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AFP : Jean-Marie Colombani grand favori

Le 24 Février 2010 dans Old fashion media par Emmanuel Schwartzenberg

A la suite du départ surprise de Pierre Louette, l’ancien patron du Monde revient en pole position pour prendre en main les destinées de l’Agence France presse.

Jean-Marie Colombani est désormais donné favori pour remplacer Pierre Louette à la présidence de l’AFP. La rapidité de son départ, révélé par ElectronLibre, interdit d’ouvrir le champ des candidatures et de laisser longtemps la place vacante. Surtout en pleines élections régionales, un moment où les journalistes de la société publique rendent compte des campagnes. Ce choix entrerait parfaitement dans la politique de communication développée depuis quelques jours par le président de la République.
Après la nomination de Didier Migaud, ancien président de la commission des finances de l’Assemblée nationale, à la tête de la Cour des comptes, de Michel Charasse au Conseil constitutionnel, l’arrivée de Jean-Marie Colombani - qui avait, en son temps, appelé à voter pour Ségolène Royal - à la tête de l’agence, pourrait jeter le trouble dans le camp socialiste. Rien n’est moins sûr depuis le rapport sur l’adoption que Nicolas Sarkozy avait commandé à l’ancien patron du Monde. Ses conclusions avait instauré une certaine distance entre le journaliste et la gauche, en général. Comme par ailleurs, le site qu’il a fondé, Slate, ne passe pas pour un fervent opposant à la politique du président de la République, même si certaines analyses qu’il développe sont des plus perspicaces, Jean-Marie Colombani apparaît comme un partenaire pour l’Élysée avec lequel il est désormais temps de jouer. Autrement dit de tirer pleinement parti avant que les années aidant, cette carte ne perde progressivement de sa valeur.

Privatisation

Alain Minc, dont la parole est toujours écoutée à l’Élysée, était, en fait, le seul opposant à l’ancien président du directoire du Monde. Le financier s’est longtemps répandu dans Paris sur l’erreur de Jean-Marie Colombani qui n’avait pas eu l’intelligence d’accepter le poste d’ambassadeur de la France auprès du Saint Siège que Nicolas Sarkozy lui avait proposé. Que pouvait-on espérer, selon lui, lorsqu’il faut avoir la sagesse de tourner la page ?
L’eau a depuis coulé sous les ponts et l’AFP constitue un débouché acceptable. Il en serait allé tout autrement si le président de la République avait voulu installer l’ancien patron du Monde à la présidence de France Télévisions qu’il aurait guigné.
Mais Nicolas Sarkozy hésite actuellement entre un professionnel de l’audiovisuel et une personnalité people avec qui il doit montrer aux Français qu’il s’est réconcilié. En clair, entre Alexandre Bompard, l’homme qui a redressé Europe 1 et Patrick Poivre d’Arvor. Rémy Pflimlin, longtemps favori du président et candidat d’Alain Minc, peut difficilement abandonner Presstalis, ex-NMPP, la société de distribution des journaux en quasi faillite, sans avoir trouvé avec l’État une solution assurant sa pérennité.
Jean-Marie Colombani, un homme de presse à l’AFP, c’est aussi une solution qui devrait permettre de faire passer plus facilement au personnel, salariés comme journalistes, le changement de statut de l’agence, autrement dit sa privatisation. Il sera également plus difficile pour l’opposition de s’attaquer à une mutation qui sera mise en place et défendue par un homme du sérail. Le soutien des éditeurs de la presse quotidienne nationale lui sera vraisemblablement acquis.
Imaginer pour autant que cette réforme serait mise en place rapidement serait une erreur. On ne change pas une entreprise de communication, contrôlée par l’État, en pleine campagne présidentielle. Or, celle-ci commencera, à n’en pas douter, au lendemain des élections régionales.

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5 Commentaires

  1. SUD-AFP le 24 février 2010

    Un nouveau départ pour l’AFP !

