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« 20 minutes », la chasse aux journalistes est ouverte

Le 01 Juin 2009 dans Old fashion media par Clémentine Gallot

Suite à la présentation par la direction d’un plan drastique de réorganisation, les salariés de 20 minutes, print puis Web, avaient voté une grève de 24 heures, entraînant la non parution du quotidien gratuit. Vendredi, la reprise du travail laissait croire que "tout est bien qui finit bien", puisque les affaires reprennent. Or, le déroulement de ce bref mouvement social a renforcé un constat inquiétant pour l’avenir : la responsabilité des dirigeants qui coulent leur journal à force de sape et de petites manœuvres. Une situation qui risque bien d’imploser, avec un lourd bilan pour les salariés.

Au cours des derniers mois, le PDG de la société et la direction de 20 Minutes France n’ont ni anticipé les problèmes du journal, ni proposé de solution. Les employés payent aujourd’hui les pots cassés de cette mauvaise gestion. Cette grève se termine en tout cas avec la certitude qu’il y aura « de la casse au niveau du salariat », confie un proche du dossier, puisque la suppression de 20 postes est toujours d’actualité.
Avec près de 3 millions de lecteurs par jour, 20 minutes reste le premier gratuit en France, en termes d’audience : il était pourtant tout juste rentable en 2008. Mais la crise a bon dos, et la direction avance sans se préoccuper des oppositions en interne, avec un plan d’économies drastique. Le Pdg, Pierre-Jean Bozo souhaite en effet en profiter pour dépouiller le pôle édition du gratuit : mesure d’opportunité, et vieille lune du Pdg. Celui-ci est persuadé de l’inutilité du poste de secrétaire de rédaction - qui peut, en plus, bloquer le journal en cas de grève. Il profite ainsi de la crise pour expérimenter en imposant une sorte d’employé polyvalent, comme chez MacDo : le « reporter éditeur », qui devra seul établir la maquette de ses articles. Des propositions jugées « irresponsables et qui se désintéressent de la vie de la rédaction. »
Le Pdg de 20 Minutes France s’est d’ailleurs illustré pendant la grève par d’autres actes peu glorieux, notamment en essayant de faire paraître le quotidien malgré l’arrêt de travail, sans frais, et avec une marge importante, en mettant les stagiaires à contribution. "Il a utilisé la grève pour essayer de se faire encore plus d’argent", assure notre source. Il a d’autre part, menacé l’entreprise d’un « lock-out », une mesure interdite en France, sauf cas de force majeure. Pas étonnant que le journal ait été rebaptisé par certains salariés « l’île du Docteur Bozo ».
À la rentrée, 20 minutes devrait donc changer radicalement : des effectifs inférieurs et moins de moyens impliquerait de facto une réduction de la pagination (de 24 à 16 pages). Si le plan est appliqué, le non renouvellement des CDD pourrait également signifier la suppression des pages « Culture » du quotidien.

Corinne Sorin écartée

En s’appliquant à faire passer la réforme coûte que coûte, au sortir de la réunion avec les actionnaires qui s’est tenue jeudi à la rédaction de 20 minutes, le PDG de 20 Minutes France, avait fait part aux salariés de son refus d’accéder à leurs revendications : retrait du plan de réorganisation, suspension du plan de sauvegarde de l’emploi et démission de la directrice de la rédaction, Corinne Sorin. Ni le Pdg, ni les actionnaires ne souhaitant modifier le plan prévu initialement, au terme d’une journée de négociations, les représentants syndicaux ont finalement obtenu qu’un journaliste et un RH aient un droit de regard sur le plan de réorganisation.
Selon ces conditions, le plan de réorganisation aura donc bien lieu, avec deux nouveautés dans l’équation : d’abord, les deux rédacteurs en chef de 20 Minutes ont été désavoués par les journalistes ; ensuite, Corinne Sorin la directrice de la rédaction, ayant été écartée du projet alternatif, est dans une situation de plus en plus difficile.
Le nouveau plan devrait être présenté d’ici 7 semaines (la publication du journal papier s’interrompt pendant une partie des vacances), les salariés devraient ainsi être fixé sur leur sort à la rentrée.
Il faut rappeler que le plan d’économies proposé par la direction provient d’une crise de crédit sur les 5 millions d’euros de capital, dont les actionnaires sont responsables. Or, la présomption d’humanisme dont pouvait être crédité l’actionnaire norvégien Schibsted (qui détient 50% du journal) est bonne désormais à jeter aux orties. On note, écoeuré, "les économies c’est toujours pour les autres". La rédaction du quotidien semble etre considérée par son Pdg comme un luxe dont il souhaiterait tout simplement se passer, pour faire de 20 Minutes un gratuit comme les autres. Une leçon chèrement apprise : “le patron voyou, ce n’est pas que pour les articles qu’on écrit.”

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14 Commentaires

  1. Lolo le 1er juin 2009

    Quel intérêt les patrons auraient à saboter leur propre journal ? La réalité semble plus simple : un modèle économique inadapté à ces temps de crise et un réajustement des personnels en conséquence. Le tout gratuit mène au rien du tout.



  2. lecteur de rezo.net le 1er juin 2009

    Relisez les anciens numéros et voyez avec quel mépris votre journal traite les mouvements sociaux, alors c’est comment quand ça vous arrive !!!



  3. un autre lecteur assidu de rezo.net le 2 juin 2009

    La remarque de "lecteur de rezo.net" est valable pour tout ceux qui critiquent les mouvements sociaux et les grèves en général. Je me souviens de grèves à la télévision et comment ils prenaient le téléspectateur a témoin.

