2010, la radio sur fond d’Elysée
2010 est une année de flottement. Un léger malaise teinte les grilles de rentrée des radios et derrières les mines réjouies, bronzées, pointe l’inquiétude. D’autant que la radio en France ne se porte pas au mieux avec une érosion constante depuis 4 ans.
La rentrée. L’heure des cartables et des grilles gonflées de nouveautés. La radio est passée maître dans l’art depuis des décennies. Il lui faudra intéresser l’oreille de l’auditeur, mais avant cela exciter l’œil et si possible intéresser le cerveau. Alors chacune des stations rivalise d’annonces avant le départ officiel ! Toujours dans la secret, les dirigeants négocient, discutent, et signent l’arrivée des nouveaux présentateurs, humoristes, émissions, intervieweurs dans la chaleur de l’été. C’est comme un grand four d’où sortira dès septembre la grille inédite, forcément "dynamique", "osée", "innovante", bref incontournable pour "toi", l’auditeur qui veut rester à l’écoute, dans le coup.
A ce petit jeu, c’est souvent Europe 1 qui tire son épingle du jeu. Et cela pour différentes raisons : la station du groupe Lagardère a un rang à tenir. Depuis la fin des années 70, elle se veut la radio des CSP+, plutôt masculins. Informer est son meilleur rôle, mais sachant distraire, sans tomber dans la surenchère face à sa rivale à "grosses têtes" RTL. Bref, il y a un standing à tenir... France Inter n’a pas cette liberté. Accablée d’un cahier des charges public, la station phare de Radio France n’a pour elle que le refuge de la "culture", du "débat" mais argumenté, et sans l’insertion "nauséabonde" de trop d’auditeurs. RTL, quant à elle, a essayé une fois, mais ce fut l’un des plus grand ratage de l’histoire de la radio - la sortie peu élégante de Philippe Bouvard de son émission fétiche de l’après-midi. RTL est une valeur conservatrice, pas réactionnaire pour autant, mais dont la grille est ancrée dans une formule jalousement préservée depuis par des générations de dirigeants. Enfin, il faudrait parler de RMC pour être complet. La station va présenter ses nouveautés demain et nous y reviendrons en temps et en heure. Cependant, la station d’Alain Weill, commandée par Franck Lanoux fait office d’épouvantail. Elle ose ce que les autres reprennent, le rouge de la honte remontant jusqu’aux oreilles...
Le Mouv’ inachevé
Cette année, cette configuration du paysage radiophonique s’est retrouvée, avec une dose piquante de politique, comme il se doit dans un pays qui aime les chefs suprêmes, rien que pour se donner le plaisir ultime de le marier en fin de course avec "Louisette". Bref, derrière chacun des patrons de radio, comme derrière le malheur qui accable le peuple, on y voyait la silhouette du Président de la République qui, manette en main, tirait les ficelles. Et pour une fois, dans bien des cas, on n’avait pas tort. Le premier à se présenter fut le grisonnant Jean-Luc Hees, président de Radio France. Nul besoin de s’interroger trop longtemps sur sa liberté d’action. Elle est quasi nulle, et sûrement à son esprit défendant, mais c’est ainsi ; d’autres veillent et conservent un droit de vie ou de mort sur sa fonction. Alors, puisque sur Inter on savait déjà tout - Guillon et Portes remerciés, Demorand parti voir si l’air d’Europe 1 est plus respirable, et quelques ajustements difficiles à expliquer -, le patron de la maison ronde a axé son discours de rentrée sur ... Le Mouv’ ! J’en vois qui font mine de ne pas connaître. Cela mérite en effet un retour en arrière sur l’histoire récente de Radio France. En 1997, avant le haut-débit, avant l’iPhone, avant les podcasts, le président du groupe de service public décida qu’il lui fallait se doter aussi d’une station pour les jeunes. Michel Boyon voulait en effet une porte d’entrée dans le groupe Radio France pour la jeunesse, et quoi de mieux pour hameçonner qu’un peu de musique bruyante ? Le Mouv’ fut donc créé. Les autres radios de l’époque, NRJ en tête, eurent beau hurler de toutes leurs forces, rien n’y fit, et la station fut créée, le réseau composé, et le siège installé à Toulouse. Le succès ne fut pas au rendez-vous, et depuis, Le Mouv’ se traine une réputation de "truc" inachevé, mal installé, pas fini, bref, de boulet de la maison ronde, mais nécessaire. Il faut dire que quelque soit la qualité du programme, le réseau est malingre, pour ne pas dire plus. L’audience est de 0,7 % environ, avec une couverture des grosses villes étudiantes de France.
En s’avançant devant les journalistes pour parler du Mouv’, et bien évidemment de son indispensable développement, Jean-Luc Hees a su parfaitement désamorcer la situation que sa nomination implique. En effet, quel journaliste sans cœur serait assez insensible pour envoyer balader la station des jeunes, qui n’est pas écoutée, au moment où la direction de Radio France a décidé d’en faire une mini-généraliste, pour laisser s’épanouir sur ses ondes les fleurs de l’information et du "nécessaire débat" ? Alors, on ne dit rien, on rit sous cape, on attend. On attend le premier relevé de Médiamétrie. Car, en coulisses, les paris sont pris. Pour les plus pessimistes, France Inter perdra 3 points, alors que d’autres dont profession de réalisme et prédisent une baisse entre 1 et 1,5 point. Personne ne prend de paris sur le Mouv’... Ni sur Info, et c’est bien dommage, car cette station est malade depuis des années, et personne n’a trouvé le remède.
L’affaire Woerth prive Bompard de FTV
Europe 1, c’est le gros morceau. Son patron Alexandre Bompard focalise un peu toutes les appréhensions et inquiétudes du français moyen pour cette rentrée. Son bilan n’est pas mauvais, si l’on excepte le faux pas du début d’été dernier. Il a su sortir la radio de l’ornière "pro-sarkozy" dans laquelle elle avait chu. Mais voilà, Alexandre Bompard ne devrait pas être là. Dans un monde parfait, il aurait dû être nommé par Nicolas Sarkozy à la présidence de France Télévisions. Et Europe 1 se serait alors cherché un sauveur, qui aurait d’ailleurs pu être le nouveau président de France Télévision, Rémy Pflimlin. Oui mais voilà, ça ne s’est pas passé ainsi. La faute au site d’information Mediapart. En sortant des tiroirs les dossiers contre le ministre Eric Woerth, semaines après semaines, Mediapart a forcé le Château à infléchir sa doctrine vers plus de diplomatie. Et c’est Claude Guéant, le conseiller du président, qui a obtenu en fin de compte la nomination de Rémy Pflimlin à la place d’Alexandre Bompard.
Pour ce dernier, la vie se résume maintenant à un insupportable compte à rebours... Arnaud Lagardère l’a dit, et ce fut ébruité, il n’a plus confiance dans le poulain de la rue François 1er. Il s’est senti trahi, et ce qui pourrait tenir de la manœuvre de la part d’un patron doué pour la manipulation, n’est pas à l’ordre du jour dans ce contexte. Et pour beaucoup, si Alexandre Bompard est encore là à Noël à diriger la radio, cela constituerait une surprise.
En guise de bouclier, Alexandre Bompard arbore son bilan, et l’arrivée de personnalités incontestables comme Nicolas Demorand, Pierre Lescure, ou Michel Field.
Et RTL dans tout ça ? La station change les hommes, la direction de l’antenne notamment. Mais la grille ne bouge pas ou si peu.
