AFP : Jean-Marie Colombani grand favori
A la suite du départ surprise de Pierre Louette, l’ancien patron du Monde revient en pole position pour prendre en main les destinées de l’Agence France presse.
Jean-Marie Colombani est désormais donné favori pour remplacer Pierre Louette à la présidence de l’AFP. La rapidité de son départ, révélé par ElectronLibre, interdit d’ouvrir le champ des candidatures et de laisser longtemps la place vacante. Surtout en pleines élections régionales, un moment où les journalistes de la société publique rendent compte des campagnes. Ce choix entrerait parfaitement dans la politique de communication développée depuis quelques jours par le président de la République.
Après la nomination de Didier Migaud, ancien président de la commission des finances de l’Assemblée nationale, à la tête de la Cour des comptes, de Michel Charasse au Conseil constitutionnel, l’arrivée de Jean-Marie Colombani - qui avait, en son temps, appelé à voter pour Ségolène Royal - à la tête de l’agence, pourrait jeter le trouble dans le camp socialiste. Rien n’est moins sûr depuis le rapport sur l’adoption que Nicolas Sarkozy avait commandé à l’ancien patron du Monde. Ses conclusions avait instauré une certaine distance entre le journaliste et la gauche, en général. Comme par ailleurs, le site qu’il a fondé, Slate, ne passe pas pour un fervent opposant à la politique du président de la République, même si certaines analyses qu’il développe sont des plus perspicaces, Jean-Marie Colombani apparaît comme un partenaire pour l’Élysée avec lequel il est désormais temps de jouer. Autrement dit de tirer pleinement parti avant que les années aidant, cette carte ne perde progressivement de sa valeur.
Privatisation
Alain Minc, dont la parole est toujours écoutée à l’Élysée, était, en fait, le seul opposant à l’ancien président du directoire du Monde. Le financier s’est longtemps répandu dans Paris sur l’erreur de Jean-Marie Colombani qui n’avait pas eu l’intelligence d’accepter le poste d’ambassadeur de la France auprès du Saint Siège que Nicolas Sarkozy lui avait proposé. Que pouvait-on espérer, selon lui, lorsqu’il faut avoir la sagesse de tourner la page ?
L’eau a depuis coulé sous les ponts et l’AFP constitue un débouché acceptable. Il en serait allé tout autrement si le président de la République avait voulu installer l’ancien patron du Monde à la présidence de France Télévisions qu’il aurait guigné.
Mais Nicolas Sarkozy hésite actuellement entre un professionnel de l’audiovisuel et une personnalité people avec qui il doit montrer aux Français qu’il s’est réconcilié. En clair, entre Alexandre Bompard, l’homme qui a redressé Europe 1 et Patrick Poivre d’Arvor. Rémy Pflimlin, longtemps favori du président et candidat d’Alain Minc, peut difficilement abandonner Presstalis, ex-NMPP, la société de distribution des journaux en quasi faillite, sans avoir trouvé avec l’État une solution assurant sa pérennité.
Jean-Marie Colombani, un homme de presse à l’AFP, c’est aussi une solution qui devrait permettre de faire passer plus facilement au personnel, salariés comme journalistes, le changement de statut de l’agence, autrement dit sa privatisation. Il sera également plus difficile pour l’opposition de s’attaquer à une mutation qui sera mise en place et défendue par un homme du sérail. Le soutien des éditeurs de la presse quotidienne nationale lui sera vraisemblablement acquis.
Imaginer pour autant que cette réforme serait mise en place rapidement serait une erreur. On ne change pas une entreprise de communication, contrôlée par l’État, en pleine campagne présidentielle. Or, celle-ci commencera, à n’en pas douter, au lendemain des élections régionales.