    Le personnel de l’Agence France-Presse n’a aucune raison de regretter le départ du PDG. En effet, Pierre Louette était :

    - le PDG de l’abandon de l’indépendance : en servile serviteur, il avait accepté de remplir la "mission" de casser le statut de 1957. Désormais, il rejoint l’un de ses anciens "ministres de tutelle", Mme Christine Albanel, en acceptant une "proposition passionnante" chez France Télécom...

    - le PDG du mépris et du caporalisme : croyait-il vraiment pouvoir imposer ses projets néfastes contre la volonté du personnel ?

    - le PDG de la régression sociale : jamais, les salariés en France comme à l’étranger n’avaient connu un tel développement de la précarité et du manque de perspectives. De plus, M. Louette avait récemment annoncé une deuxième année de gel des salaires pour les statut siège. Sans parler des revenus des pigistes ou des salariés statut local...

    Sa démission doit être l’occasion d’un nouveau départ pour l’agence :

    - Abandon de la casse du statut : le nécessaire débat sur les perspectives de développement de l’agence pourra se dérouler plus sereinement si cette menace est écartée.

    - Abandon des projets du "Plan Louette", contraires au statut, à commencer par la filiale AFP-Services.

    - Abandon du projet de déménagement qui vise à casser la rédaction et à diviser le personnel.

    - Relance du dialogue social pour résorber la précarité, débloquer les salaires et donner les mêmes droits démocratiques et sociaux à l’ensemble des salariés de l’AFP mondialement.

    SUD-AFP (SUD Culture Solidaires) - http://sudafp.zeblog.com - Paris, le 24 février 2010



  2. maguy37 le 24 février 2010

    En tout cas, Colombani est sarko-compatible.Que l’on vienne pas nous parler de politique d’ouverture ; Slate.fr n’est pas aussi neutre que Mediapart.



  3. Duquesnoy le 24 février 2010

    "Jean-Marie Colombani, un homme de presse à l’AFP, c’est aussi une solution qui devrait permettre de faire passer plus facilement au personnel, salariés comme journalistes, le changement de statut de l’agence, autrement dit sa privatisation" nous dit l’auteur de cet article.

    Je crois que c’est une erreur d’analyse. Colombani est connu comme le loup blanc, les salariés de l’AFP doivent se souvenir que c’est lui (avec Minc et la complicité de Plenel) qui voulait introduire le Monde en Bourse et que c’est lui qui a fait de ce qui fut "un journal de référence" un journal aussi médiocre que bien d’autres.Je crois que les salariés ont intérêt à se mobiliser contre la nomination de Colombani. Avec lui, ça risque d’être pire qu’avec Louette.



  4. Baron Fredericks le 25 février 2010

    AFP société publique ? Contrôlée par l’Etat ? Et bien M. Schwartzenberg voilà ce qui s’appelle des raccourcis saisissants...

    Article 1 du Statut de l’AFP :"Il est créé, sous le nom d’Agence France-Presse, un organisme autonome doté de la personnalité civile et dont le fonctionnement est assuré suivant les règles commerciales".



  5. Emmanuel Schwartzenberg le 25 février 2010

    Il y a des raccourcis, il y aussi des conforts d’interprétation.Fonctionnement assuré suivant les règles commerciales, certes,mais l’Etat reste bien le premier client de l’Agence France Presse, dans le cadre de la convention du 18 septembre 1958, les services publics (ministères, préfectures, ambassades, etc...) souscrivant des abonnements aux services de l’Agence. Ce financement public qui a pu dépasser 60% du chiffre d’affaires, a été ramené depuis fin 2000 à moins de 40% et sans les aides de l’Etat notamment accordés sous forme de prêts non remboursables, l’AFP n’aurait pu boucler son budget de fonctionnement. Les médias français qui constituent la deuxième source de revenus de l’Agence ne peuvent pas assurer sa pérennité.



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