    Dommage qu’on ne puisse dire "bien fais pour vous" car tous les journalistes et personnels des journaux ne sont pas obligatoirement pourris (je l’espère), mais quand même...

    Quand on vois comment ils traitent les salariés.BIEN FAIS POUR EUX



  4. EagleF le 2 juin 2009

    Je propose un nouveau sujet d’article pour EL : "Les lecteurs de Rezo.net sont-ils tous des gros cons ?"

    Quand je lis ces deux atrophiés du cerveau j’attends impatiemment les effets de la sélection naturelle. Bien fait pour eux...



  5. lecteur de rezo.net le 2 juin 2009

    @ EagleF :Pour répondre à ta question : oui sûrement car j’ai lu cet article.

    Et toi t’as lu cet article ??? donc t’es aussi ...

    Je ne dit pas que c’est bien fait, d’ailleurs je ne savais pas qu’il y avait des journalistes à "20 min".



  6.  le 2 juin 2009

    Qu’elle coule, cette presse au rabais, ça ne fera aucun mal à la démocratie. Bien au contraire. Je n’ai pas souvenir d’avoir lu un seul article intéressant, un seul début d’enquête digne de ce nom. La presse gratuite n’est que la dernière étape d’une longue dégénérescence du journalisme - métier se cantonnant à filtrer et compiler des informations qui, lorsqu’elles nous parviennent, ont déjà été tamisées à plusieurs reprises (d’abord il y a l’interviewé, puis le rédacteur de dépêche, puis le compilateur de dépêches en rédaction ; ensuite c’est la radio et la "circulation circulaire"). On est loin là de l’idée qu’on peut se faire du journaliste-reporter. 20 Minutes, dans la cuvette, et tirez la chasse.



  7.  le 2 juin 2009

    ... Il est loin le temps du Watergate. Quand on pense à Clearstream ou à l’affaire Coupat, qui auraient dû faire couler des ministres si les journalistes avaient voulu et surtout pu faire correctement ce qu’on peut supposer être leur boulot... on se dit que le "pilier de la démocratie" qu’est sensé être le journalisme est plutôt un pilier sur lequel repose le pouvoir jamais inquiété. A cela participent activement des canards au rabais comme 20Mn. (Evidemment le modèle économique n’y est pas pour rien : info usinée et torchée, hyper-dépendance publicitaire, absence de réelle ligne éditoriale car presse consensuelle, etc.).



  8. EagleF le 2 juin 2009

    @lecteur de rezo.net :

    Il est difficile de comprendre ce que tu veux dire. Insinues-tu que tu es con (et moi par la même occasion) d’avoir lu cet article de Clémentine Gallot ?

    Pour en revenir à tous les commentaires postés ici j’ai du mal à comprendre en quoi les gens qui bossent à 20mn mériterait de se faire licencier. Peut être que les journalistes ne font pas toujours leur métier de la manière dont nous le rêvons, peut être que certains ne sont pas assez compatissant avec les salariés lorsqu’ils traitent de la mise en oeuvre de plans sociaux. Et alors ? Cela ne justifie en rien le "bien fait pour leur gueule" qui imprègne chacun de vos commentaires. Les personnes qui travaillent chez 20mn sont des personnes comme les autres, qui ont un taff et une vie à côté j’imagine. Je ne vois pas ce qu’il y a de constructif à leur souhaiter de se planter.

    J’adore quand les grands défenseurs d’une justice sociale se comportent en petits individualistes bien contents que les autres soient frappées par leurs propres problèmes...



  9.  le 2 juin 2009

    Sous la rubrique "A propos" d’ElectronLibre, on peut lire : "Avec EL (...) seuls comptent la véracité de l’information et le talent du journaliste."

    Une phrase que n’a pas du assimiler Clémentine Gallot, à en juger par le nombre de contre-vérités dont est truffé son papier...



  10.  le 2 juin 2009

    Je pense que la personne qui disait "bien fait pour eux" a motivé son assertion qui était sans doute un peu volontiers provocante. 20 Minutes, comme tous les médias dominants, à chaque grève nous font le coup de la "prise d’otage" & co., ne s’interrogent pas vraiment - et surtout ne développent pas vraiment - sur les RAISONS de la grève. Il peut paraître logique que qqn se réjouisse que les contempteurs des grèves se prennent un revers de bâton. Voilà tout. Mais le problème est bien moins une question d’individus ou de compétences réelles que de système ; or, le système médiatique - a fortiori celui des gratuits - n’autorise guère de temps d’enquête ni à laisser passer des revendications sociales. Au fond, cette presse-là ne vaut pas bcp mieux que la presse bourgeoise du XIXe siècle.



  11.  le 2 juin 2009

    Ah zut ! Nous aussi on aimerait bien juger du nombre de "contre-vérités" dans le papier de C. Gallot, mais notre commentateur anonyme ne nous donne aucun exemple.

    Quel manque de pot, tout de même !



  12. roger le 2 juin 2009

    On ne veut pas être méchants, mais les journalistes de 20" ont servi un maître qui vient de le leur mettre profond. Chacun son camp.



  13. Sand le 3 juin 2009

    Le grand journal est le sol sur lequel nous marchons tous et dont le camp s’inscrit à chacun de vos pas.Libres à Vous de lire EL, pour ma part, mon noyau s’en porte très bien depuis que je viens visiter ce site d’informations.



  14.  le 3 juin 2009

    J’ai kiffé ma race. J’espère bien que 20 minutes va couler. Si c’est ça la presse aujourd’hui, ils feraient bien mieux de laisser les sites webs prendre le relais et de se mettre à la pizza. Ca fera des terrasses et des déjeuners en plus.



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