“8th Wonderland” : le pouvoir au virtuel
Un réseau social se transforme en pays virtuel dans l’utopie 8th Wonderland, un film de Nicolas Alberny et Jean Mach sorti mercredi.
Il y a quelques années, le sujet de la réalité alternée n’aurait attiré que gamers et geeks, aujourd’hui ce petit film français brille par son actualité et a le mérite de poser -parfois maladroitement- quelques questions essentielles. Le postulat de 8th Wonderland, ou 8ème pays des merveille, s’origine autour du rapprochement symbolique que permet la technologie. Le scénario, avec une longueur d’avance, envisage le réseau social comme une entité politique, ce qui, face aux millions d’utilisateurs de Facebook ou et de SecondLife, est loin d’être totalement absurde.
Démocratie 2.0
La communauté secrète d’internautes et de web activistes dont est constitué 8th Wonderland dans le film, finit par grossir jusqu’à s’auto proclamer pays virtuel. Au nom de la justice, ses habitants entendent faire le bien, un prédicat aussi noble (et flou) que démagogique. La souveraineté de ce peuple virtuel et autonome, en dialogue constant par chat vidéo, s’exerce par le vote direct de motions qui sont ensuite mises en place dans le monde réel. Ce qui donne lieu à une guérilla inventive et très médiatisée : distributeurs de préservatifs installés au Vatican, enlèvement télévisé de la dinde de Thanksgiving etc... Lorsque ces décisions se radicalisent, sous la forme de sabotages et d’assassinats, le film interroge à la fois les limites de la démocratie et les frontières de ces nouvelles entités virtuelles.
La formule du film, qui cite abondamment des extraits d’émissions, emprunte ses codes au happening et à la performance politique des Yes Men et autres groupes d’agit-prop ainsi qu’à la grande tradition du terrorisme mondial. 8th Wonderland s’inscrit aussi dans la lignée des récit d’anticipation et des fables dystopiques (Children of Men, V for vendetta) et ajoute une pierre au maigre édifice de la science-fiction française. Ce thriller global et polyglotte produit avec très peu de moyens par deux cinéastes issus des clips de rap et du court-métrage, pose aussi la question de la représentation du virtuel au cinéma, où les écrans finissent par s’emboîter ad infinitum.
Loin de fustiger les sempiternels "dangers de l’internet", l’intérêt du film repose en grande partie sur l’analyse ambivalente qu’il propose de cette démocratie directe et virtuelle et de ses possibilités. Les issues d’une expérience comme 8th Wonderland sont multiples mais l’articulation des réseaux sociaux et de la démocratie produit finalement ici des effets monstrueux : le règne de l’opinion, principe célébré par 8th Wonderland, finira par triompher dans le film sous la forme d’une perversion de la démocratie, avec sa masse despotique et moutonnière.
Le site du film : www.8thwonderland.com
