérieur auquel les salariés sont en train de donner ses lettres de noblesse.
